1928-2021

Décès du théologien suisse Hans Küng

Le théologien suisse, photographié ici en 2015, est décédé le 6 avril 2021 à l'âge de 93 ans.
Le théologien suisse, photographié ici en 2015, est décédé le 6 avril 2021 à l'âge de 93 ans.   (CNS photo/Harald Oppitz, KNA)
2021-04-06 15:40 || Monde Monde

Le père Hans Küng, théologien catholique suisse éminent et parfois controversé, est mort paisiblement dans son sommeil dans la ville universitaire de Tübingen, en Allemagne, où il vivait et donnait des conférences depuis 1960, a déclaré un porte-parole de sa fondation Global Ethic. Il avait 93 ans.

Le père Küng était l'un des théologiens catholiques romains les plus vifs et l'un des critiques les plus acerbes de Jean-Paul II et du pape Benoît XVI. Il avait travaillé et étudié avec le pape Benoît XVI, alors Joseph Ratzinger, à Tübingen dans les années 1960.

Avec Ratzinger, Küng était l'un des plus jeunes experts en théologie à conseiller les évêques lors du concile Vatican II de 1962 à 1965, mais peu de temps après le concile, il a suscité la controverse avec ses opinions sur l'infaillibilité du pape.

Pour cette raison, il s'est vu retirer sa missio canonica, la licence nécessaire pour enseigner la théologie catholique romaine, en 1979 et n'a plus été autorisé à enseigner en tant que théologien catholique dans les universités catholiques. Par la suite, il est devenu professeur de théologie œcuménique à Tübingen, jusqu'à sa retraite en 1996. Le père Küng est resté prêtre catholique.

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En 2019, à l'occasion du 40e anniversaire de cette sanction, le père Küng a déclaré à KNA, l'agence de presse catholique allemande, qu'après un échange de lettres avec le pape François, il se considérait comme réhabilité ecclésialement de manière «quasi-informelle». Il a parlé d'une «lettre manuscrite et fraternelle» et a insisté sur le fait qu'une réhabilitation publique par l'Église n'était «pas si importante» pour lui. Ce qui compte, a-t-il dit, c'est que les choses avancent pour les gens et pour l'Église.

Après avoir pris sa retraite en 2011, il a cofondé la Global Ethic Foundation à l'université de Tübingen, «notamment parce que mes années sont comptées et que j'aimerais que l'œuvre de ma vie soit poursuivie après ma mort», avait alors déclaré le père Küng à KNA. À l'origine de ce projet, il y avait sa conviction que, sans la paix entre les religions, il ne peut y avoir de paix entre les nations.

Dans les décennies qui ont suivi Vatican II, il a fréquemment critiqué le célibat obligatoire des prêtres, la perte de crédibilité de l'Église, l'interdiction d’ordonne des femmes et la Curie romaine, qui comparait au Kremlin. Il a exprimé son soutien aux demandes des organisations de base qui réclament plus de démocratie dans l'Église.

Pourtant, en 2005, quelques mois seulement après l'élection du cardinal Ratzinger au poste de pape, le père Küng et lui ont passé plusieurs heures ensemble à la résidence papale d'été de Castel Gandolfo. Le porte-parole papal de l'époque a déclaré que le pape Benoît et le père Küng «se sont mis d'accord sur le fait que, dans le cadre de cette rencontre, il était insensé d'entrer dans une discussion sur les questions doctrinales qui subsistent entre Hans Küng et le magistère de l'Église».

Au lieu de cela, avait poursuivi le porte-parole, ils se sont concentrés sur deux thèmes des travaux récents du père Küng: la possibilité de développer une «éthique globale» puisant dans toutes les traditions religieuses et le dialogue entre la foi chrétienne et la science.

Mais à l'occasion du cinquième anniversaire de la papauté de Benoît XVI, il a publié une lettre ouverte aux évêques dans plusieurs journaux du monde entier, dans laquelle il énumérait les occasions que le nouveau pape a manquées, comme la réconciliation à long terme avec les juifs, le dialogue avec les musulmans et l'aide aux populations africaines dans la lutte contre le VIH. Il a déclaré être motivé par sa «profonde inquiétude pour notre Église, qui se trouve aujourd'hui dans la pire crise de crédibilité depuis la Réforme».

En 2009, le père Küng a critiqué le pape comme étant isolé et incapable de prendre des mesures créatives pour traiter une série de questions internes à l'Église, notamment le célibat des prêtres et le contrôle des naissances.

Il a publié un livre en 2011 et a parlé des abus sexuels commis par le clergé, affirmant que l'Église catholique était gravement, voire mortellement malade, et que seuls un diagnostic honnête et une thérapie radicale pourraient la guérir.

Dans Peut‑on encore sauver l'Église?, il a fait valoir que la maladie de l'Église allait au-delà des scandales d'abus sexuels et incluait la résistance à la réforme, son secret, son manque de transparence et sa misogynie.

S'exprimant lors du lancement d'un livre à Munich en 2011, il déclarait ceci dans un contexte où l'Église catholique des États-Unis avait perdu un tiers de ses membres: «L'Église catholique américaine n'a jamais demandé pourquoi», a-t-il dit. «Toute autre institution qui a perdu un tiers de ses membres voudrait savoir pourquoi.»

Il a également déclaré qu'à l'époque, 80% des évêques allemands accueilleraient favorablement les réformes.

Il a déclaré qu'il n'était pas possible pour le pape Benoît de réformer. Dans une entrevue accordée à Ecumenical News International, lorsqu'on lui a demandé pourquoi, le père Küng a rappelé comment, en tant que jeune étudiant après la Seconde Guerre mondiale, il avait voyagé à travers l'Europe pour explorer, alors que le jeune pape «ne voulait pas voyager. Il est, par essence, une personne pour la liturgie médiévale, la théologie et une constitution d'Église médiévale.»

Faisant référence au débat sur le célibat qui a surgi après les affaires d'abus sexuels, le père Küng a déclaré: «L'Église catholique romaine a survécu pendant les mille premières années sans célibat.» Il est resté fermement en faveur de l'autorisation du mariage des prêtres et des évêques.

Le père Küng, qui est né le 19 mars 1928 à Sursee, en Suisse, était un écrivain prolifique et a écrit plusieurs best-sellers qui ont été traduits dans plus de 30 langues.

Anli Serfontein

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