Témoignages d'amis et collègues

Gregory Baum: un savant, un homme d'envergure, un ami

Le théologien Gregory Baum est décédé le 18 octobre 2017. Il avait 94 ans.
Le théologien Gregory Baum est décédé le 18 octobre 2017. Il avait 94 ans.   (Photomontage Présence/F. Gloutnay/P. Vaillancourt)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-10-19 15:51 || Canada Canada

«Avec le départ de Gregory, on perd un type de théologien très rare», estime Élisabeth Garant, directrice générale du Centre justice et foi. «C’est un théologien pour qui la théologie se formule à partir d'interpellations qui lui viennent de la vie, des questionnements et de la souffrance des gens qu'il rencontre.»

«Ce que je retiens en pensant à celui qui nous a quitté [mercredi] soir, c'est qu'il a été intensément présent à chaque personne et à chaque milieu, tout au long de sa vie», ajoute-t-elle.

Elle rappelle que lorsque le professeur Baum avait pris sa retraite de l’Université McGill, «il avait choisi de ne pas conserver un bureau à l'université». Il avait plutôt demandé au Centre justice et foi de lui réserver un espace à la Maison Bellarmin, là où se trouvent aussi les bureaux de la revue Relations. «Cela fait 18 ans que Gregory a un bureau chez nous. Il participait à presque toutes les activités du Centre. C'est seulement ces dernières années qu'il il a cessé d'aller à des événements publics à cause de ses problèmes de surdité», dit la directrice générale.

«C'était un excellent compagnon de travail, arrivé très tôt le matin, prêt à repartir pour des réunions le soir. Il était désireux d'être présent à tous les milieux sociaux, attentif aux grandes questions de l'heure et solidaire des chrétiens engagés en justice sociale.»

Elle n’est pas certaine «qu'on recroisera un homme de cette envergure», mais elle se dit convaincue qu’il y «aura d’autres hommes et d'autres femmes qui tenteront de porter ce qu'il nous a montré par sa façon de penser, de vivre et d'entrer en relation».

«C'est mon plus grand souhait. Qu'il soit parti en laissant à plusieurs personnes un peu de son merveilleux héritage.»

Un vulgarisateur

«C'est une bibliothèque qui vient de disparaître», lance Michel Beaudin, professeur retraité de l'ancienne Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal. «Mais qui veut comprendre sa pensée théologique doit voir les qualités humaines de Gregory. Il avait le charisme de l'amitié, une amitié fidèle», dit le théologien.

Il raconte cet élément déterminant. «Gregory a beaucoup été aimé par sa mère. C'est à travers cet amour qu'il découvre que Dieu l'aime. C'est quelqu'un qui s'est toujours senti aimé. Et cela a développé chez lui une attitude fondamentale, celle de la gratitude, qui transcende toute sa pensée et ses études.»

Un exemple de ce sentiment de gratitude? Toujours, le professeur Baum «valorise les autres», observe-t-il. «Quand on lit ses écrits, on constate qu'il présente la pensée des autres. Il la résume, la rend accessible, la critique. Surtout, il la reçoit.»

Michel Beaudin était un jeune professeur lorsqu’il le rencontre pour la première fois. C’était en 1987, il y a trente ans. «La revue Relations avait rassemblé des personnes de différentes disciplines pour construire un nouveau numéro sur le néolibéralisme et les chartes des droits.» Il ose proposer à ce théologien accompli de signer un texte commun. Le professeur Baum suggère que Michel Beaudin écrive un premier jet pour discussion. «Il n'a pas changé un seul mot», dit-il.

Gregory Baum aimait passionnément le Québec, rappelle le professeur retraité. Pour démontrer cet attachement, il n’hésite pas à reprendre des mots de l'évangile de Jean: «Une grande lumière est venue habiter parmi nous».

«Gregory est venu chez nous, il a adopté le Québec, il a épousé le destin du Québec. Dans ses écrits destinés à l'extérieur, il a valorisé ce qu'était le Québec», soutient-il.

«C'est un savant, avec une pensée très claire et un style limpide. C'est un vulgarisateur hors-pair, marqué par la théologie de la libération et l'option pour les pauvres», résume Michel Beaudin.

Il note aussi que Gregory a trouvé dans l'Église catholique une grande famille, une grande tradition. «Cela ne l'a pas empêché d'être critique mais, et cela est remarquable chez lui, il a constamment valorisé et stimulé les meilleurs engagements de l'Église, les avancées de l'enseignement social des papes et des évêques ainsi que les expériences ecclésiales venues d'ailleurs. Tout ce qui lui apparaissait comme évangélique, en fait.»

Michel Beaudin a visité Gregory Baum dimanche à l’hôpital. De plus en plus faible, il ne répondait déjà plus à ses visiteurs. «On commence à peine à mesurer l'ampleur de son influence, l'héritage qu'il laisse et qui va encore nous inspirer. Son départ est ressenti comme un appel à nous dépasser, à reprendre le flambeau de l'engagement socio-politique et théologique qu'il a mené de manière exceptionnelle.»

«Personnellement, j'ai perdu un maître, un camarade de l'engagement social chrétien et de la théologie qui veut accompagner cette mouvance du christianisme social. Celui qui vient de nous quitter pourrait bien nous inspirer des renouveaux intéressants», dit le théologien.

Un homme de dialogue

«Ce qui a toujours préoccupé Gregory, c'était comment l'Église se situait par rapport à la société», dit l’éditeur Michel Maillé de la maison Fides.

Il rappelle que l’auteur a maintes fois déploré dans ses textes le repli de l’Église au lendemain du concile Vatican II. «Après avoir vécu une grande ouverture, on a vu l'Église institutionnelle se replier sur elle-même. Les conférences épiscopales ont vu leur pouvoir s'effriter, jusqu'à ne plus rien signifier pratiquement. Cela, Gregory l'a déploré et il l'a dit très ouvertement.»

Pour l’éditeur, Grégory demeure avant tout un homme de dialogue «qui ne cherchait pas à briser les ponts mais qui voulait constamment s'ouvrir à l'autre, qui s'efforçait de comprendre l'autre».

Bien sûr qu’il «pouvait être critique, notamment à propos du magistère, mais jamais de façon agressive. Il aura été fidèle à cela durant toute sa vie.»

 

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