Université de Montréal

Des théologiens réfléchiront à «décoloniser» les relations avec les Autochtones

L'Université de Montréal.
L'Université de Montréal.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-12-21 11:28 || Québec Québec

«Après les pensionnats, décoloniser les Églises et la théologie.» C’est le titre d’un séminaire qui sera dirigé par le professeur Jean-François Roussel cet hiver à l’Université de Montréal. Pour le théologien, il est grand temps que son domaine d'études se penche davantage sur cet enjeu.

«La théologie est vraiment en retard», laisse-t-il tomber au sujet du rapport aux peuples autochtones. «On a besoin d’un lieu pour penser cet héritage-là, dans une perspective de réconciliation, où les gens peuvent réfléchir à partir de leur foi.»

Voilà le constat qui se trouve à la base de ce séminaire de deuxième cycle.

«J’entendais parler de la Commission vérité et réconciliation (CVR), surtout au Forum mondial théologie et libération [ndlr: l’été dernier à Montréal]. Beaucoup de personnes prenaient conscience de la question autochtone, qu’on a marginalisée en théologie», dit le professeur de la Faculté de théologie et de sciences des religions (FTSR), pour qui la CVR a rappelé que le rapport de la théologie aux peuples des Premières Nations «n’est pas de l’histoire ancienne: c’est un héritage qu’on porte».

Sa première préoccupation sera d’encourager la réflexion des étudiants sur la colonisation. Pour le professeur Roussel, il importe de réaliser que les Québécois en sont partie prenante: comme colonisés, mais aussi comme bénéficiaires d’une position dominante.

«Ce sera l’occasion de réfléchir à partir d’un cas, celui des pensionnats. La CVR l’a bien souligné: la colonisation, ça commence au XVe siècle. Il y a eu tout un processus colonial, et les pensionnats ne sont qu’un volet de ce processus-là. Pour moi et pour beaucoup de penseurs autochtones, pour une décolonisation effective et réelle, il faut aller plus loin. La réconciliation est un processus de longue haleine qui consiste à construite des relations justes et respectueuses. Comment construire cela au Canada? Comment les Églises sont-elles concernées, quels sont leurs leviers?», poursuit-il.

À travers des écrits d’auteurs autochtones, des sections du rapport de la CVR et des invités, les étudiants devront se pencher sur l’ordre socio-symbolique, c’est-à-dire au sens qu’on donne au réel à travers une représentation symbolique. Face au colonialisme perçu comme un «ordre auquel a participé le catholicisme», il s’agira de produire une réflexion sur une autre représentation des relations avec les peuples autochtones.

«La foi est imprégnée de culture. Elle ne peut exister que dans un matériau culturel. Maintenant, que se passe-t-il lorsque les cultures se rencontrent?», suggère le professeur Roussel.

L'enjeu des excuses

Cette préoccupation survient alors que l'Église de Saskatchewan invite le pape François à y effectuer une visite d’ici deux ans. S’il accepte, ce voyage pourrait devenir l’occasion pour le pape de présenter des excuses formelles devant les peuples autochtones canadiens pour la manière dont l’Église catholique les a traités au fil des années. Benoît XVI avait bien exprimé des «regrets» à Rome en 2009, mais de possibles excuses du pape François, en territoire canadien, rencontreraient ainsi les souhaits du rapport de la CVR publié en 2015.

Certes, les Oblats ont présenté des excuses – controversées – il y a plusieurs années au Canada. Pour le professeur Roussel, ce sont les excuses catholiques «les plus fortes» jusqu’ici. Quelques évêques l’ont également fait. Mais dans l’ensemble, l’Église catholique n’est pas allée aussi loin que l’Église anglicane ou l’Église Unie du Canada. Le professeur rappelle que ces tergiversations catholiques sur les hésitations à présenter des excuses demeurent mal perçues chez les Autochtones.

«Les évêques de l’Ouest ont présenté des excuses en 2014. Le pape l’a fait en Bolivie en 2015, quelques semaines après la publication des demandes de la commission», indique le théologien, qui note qu'il subsiste une confusion sur la teneur et la portée des excuses déjà exprimées. «Je suis porté à penser que ce n’est pas suffisant. Le bilan est plus mitigé du côté catholique. Ce sera important d’y porter attention cet hiver.»

Après les pensionnats, décoloniser les Églises et la théologie
Prof. Jean-François Roussel, Université de Montréal
REL 6324 (3 crédits) Théologies contextuelles
Les jeudis de 13 h à 16 h
Du 12 janvier au 27 avril 2017

 

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