Mgr René Guay de Chicoutimi

«La société actuelle exige que nous nous ouvrions à de nouvelles manières d’être Église»

Ordonné évêque de Chicoutimi le 2 février 2018, Mgr René Guay a publié sa première lettre pastorale le 3 décembre à l'occasion du 140e anniversaire du diocèse.
Ordonné évêque de Chicoutimi le 2 février 2018, Mgr René Guay a publié sa première lettre pastorale le 3 décembre à l'occasion du 140e anniversaire du diocèse.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2018-12-04 20:07 || Québec Québec

Il se dégage de la première lettre pastorale de Mgr René Guay un réalisme qui n’entrave en rien l’enthousiasme. Publiée le 3 décembre 2018 à l’occasion de la messe du 140e anniversaire de l’érection du diocèse de Chicoutimi, elle permet de mieux saisir la vision de l’évêque pour son diocèse.

Intitulée Avec la force l’Évangile et l’audace missionnaire de saint François-Xavier, la lettre de huit pages sort un peu plus d’un an après la nomination de René Guay sur le siège épiscopal de Chicoutimi.

L’évêque de 68 ans adresse sa lettre à «toute personne de bonne volonté et plus spécialement aux personnes baptisées et engagées dans notre Église diocésaine». Ses premières pages s’attardent aux différents états de vie de ses diocésains et se présentent sous formes de «bénédictions» successives, c’est-à-dire des passages dans lesquels il salue et dit du bien de chacun.

Aux enfants et aux jeunes, il dit: «L’Église veut se faire proche de vous et vous redire que vous comptez à ses yeux».

Des adultes, il salue et accueille les questionnements par rapport à la foi reçue.

«Vos questions et vos préoccupations je les fais miennes, car elles expriment le désir que l’Église soit davantage à l’écoute et accueillante pour toute personne.»

Il évite de s’aventurer sur des terrains moraux minés, mais évoque les «situations nouvelles » que rencontrent les couples et les familles, qui invitent l’Église à être «plus aimante à l’exemple de Jésus».

Des laïcs engagés, des religieuses et religieux, des diacres permanents et des prêtres, il salue l’engagement. Dans son passage sur les prêtres, il fait allusion aux scandales d’abus sexuels – sans toutefois prononcer ces mots.

«Certes, quelques [prêtres] ont eu dans le passé des comportements inappropriés qui ont blessé gravement des personnes. Cela est extrêmement malheureux et inacceptable… Je le regrette sincèrement. Cependant, depuis plusieurs années, au diocèse de Chicoutimi et aussi dans l’Église catholique du Québec, du Canada et de partout dans le monde, nous sommes engagés à prévenir de telles situations malheureuses. Des politiques claires et précises ont été établies», écrit-il.

Si la première partie permet de voir quel regard pose l’évêque de Chicoutimi sur ses diocésains, la seconde partie établit sa manière de concevoir la mission et l’avenir du diocèse. Il multiplie pour cela les références à Dominique Racine, premier évêque de Chicoutimi, et à saint François-Xavier, patron du diocèse.

«Nous sommes aussi invités à faire nôtre l’audace missionnaire de François-Xavier qui sut faire rayonner l’Évangile dans des contrées nouvelles et dans des contextes très difficiles», dit-il, assurant que son travail se nourrissait d’une «rencontre personnelle avec Jésus-Christ».

Son diocèse, dit-il, est appelé à une «conversion pastorale», qui requiert un «état permanent de mission», particulièrement auprès des plus pauvres et des exclus.

«Pour réaliser cet objectif, il incombe de dépasser une vision souvent axée sur l’efficacité pastorale. Celle-ci est légitime, mais insuffisante. C’est à une plus grande fécondité pastorale que nous sommes appelés», écrit celui qui travaillait comme aumônier de prison au moment d’être nommé évêque.

«Nous ne pouvons plus rêver à restaurer l’Église du passé. La société actuelle exige que nous nous ouvrions à de nouvelles manières d’être Église, dans le monde de ce temps», insiste-t-il, précisant que c’est dans la foi et la Parole que se trouve la solution.

Selon lui, l’Église de Chicoutimi sera «plus pauvre et plus humble» dans un avenir proche, alors qu’elle demeurera malgré tout «bien vivante», s’appuyant sur des baptisés devenus «disciples-missionnaires».

«Les communautés chrétiennes continueront de se transformer et de se multiplier en petites communautés de foi réunies autour de la Parole de Dieu», explique-t-il.

Il rappelle cependant que cette transformation comporte son lot de difficultés et est un chemin exigeant. Parmi les difficultés évoquées, il y a celle de l’avenir des églises, souvent trop grandes et trop nombreuses pour plusieurs diocèses du Québec, une réalité à laquelle n'échappe pas celui de Chicoutimi.

Pour Mgr Guay, «même si un édifice est vendu, la communauté chrétienne, si elle est bien vivante, doit continuer de vivre et même de s’agrandir».

«Parfois, un local plus petit peut être mis à la disposition de la communauté pour la réalisation de ses principales activités. De telles expériences se vivent déjà, elles sont heureuses et prometteuses», indique-t-il.

Chose certaine, assure Mg Guay, il devient aujourd’hui impossible de fonctionner comme avant. «En raison de la mission propre de l’Église, nous devons annoncer Jésus-Christ et faire Église en tenant compte des nouvelles réalités de la société.»

Né à Saint-Thomas Didyme, René Guay a été ordonné évêque de Chicoutimi le 2 février 2018. Le territoire diocésain compterait environ 275 000 personnes se déclarant catholiques.

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