Âgé de 94 ans

Le théologien Gregory Baum est décédé

Le théologien Gregory Baum est décédé à 20 h le mercredi 18 octobre 2017.
Le théologien Gregory Baum est décédé à 20 h le mercredi 18 octobre 2017.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-10-18 20:27 || Canada Canada

Le théologien Gregory Baum, qui a agi comme expert lors du concile Vatican II, est décédé ce mercredi 18 octobre 2017 à Montréal. Il était âgé de 94 ans.

Admis au Centre hospitalier de St. Mary il y a dix jours, après une chute dans son nouveau logement, Gregory Baum faiblissait de jour en jour. Depuis dimanche, il n'interagissait plus avec ses amis et collègues qui défilaient à son chevet. Il a prononcé ses dernières paroles samedi.

Il est décédé à 20 h à l'unité de soins palliatifs, où il avait été transféré le 16 octobre.

Les détails de ses funérailles restent à confirmer, mais selon nos informations, celles-ci pourraient se tenir à l'église Saint-Pierre-Apôtre le samedi 28 octobre.

Une désarmante humilité

«Je ne me considère pas comme un penseur important», confie Gregory Baum, dès les premières pages de ce qu'il refuse d'appeler son autobiographie.

Dans son plus récent livre lancé à Montréal le 1er juin 2017, soit moins de cinq mois avant son décès survenu hier, le théologien raconte son «parcours théologique». Il y collige «les événements et les rencontres qui m’ont amené à me poser certaines questions et qui m’ont obligé à repenser le sens du catholicisme dans le monde contemporain».

Dans Et jamais l’huile ne tarit (Fides), ce géant de la théologie, ce pionnier du dialogue œcuménique, ce religieux qui a 37 ans lorsqu’il est nommé peritus (expert) au concile Vatican II, cet auteur prolifique qui sera membre durant deux décennies du comité de rédaction de la prestigieuse revue Concilium, ce professeur toujours apprécié de ses élèves et de ses collègues – il n’ont pas cessé de défiler à sa chambre depuis son hospitalisation récente –, se définit avec une désarmante humilité.

Gregory Baum estime qu'il n'est qu'un «théologien pratique, touché par les problèmes troublants de notre temps, qui essaie de les interpréter et d’y réagir à la lumière de l’Évangile».

Enfance et adolescence

«Je suis né à Berlin en 1923 dans une riche famille bourgeoise d’origine juive et de culture protestante. Je m’appelais alors Gerhard Baum». Le premier chapitre d’Et jamais l’huile ne tarit débute ainsi. «Ma sœur et moi ne savions même pas que nos grands-parents étaient juifs», poursuit celui qui prendra le prénom de Gregory quand il est devenu membre de l’ordre des Augustins.

À l’âge de 15 ans, il quitte Berlin pour la Grande-Bretagne. Le gouvernement britannique prend «la décision d’interner les réfugiés allemands, au cas où certains se rallieraient à l’Allemagne et se prépareraient à accueillir les envahisseurs». Après un bref séjour dans un camp près de Liverpool ainsi qu’à l’île de Man, le jeune Gerhard est «expédié au Canada».

«On m’a finalement envoyé au Camp A, à Farnham, petite ville au sud de Montréal, où j’ai passé plus d’un an avant d’aboutir dans un autre camp, à Sherbrooke, où j’ai passé plusieurs mois», raconte-t-il.

«Nous vivions à l’étroit dans des baraques de bois et le camp était entouré de hautes clôtures de fil barbelé, mais nous étions en sécurité, bien nourris et nous avions le temps d’organiser nos propres activités.» Il sera libéré en avril 1942. Il peut demeurer au Canada grâce au soutien d’«une protestante remarquable, Emma Kaufman, membre d’une riche famille de Kitchener, en Ontario».

Le théologien critique

À l’Université McMaster de Hamilton, il obtient un baccalauréat en mathématiques et en physique en 1946. C’est aussi cette année-là qu’il lit les Confessions de saint Augustin, un livre qui le conduira au baptême dans l’Église catholique, «le grand événement de ma vie».

À peine un an plus tard, il entre dans l’ordre des Augustins. «Comme je me savais homosexuel, je n’avais pas l’intention d’explorer ma capacité de vivre une relation intime et je regardais la vie monastique comme une façon appropriée de mener une vie de disciple», révèle Gregory Baum.

