Après une fête paroissiale

À Chicoutimi, débat pastoral sur l'accueil des couples non mariés

  (Pixabay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-06-02 12:23 || Québec Québec

Dans le diocèse de Chicoutimi, une fête paroissiale se retrouve au cœur d’un débat pastoral sur l’accueil des couples non mariés à l’Église.

La fin de semaine des 23 et 24 avril, le Conseil de pastorale de l’Unité Valin lié à la paroisse Sainte-Anne, a organisé une Fête de l’amour. Habituellement, la paroisse organisait plutôt une Fête de la fidélité, invitant les couples mariés à l’Église à venir célébrer. Mais devant les difficultés croissantes à cibler uniquement les couples mariés, la paroisse a choisi d’élargir l’événement en invitant tous les couples, y compris des conjoints non mariés et des conjoints homosexuels.

«Nous considérons que tout engagement de couple est important», écrivait la paroisse dans son invitation.

L’événement n’avait pas fait de vagues jusqu’à la semaine dernière, alors qu’un site Internet conservateur anglophone s’en est pris à la paroisse et à l’évêque, remettant en question le caractère catholique de la fête et insinuant qu’elle ne cadre pas dans le magistère officiel de l’Église catholique. Reprise par les médias locaux, l’affaire s’est rapidement retrouvée au cœur de tensions sur l’accueil pastoral des couples non mariés dans les paroisses du diocèse de Chicoutimi.

Réaction de l'évêque

L’évêque de Chicoutimi a rédigé par communiqué le 30 mai, indiquant que l’organisation d’une telle fête a engendré « beaucoup de confusion».

«Toutes les personnes qu’on a voulu regrouper lors de cette fête de l’amour méritent considération et respect, mais les unes et les autres n’ont pas à être mises sur le même pied ni en concurrence. Des couples célèbrent l’anniversaire de leur engagement dans le mariage chrétien, alors que d’autres le célèbrent dans un engagement différent. Il faut respecter ces différences», a insisté Mgr André Rivest.

«Au moment où j’ai appris la tenue de cet événement, il était trop tard pour réagir. Je ne saurais cependant approuver cette malheureuse et très inhabile initiative», a-t-il ajouté.

Quelle place pour les couples non mariés ?

Du côté de la paroisse, on assure se ranger du côté de l’évêque, précisant qu’on n’a pas l’intention de répéter l’expérience sans l’accord de Mgr Rivest.

«Ce n’est pas une guerre ouverte. On respecte la position de l’évêque, et on sait qu’il a à présenter la position officielle de l’Église», a réagi l’abbé Mario Tremblay, l’un des prêtres modérateurs impliqué dans l’organisation de la Fête de l’amour.

Il indique que la fête n’a pas attiré beaucoup de monde, mais il sait qu’au moins un couple homosexuel y a assisté.

L’abbé Tremblay croit que l’Église a le devoir d’être sensible à tous les couples, peu importe leur situation.

«Comme Église, est-ce qu’on n’a pas quelque chose à dire au monde aujourd’hui? Peut-on leur faire sentir qu’on est aussi là pour eux, pour les accompagner dans ce qu’ils vivent? Les beaux discours évangéliques sur le couple et l’amour, est-ce qu’on va les garder seulement pour les couples mariés? Ces autres couples ont-ils aussi une place en Église s’ils veulent marcher dans la foi?», a commenté le prêtre incardiné au sein du diocèse de Chicoutimi depuis dix-sept ans. «Dieu est certainement présent à leur amour, dans le fond c’était le message qu’on voulait leur livrer. J’ai même pas pensé qu’on pouvait aller à l’encontre de la position de l’Église.»

L’abbé Tremblay a maintenant hâte de s’asseoir avec son évêque afin d’en discuter plus en profondeur. S’il est prêt à reconnaître que l’organisation d’une telle fête a pu être mal perçue par son évêque et des fidèles plus conservateurs, il croit que l’événement est dans la droite ligne de la récente exhortation apostolique Amoris laetitia sur la famille publiée par le pape François plus tôt ce printemps.

«D’un côté, on accueille [les couples non mariés à l’Église] pour faire baptiser leur enfant, mais de l’autre, il faut leur dire que ce qu’ils vivent n’est pas valable?», a illustré l’abbé Tremblay pour illustrer la complexité pastorale de l’accueil de ces couples.

Réactions au diocèse

Par ailleurs, le débat pastoral sur ce qui s’est passé dans cette paroisse a rebondi au sein du personnel diocésain, alors que plusieurs employés appuyaient la démarche de la Fête de l’amour. Selon nos informations, les tensions étaient telles en milieu de semaine que certains employés des services pastoraux ont même songé à présenter leur démission à l’évêque pour marquer leur désaccord avec sa réaction.

Mylène Renaud fait partie des membres de l’équipe diocésaine de pastorale qui voyaient d’un bon œil l’initiative de la paroisse Sainte-Anne. Celle qui possède une vingtaine d’années d’expérience en pastorale a commenté en affirmant que la réaction de l’évêché «démotivait» et «démobilisait» l’équipe pastorale diocésaine.

Mme Renaud estime qu’il s’agit de profiter de cette affaire pour générer de bonnes discussions pastorales au sein du diocèse.

«On cherche un dialogue. Je pense justement qu’on ne veut pas alimenter ce débat-là dans une optique de combat. On veut trouver l’espace où on serait dans la ligne de l’Évangile. On ne veut pas remettre de l’huile sur le feu. Mais de rapporter des propos qui partent plus de l’Évangile, dans un espace plus accueillant et ouvert», a-t-elle confié.

Il n’a pas été possible de parler directement à Mgr Rivest. Le responsable des communications du diocèse de Chicoutimi, l’abbé Jacques Bouchard, a rappelé que c’est particulièrement la question d’une possible confusion créée par la fête qui préoccupait davantage l’évêché.

«On aurait pu faire deux fêtes différentes, a-t-il laissé entendre. On ne peut pas leur reprocher d’avoir essayé de rejoindre ce monde-là.»

Il est trop tôt pour dire si l’expérience d’une Fête de l’amour pourra se répéter dans le diocèse de Chicoutimi. Pour l’instant, les divers intervenants espèrent surtout que l’affaire continuera d’alimenter leurs discussions et leurs réflexions.

 

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