Alberta

Aide à mourir: les évêques ferment la porte aux funérailles et au sacrement des malades

  (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-09-21 13:38 || Canada Canada

Une personne qui a recours à l'aide médicale à mourir pourrait bien ne pas avoir droit à des funérailles à l'église ou encore au sacrement des malades, disent des évêques catholiques de l'Ouest canadien.

Lorsque des personnes malades font connaître publiquement leur volonté de mettre fin à leurs jours par euthanasie ou par suicide assisté, «il ne sera pas possible de célébrer des funérailles chrétiennes» au lendemain de leur décès.

C’est ce que viennent d’énoncer les six évêques catholiques de l'Alberta et des Territoires-du-Nord-Ouest dans une série de directives remises aux prêtres de leurs diocèses.

Si la famille du défunt n'a pas encouragé le recours à l'aide médicale à mourir et «à condition que cela ne provoque pas de scandale public, les rites des funérailles peuvent alors être célébrés», précisent toutefois les évêques.

Mais pas question pour les amis et les parents de transformer les funérailles en une «occasion de célébrer la décision de la personne aimée de mourir par suicide assisté ou par euthanasie».

«Cela serait véritablement scandaleux», puisque la cérémonie religieuse serait interprétée «comme un encouragement pour d’autres à recourir à ce mal (evil)».

«Une telle demande doit être gentiment mais fermement refusée», préviennent-ils leurs prêtres dans leurs Directives pour la célébration des sacrements auprès des personnes et des familles qui choisissent le suicide assisté et l'euthanasie.

L’Église accorde pourtant des funérailles chrétiennes aux personnes qui, apprend-on après leur décès, se sont suicidées, reconnaissent les signataires de ces directives. Dans ces cas, «nous ne pouvons pas juger les raisons qui ont mené un individu à prendre cette décision, pas plus que nous ne connaissons les dispositions de son cœur», écrivent-ils. Par contre, dans le cas de l’aide médicale à mourir, le consentement de la personne est préalable à son décès. La personne doit être consciente que son geste «est contraire à la foi chrétienne».

Le document de 34 pages, dévoilé le 14 septembre, n'a été publié qu'en anglais. On s’affaire actuellement à sa traduction en français, précise le service des communications de l’archidiocèse d’Edmonton.

En refusant la tenue de funérailles religieuses, le but de l’Église n’est pas de punir la personne décédée mais bien «de reconnaître sa décision, une décision qui l’a entraînée à poser un geste contraire à la foi chrétienne», expliquent les évêques des diocèses d’Edmonton, Calgary, Grouard-McLennan, Saint-Paul et Mackenzie-Fort Smith.

Les directives signées par les six évêques s’intéressent aussi au sacrement des malades, anciennement appelé «extrême-onction». Dans le cas des personnes mourantes qui ont opté pour l’aide médicale à mourir, il est de la responsabilité des prêtres «d’implorer avec délicatesse et fermeté (gentle firmness) la personne malade» de renoncer à ce recours.

«Si elle maintient sa décision, l’onction ne peut être offerte», écrivent les évêques. Elle est alors remise à plus tard.

Plus tôt cette année, au lendemain de l’adoption par le gouvernement canadien du projet de loi C-14, la loi sur l’aide médicale à mourir, la Conférence des évêques catholiques du Canada a déploré cette «décision historique qui atteste l'échec de notre gouvernement et de notre société d'assurer une protection humaine authentique pour les personnes souffrantes et vulnérables parmi nous».

Les évêques des diocèses de l’Alberta et des Territoires-du-Nord-Ouest sont les premiers à publier des directives sur l’attribution des sacrements aux personnes qui se prévalent des dispositions de la nouvelle loi.

L'Assemblée des évêques catholiques du Québec a signifié de son côté qu'elle n'a pas l'intention pour le moment de publier un document similaire.

 

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