Montréal

L’Université Concordia lance un séminaire sur l’extrémisme politico-religieux et la violence

Un tireur d'élite syrien vise des combattants de l'État islamique le 19 août 2017 à Raqqa, en Syrie.
Un tireur d'élite syrien vise des combattants de l'État islamique le 19 août 2017 à Raqqa, en Syrie.   (CNS photo/Zohra Bensemra, Reuters)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2018-01-23 09:43 || Québec Québec

Devant la montée en force des mouvements extrémistes à travers le monde, l’Université Concordia propose, depuis le 12 janvier, un séminaire en anglais sur les organisations politiques ou religieuses, de droite ou de gauche, qui adoptent l’idéologie de l’extrémisme.

«Depuis les quatre ou cinq dernières années, nous avons constaté la montée des groupes extrémistes comme l’État islamique ou encore les mouvements d’extrême droite. Nous avons également remarqué l’influence grandissante du courant évangélique conservateur de type fondamentaliste américain sur le pouvoir politique. Cette constatation nous a amenés à nous interroger sur ce qui peut déclencher l’extrémisme à caractère religieux ou politique», explique André Gagné, professeur de théologie à l’Université Concordia.

C’est ainsi qu’est née l’idée de mettre sur pied un séminaire, non crédité, de six sessions animées par des chercheurs de différentes disciplines. Certains experts invités proviennent d’universités situées à l’extérieur du Québec. Les sessions sont également accessibles à la population.

Les thèmes abordés dans ce séminaire qui prendra fin le 6 avril reflètent la complexité du phénomène étudié. Ainsi, les universitaires se pencheront sur les groupes d’extrême droite au Canada ou encore les opérations martyrs au sein du groupe État islamique.

Le discours eschatologique

C’est le professeur André Gagné qui a animé la première session de ce séminaire avec comme thème le danger de la pensée eschatologique en politique.

«Lorsque j’analyse la situation de l’extrémisme d’inspiration religieuse, je constate souvent qu’il y a une dimension eschatologique derrière. Lorsque nous parlons d’eschatologie, nous parlons de doctrine de la fin des temps. Pour les tenants de ce discours, l’histoire est linéaire. Elle va connaître une fin et un jugement divin. Le discours eschatologique se retrouve également dans l’islam et la religion juive», précise le professeur.

Mais pourquoi avoir choisi ce thème pour amorcer un séminaire sur l’extrémisme politico-religieux et la violence? «Peu de gens en sont conscients, mais même l’État islamique tient un discours eschatologique. Pour lui, nous sommes dans les derniers temps. Il va y avoir une bataille finale.»

Plus près de nous, André Gagné cite le cas du déménagement de l’ambassade américaine dans la ville de Jérusalem. «Je crois qu’il s’agit d’un coup stratégique de la part [du président américaine Donald] Trump afin de satisfaire sa base électorale religieuse. Certains évangéliques adoptent une perspective essentiellement eschatologique. Dans cette perspective, Jérusalem, dans les derniers temps, doit jouer un rôle prédominent avant la seconde venue de Jésus sur la Terre», souligne-t-il.

Pour eux, explique le professeur, nous sommes dans une étape cruciale vers la fin des temps qui sera marquée par de grandes tribulations. «Ils croient que surviendra l’Enlèvement des saints au ciel avant, pendant ou après les grandes tribulations dernières qui approchent.»

Toutefois, avant que ne survienne cet enlèvement, certaines conditions doivent être respectées, dont la transformation de la ville de Jérusalem en capitale d’Israël. «Lorsque ces conditions seront remplies, les tenants du discours eschatologique vont considérer que l’Enlèvement est proche. Il sera suivi d’un déchainement de tribulations sur la Terre et, enfin, par le retour du Christ qui établira un règne de paix qui doit durer un millier d'années. Dans ce millénium, Israël serait la première nation», indique le professeur Gagné.

L’expert ne croit pas que Trump soit totalement conscient de toutes ces considérations politico-religieuses. Il souligne toutefois que ce dernier est prêt à déstabiliser toute une région pour satisfaire la frange religieuse de sa base électorale.

Selon le chercheur, une partie de l’entourage de Trump, dont Paula White, membre du conseil évangélique à la Maison Blanche, est bien au fait de ces subtilités. «Elle prêche l’évangile de la prospérité. Elle a une grosse influence sur Trump. Nous ne pouvons pas nier leur influence. Pour moi, le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem est bien plus qu’une simple décision politique. Elle est également nourrie par le discours eschatologique.»

Pour le chercheur, «même si certains veulent le nier, le religieux joue encore un rôle dans le domaine de la politique et dans l’actualité. C’était le cas au Canada sous Harper. Nous ne sommes pas à l'abri de cela chez nous.»

Le séminaire se déroule dans les locaux de l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits humains à Montréal.

 

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