Jean-Guy Dubuc, prêtre et éditorialiste

«Pour s'insérer dans sa culture propre, il faut de l'information régionale»

Jean-Guy Dubuc.
Jean-Guy Dubuc.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-09-12 09:18 || Québec Québec

Animateur à la télévision, journaliste, éditorialiste et éditeur, Jean-Guy Dubuc est aussi, depuis 62 ans, prêtre. Il discute, le temps d’un café, de la situation des journaux, de la place de l’information religieuse dans les médias et de l’état de santé de l’Église catholique au Québec.

Présence: Vous avez été journaliste puis éditorialiste à La Presse. Vous avez été éditeur à La Voix de l'Est de Granby et à La Tribune de Sherbrooke. Aujourd'hui, les médias d'ici, y compris les journaux où vous avez travaillé, vivent des moments difficiles. Quelle est votre réaction devant cette crise qu'affrontent les médias?

Jean-Guy Dubuc: Cela m'inquiète, bien évidemment. Et franchement, au moment où l'on se parle, je ne vois pas comment les journaux vont s'en sortir. Mais ce dont je suis convaincu, c'est de la nécessité de l'information régionale.

Quand je vivais à Granby, je voyais bien que les gens voulaient savoir ce qui se passe autour d'eux. Ce n'est pas La Presse, Le Devoir ou The Gazette qui va leur donner ces informations.

Pour s'insérer dans sa culture propre, il faut de l'information régionale. Et si on veut porter un jugement sur notre situation et notre société, il faut être bien renseignés. Qui a dit quoi, quand, comment et pourquoi. La presse régionale répond à ces questions.

On dit qu'aujourd'hui que les gens ne sont plus intéressés à acheter un journal ou à payer pour de l'information. Je n'en suis pas convaincu. Quand j'étais à La Voix de l'Est, notre tirage était de 32 000 copies. On en était très heureux. À ce que j'entends, le tirage serait aujourd'hui de 34 000. On a encore besoin de savoir, de se sentir en relation avec les autres.

C'est vrai que pour une génération plus jeune que la mienne, les médias sociaux sont importants. Alors battons-nous contre les médias sociaux. On n'a pas à écouter la parole de n'importe qui disant n'importe quoi. On a besoin de gens qui savent faire de l'information complète, bien installés dans la recherche de la vérité.

Depuis un bon moment déjà, il n'y a plus de chroniqueurs spécialisés en information religieuse dans les quotidiens québécois. Plus tôt cette année, on a appris la fin de l'émission Second Regard. Comment réagissez-vous à cette absence du fait religieux dans les médias?

Je trouve cela extrêmement regrettable. Et je suis outré que Radio-Canada ait fait sauter Second Regard. C'était une émission qui traitait des valeurs. Pas toujours spirituelles ou religieuses, diront certains. Mais j'ai toujours trouvé qu'Alain Crevier faisait du bon travail pour nous amener à réfléchir.

Après l'Expo 67, j'ai eu une émission à Télé-Métropole [aujourd'hui TVA] où j'invitais des gens de divers horizons. Le titre de l'émission était Quel est votre dieu? - avec un «d» minuscule. Qu'est-ce qui vous attire? Qu'est-ce qui oriente votre vie? Dans quoi vous engagez-vous? On a encore besoin d'émissions qui nous obligent à la réflexion.

Du côté de l'information religieuse dans les médias, c'est le vide. On manque d'audace, me semble-t-il. La seule audace que je vois ici, et que je lis fidèlement, c'est Présence.

Vous être prêtre depuis 62 ans. Vous étiez à Rome lors du concile Vatican II et vous avez débuté à La Presse comme chroniqueur religieux. Quel est le bilan de santé de l'Église du Québec?

J'ai de la difficulté à répondre à cette question car je ne connais pas bien la situation actuelle à l'intérieur des divers diocèses québécois.

Mais ce que je vois chez nous, à Montréal, m'attriste. Toutes ces églises qui ont été fermées... Et le petit nombre de catholiques pour qui l'Église continue d'être une référence... Faut dire que les scandales de pédophilie n'ont pas aidé. Mais des scandales, il y en a toujours eu dans l'Église. C'est d'ailleurs ce que j'ai dit, pas plus tard que la semaine dernière, durant mon homélie dans la paroisse de North Hatley.

D'où viendra le nouveau souffle de l'Église? Peut-être d'Afrique, d'Amérique latine. Longtemps, on y a envoyé des missionnaires. Ce sera peut-être eux qui viendront rallumer la flamme.

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