Chronique de Jocelyn Girard

Alors, transparence ou non?

«Pourquoi ne pas profiter de l’élan d’un François en se montrant plus prompte à communiquer avec plus de justesse, peut-être en commençant par l’expression d’une empathie bien sentie envers les victimes présumées?», demande Jocelyn Girard.
«Pourquoi ne pas profiter de l’élan d’un François en se montrant plus prompte à communiquer avec plus de justesse, peut-être en commençant par l’expression d’une empathie bien sentie envers les victimes présumées?», demande Jocelyn Girard.   (CNS photo/Guglielmo Mangiapane, Reuters)
Jocelyn Girard | Chroniqueur
Chroniqueur
2019-12-19 12:07 || Québec Québec

Les autorités catholiques semblent vouloir présenter un nouveau visage d’ouverture et de transparence par les temps qui courent. C’est bien le sens que nous devons donner à la décision du pape François de lever le «secret pontifical» sur les crimes graves dont les abus sexuels. La loi du silence imposée du plus haut de la pyramide ecclésiale n’est désormais plus soutenue par le Saint-Siège. Il s’agit d’une vraie révolution qui aura des conséquences majeures, car ni les personnes qui dénoncent des abus, ni les victimes les ayant subis, ni même les témoins de faits en cause ne pourront plus être tenus au silence «sous peine d’excommunication».

Cela implique également que les évêques, chacun dans son diocèse, devront collaborer avec les pouvoirs civils et judiciaires pour partager les informations et témoignages à leur disposition au sujet des prêtres ayant été dénoncés par le passé, mais dont les méfaits ne devaient en aucun cas être dévoilés. Ce faisant, cette collaboration pourrait contribuer à amener les abuseurs (vivants) devant les tribunaux et, espérons-le, à faire reconnaître les torts causés aux victimes.

Après des mois d’hésitation, le pape répond ainsi à une demande datant de 2017 de la Commission pour la protection des personnes mineures qui était restée lettre morte jusqu’à ce qu’elle soit remise de l’avant lors du sommet sur les abus qui s’est tenu au Vatican en février dernier.

Plus personne ne peut douter de la détermination de François à faire le grand ménage de sa cour pendant qu’il en a encore l’énergie! Mais jusqu’où les pouvoirs intermédiaires et locaux le suivront-ils dans cette nouvelle posture?

L’exemple du haut vers le bas?

On peut saluer le fait que l’archidiocèse de Vancouver soit devenu le premier diocèse catholique canadien à dévoiler il y a quelques semaines une liste de prêtres ayant fait l’objet d’accusations. De leur côté, les jésuites du Canada annoncent une démarche de transparence sans précédent au sujet de leurs membres afin de faire toute la lumière sur des affaires d’abus.

C’est un portrait qui contraste, par exemple, avec les hésitations de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Dans le dossier des abus, elle publiait récemment une note dans laquelle elle admet tergiverser quant à la publication ou non des noms des membres du clergé visés par des allégations d’abus sexuels. Dans le dossier de la révision des partenaires de la Caritas canadienne Développement et Paix, ses critères d’évaluation restent flous et suscitaient encore récemment des craintes quant aux postures idéologiques sous-jacentes.

On trouve cette semaine semblable mutisme du côté de la Famille Marie-Jeunesse et l’archidiocèse de Sherbrooke. Cette communauté nouvelle, qui était jusqu’à tout récemment perçue comme une «success story» de l’Église canadienne, est à son tour visée par une demande de recours collectif pour des abus physiques, spirituels et psychologiques. La communauté a connu une crise grave ces dernières années et se retrouve actuellement en processus de «refondation». Ses responsables n’ont pas souhaité commenter la demande dont elle fait l’objet, référant les journalistes à l’archidiocèse de Sherbrooke, qui n’a pas voulu commenter non plus, malheureusement.

Alors, transparence ou non?

S’il va de soi qu’il faut protéger des personnes innocentes d’accusations graves et accablantes, il est pourtant nécessaire de procéder aux enquêtes selon une logique de transparence et de collaboration.

Il est probable que l’ouverture exigée par le pape François dans les démarches d’identification des abuseurs prenne du temps avant de s’étendre jusqu’aux niveaux les plus proches des victimes. Mais les signaux donnés par certaines instances à ce moment-ci peuvent donner l’impression d’une résistance propre au monde institutionnel, ecclésial ou non.

Si l’Église catholique se veut réellement sur la voie de restauration de sa crédibilité, il lui faudra certainement accélérer les réformes souhaitées au chapitre de la transparence, y compris celles qui concernent son approche des communications.

La mentalité actuelle de nos contemporains n’accepte plus qu’une institution puisse s’élever au-dessus de la justice. Il lui est plutôt réclamé, y compris par les baptisés eux-mêmes, qu’elle fasse preuve d’une transparence prophétique lorsqu’il s’agit d’aborder les enjeux complexes. Pourquoi ne pas profiter de l’élan d’un François en se montrant plus prompte à communiquer avec plus de justesse, peut-être en commençant par insister encore plus sur l’expression d’une empathie bien sentie envers les victimes présumées? Dans l’attente, cette dichotomie de sens dans le rapport à la transparence selon les cas et les échelons ecclésiaux ne fait rien pour appuyer la guérison souhaitée par les victimes.

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