Justice

Pourquoi l’Église soutient la légalisation de la sodomie à Trinité-et-Tobago

La Cour suprême de Trinité-et-Tobago, à Port-d'Espagne, le 13 avril 2018. L'Église catholique soutient la décriminalisation de la sodomie dans ce pays des Caraïbes.
La Cour suprême de Trinité-et-Tobago, à Port-d'Espagne, le 13 avril 2018. L'Église catholique soutient la décriminalisation de la sodomie dans ce pays des Caraïbes.   (CNS photo/Laura Ann Phillips)
2018-04-18 11:55 || Monde Monde

L'Église catholique de Trinité-et-Tobago a déclaré son soutien absolu à une décision de la Cour suprême du 12 avril qui a ouvert la voie à la légalisation de la sodomie dans ce pays.

À l'heure actuelle, il s'agit toujours d'une infraction criminelle passible d'une peine d'emprisonnement de 25 ans.

Dans une déclaration du 13 avril, l'archevêque de Port-d’Espagne, Charles Gordon, a déclaré que «la sodomie est un délit moral grave», mais qu’elle ne devrait pas «mettre quelqu'un en prison pendant 25 ans».

L'archevêque Gordon a cité l'intervention du Vatican en décembre 2008 à la 63ème session des Nations Unies: «Le Saint-Siège continue de préconiser que tout signe de discrimination injuste envers les personnes homosexuelles soit évité et exhorte les États à supprimer les sanctions pénales contre eux».

La plus grande partie de la législation de la Trinité-et-Tobago est héritée de son passé britannique pré-indépendance, dont les lois régissant la sodomie. La loi sur les délits sexuels de 1987 contient toujours des lois de l'English Buggery Act 1533.

La loi sur les délits sexuels ne s'applique pas à «un acte de pudeur grave commis en privé entre un mari et sa femme» ou «un homme et une femme de 16 ans ou plus, tous deux consentants à la commission de l'acte».

«C'est vraiment discriminatoire, quand on y pense», a déclaré le père Martin Sirju, vicaire général de l'archidiocèse de Port-d’Espagne, «parce qu'il y a des hétérosexuels qui s’adonnent à cette pratique sexuelle, et ce ne sont pas eux qui sont ciblés. C'est juste un groupe.»

Selon lui, ce sont surtout les désavantagés qui étaient visés, car dans un contexte de rapport de force face à une dénonciation, ils ne pouvaient espérer s’en tirer face aux gens d’influence. «Ce sont eux qui sont dénoncés, pas les privilégiés, pas les gens bien placés», a expliqué le père Sirju.

Porte ouverte au mariage?

Mgr Gordon a dit qu'il savait que les gens croyaient que l'abrogation des lois «ouvrirait la porte au mariage entre personnes de même sexe».

«Il se peut que ces stratégies soient liées entre elles, nous devons les traiter séparément», a-t-il déclaré, ajoutant: «Nous nous opposerons de toutes les manières possibles au mariage homosexuel».

Il a cependant rappelé aux fidèles que: «La miséricorde est l'épicentre du message évangélique: les homosexuels doivent être protégés et nous devons veiller à ce qu'ils ne soient pas victimes de discrimination ou de violence. Ils devraient être acceptés avec respect, compassion et sensibilité.»

Dans son jugement, le juge Devindra Rampersad a qualifié la loi d'«inconstitutionnelle», ajoutant que «cette cour doit et va respecter la constitution pour reconnaître la dignité de chaque citoyen dont les droits et libertés lui ont été injustement retirés».

La décision survient sur fond de bouleversement des mœurs par rapport aux personnes LGBTQ dans les Caraïbes.

L'activiste LGBT de Trinité, Jason Jones, qui a contesté la loi, a déclaré aux médias locaux qu'il avait l'intention de continuer la lutte pour que les personnes LGBTQ aient accès au mariage et à l'adoption.

En 2015, l'avocat jamaïcain Maurice Tomlinson a porté plainte devant la Cour de justice des Caraïbes pour contester les lois sur l'immigration de Trinité-et-Tobago et de Belize, qui interdisaient l'entrée aux homosexuels.

L'affaire a été rejetée lorsqu'il a été démontré que Belize interdisait à toute personne, homosexuelle ou autre, d'entrer dans le pays en tant que travailleuse du sexe ou souhaitant en tirer profit, et que le Département de l'immigration de Trinité-et-Tobago n'appliquait pas cette interdiction aux voisins homosexuels. Ainsi, en tant que ressortissant d'un pays membre de la Communauté caribéenne (CARICOM), Tomlinson ne se verrait pas refuser l'entrée.

L'année suivante, la Cour suprême du Belize a légalisé la sodomie après que l'activiste bélizien Caleb Orozco ait contesté le Code criminel. L'Église catholique locale avait soutenu le maintien de se son statut d’illégalité.

S'adressant aux objections fondées sur la religion aux changements dans la loi, le juge Rampersad a déclaré: «Cette conclusion n'est pas une évaluation du déni des croyances religieuses de quiconque […] Cependant, cette conclusion est une reconnaissance que la croyance de certains, par définition, n’est pas la croyance de tous et, dans la République de Trinité-et-Tobago, tous sont protégés, et ont le droit d'être protégés, en vertu de la constitution.»

Dans les jours qui ont précédé l'affaire Trinité-et-Tobago, des groupes religieux et laïcs ont défilé dans les rues de la capitale en exprimant leur inquiétude. À la suite de la décision, ils ont déclaré leur intention de continuer à manifester de diverses manières jusqu'à ce que l'affaire soit rappelée le 4 juillet, date à laquelle le tribunal devrait faire des recommandations sur les arguments des avocats sur la façon de procéder.

Le gouvernement de Trinité-et-Tobago a déclaré son intention de faire appel de la décision. On s'attend à ce que l'affaire soit finalement entendue au Conseil privé du Royaume-Uni, la plus haute cour du pays.

Laura Ann Phillips

 

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