Ordonné prêtre en 1954, il obtient son doctorat en théologie deux ans plus tard après avoir rédigé une thèse de doctorat consacrée à l’évolution de la pensée papale devant le dialogue œcuménique. Toujours humble, il attribue à sa thèse la note de «plutôt médiocre». Elle fut néanmoins remarquée par le pape Jean XXIII qui le nomma expert au Secrétariat pour l’Unité chrétienne lors du concile Vatican II. «Il m’a été donné de jouer un rôle modeste dans cet événement historique extraordinaire», tempère-t-il de nouveau.

De 1959 à 1986, le théologien, qui quittera la prêtrise en 1974, enseigne au St. Michael’s College de l’Université de Toronto. Obligé de prendre sa retraite à l’âge de 65 ans mais conscient qu’il «n’était pas prêt à le faire sur le plan financier» puisque son salaire avait longtemps été versé à sa communauté religieuse, il accepte l’offre d’enseigner à la Faculté d’études religieuses de l’Université McGill. Son épouse Shirley Flynn et lui emménagent alors à Montréal, «une aventure formidable», avoue-t-il.

Il devient aussitôt membre du comité de rédaction de la revue Relations, ce qui lui permet «d’observer, en y participant, les débats politiques et culturels qui animaient la société québécoise».  La gauche catholique, dira-t-il lors d’une conférence, deviendra alors «son foyer spirituel», alors que ses membres, «pas nécessairement d’accord sur tous les enjeux», deviendront ses compagnons au quotidien.

«Je compatis avec eux à la souffrance infligée aux sans-pouvoir de notre monde et je m’attriste avec eux du courant conservateur dans l’Église, qui rend aujourd’hui les gens indifférents à la souffrance des autres.»

Son homosexualité

C’est en 1974 que Gregory Baum écrit un premier article sur l’amour homosexuel. Mais, confie-t-il, «à ce moment-là, je n’ai pas dévoilé mon homosexualité parce que cette sorte de candeur aurait considérablement entamé mon influence comme théologien et théologien critique. Ce qui était plus important pour moi que la question sexuelle, c’étaient les enjeux de justice sociale, la théologie de la libération et la reconstruction de la société.»

Il explique que Shirley Flynn, une ex-religieuse, et lui se sont mariés en 1977, «bien conscients de l’amitié qui nous liait et de la différence de nos orientations sexuelles».  

«Nous avons célébré notre amitié dans une union heureuse d’une trentaine d’années.». Son épouse est décédée le 18 novembre 2007, dans une chambre du Centre hospitalier de St. Mary, là même où Gregory Baum est décédé hier soir.

En 1986, il «tombe passionnément amoureux» d’un ex-prêtre. «Engagés l’un et l’autre dans la théologie de la libération, nous partageons la même orientation religieuse et politique», écrit-il, ajoutant que «la constance de l’amour de Normand a donné une grande stabilité à ma vie de théologien; pour moi, c’est un don de Dieu».

La maladie et la mort

Gregory Baum explique aussi que, depuis quatre ans, ses reins ne fonctionnement plus. «Je ne survis que parce que la dialyse que je reçois trois fois par semaine me permet de vivre, et de vivre bien. J’en suis profondément reconnaissant.»

Il lance alors, dans Et jamais l’huile ne tarit, cette troublante réflexion à laquelle il sera lui-même confrontée quelques jours avant son décès. «Si ma santé se détériorait gravement, si elle me causait de grandes douleurs et me laissait entièrement dépendant d’autrui, il me suffirait d’interrompre ma dialyse pour évoluer rapidement vers la mort. Tout cela serait parfaitement légal et conforme à la doctrine catholique.»

«Cette sortie d’urgence me libère de l’angoisse et me donne un grand sentiment de liberté. Est-ce que je ne devrais pas souhaiter cette liberté à tout le monde?», demande le théologien qui suivait ces dernières années tous les débats sur l’aide médicale à mourir.

Il évoque aussi sa mort prochaine, inévitable, un événement qu’il ne craint absolument pas.

«Dix-sept millions de personnes ont été tuées pendant la Première Guerre mondiale, soixante millions pendant la Deuxième, et l’hécatombe continue. Le fait de mourir dans son lit au terme d’une longue vie est un privilège dont il y a lieu de rendre grâce, me semble-t-il».

 

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