COVID-19

63 personnes infectées lors d'activités religieuses

L'église Saint-Benoît-Abbé de Québec fait partie des lieux de culte où les mesures sanitaires sont rigoureusement observées et où aucune contamination n'a eu lieu.
L'église Saint-Benoît-Abbé de Québec fait partie des lieux de culte où les mesures sanitaires sont rigoureusement observées et où aucune contamination n'a eu lieu.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-10-29 12:32 || Québec Québec

Au cours des deux derniers mois, pas moins de 63 personnes ont été infectées à la COVID-19 lors activités religieuses, vient de révéler le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Dix événements ou endroits religieux ont été reconnus comme des foyers d'éclosion, ont aussi précisé les responsables sanitaires.

Dans une note remise à quelques médias, dont l'agence de presse Présence, le MSSS vient d'indiquer qu'entre le 23 août et le 26 octobre dernier, on a dénombré «dix éclosions pour activités religieuses ou rites de passages ayant généré 63 cas de personnes infectées à la COVID-19 dans la province».

«Les éclosions dans ces milieux sont surtout situées dans la région de Montréal», a expliqué Robert Maranda, de la direction des communications du MSSS.

Le porte-parole n'était toutefois pas en mesure d'indiquer précisément dans quels milieux ces dix éclosions ont été observées ou encore si elles s'étaient déclarées après la tenue d'une célébration dans une mosquée, une église ou une synagogue.

«Pour éviter d’identifier des communautés particulières ou des endroits spécifiques, nous ne donnons pas de chiffres ventilés par région», a déclaré Robert Maranda.

La note du ministère précise néanmoins que des célébrations de type «rites de passage» seraient notamment en cause. Cette expression est, au Québec, davantage liée au judaïsme qui souligne, lors de grandes fêtes familiales, le passage à l'âge adulte d'un garçon (bar mitsva) ou d'une fille (bat mitsva).

Le ministère n'a pas non plus de données concernant des infections à la COVID-19 qui seraient survenues lors d'activités religieuses tenues avant le 23 août 2020. La réouverture des lieux de culte au Québec, tous inaccessibles depuis la mi-mars en raison de la pandémie, avait été autorisée par le gouvernement au tout début de l'été, soit le 22 juin.

M. Maranda précise aussi que les chiffres émis par le ministère ne sont pas exhaustifs. «Il pourrait y avoir eu d’autres éclosions non déclarées».

Joint par téléphone, l'imam Hassan Guillet s'est dit très surpris d'entendre les données obtenues auprès MSSS.

«Je suis, dans la communauté musulmane, un point de référence. Les gens me téléphonent constamment pour obtenir des conseils et des directives. À ma connaissance, ces éclosions n'ont pas eu lieu dans ma communauté. On m'aurait contacté», dit l'ex-porte-parole du Conseil des imams du Québec.

Questionné sur les chiffres du ministère, Mgr Pierre Murray, le secrétaire général de l'Assemblée des évêques catholiques du Québec (AEQC), a d'abord indiqué son étonnement de ne pas les avoir reçus des autorités sanitaires avec qui il est pourtant en discussion régulière.

Il regrette aussi que la note du MSSS «entretienne la confusion» sur les milieux où les éclosions ont effectivement eu lieu.

Le 21 septembre, la docteure Mylène Drouin, la directrice de la santé publique de Montréal, lui  confirmait pourtant «par écrit», dit-il, que, «sur son territoire, il n’y avait aucune éclosion liée à un lieu de culte, mais quelques-unes liées à des activités après une activité dans un lieu de culte».

Le secrétaire général de l'AECQ déplore que les données du MSSS ne fassent pas la distinction entre une célébration qui se déroule dans un lieu de culte et l'activité festive qui survient ensuite.

«Il y a une différence entre le rite de mariage à l’église et les noces qui suivent dans une salle de réception. Ou encore le rite de la bar mitsva et la fête familiale qui s’ensuit», fait remarquer Mgr Murray qui est aussi le coordonnateur de la Table interreligieuse de concertation, un regroupement créé au début de la pandémie afin de dialoguer avec le gouvernement et qui regroupe des chefs religieux chrétiens, juifs et musulmans.

Conseiller en communications auprès du Conseil des juifs hassidiques du Québec, Alain Picard se montre perplexe devant l'imprécision des chiffres divulgués par le MSSS. «On nous en donne un peu, question d'ouvrir notre appétit, mais ensuite on ne va pas au bout de l'exercice.»

La conséquence c'est que «tous se montrent du doigt, alors que personne n'est visé en particulier», déplore-t-il.

«Ça dessert l'intérêt public que d'aller jusqu'à la moitié du chemin», ajoute M. Picard, un ex-journaliste, aujourd'hui à la retraite, qui aide les communautés juives orthodoxes à faire entendre leur voix sur la place publique.

En rendant ces chiffres publics, «la Santé publique aurait dû indiquer, au moins aux leaders religieux, dans quels lieux et à quelles occasions ces éclosions sont survenues», dit Alain Picard, qui est aussi membre de la Table interreligieuse de concertation.

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