Chronique de Louis Cornellier

Pitié pour les CHSLD

Quiconque est déjà entré dans un CHSLD sait que les personnes qui y vivent y sont parce qu’elles ne pouvaient plus être ailleurs. Prétendre que les malades seraient mieux chez eux grâce à des soins à domicile, c’est parler à tort et à travers, écrit Louis Cornellier.
Quiconque est déjà entré dans un CHSLD sait que les personnes qui y vivent y sont parce qu’elles ne pouvaient plus être ailleurs. Prétendre que les malades seraient mieux chez eux grâce à des soins à domicile, c’est parler à tort et à travers, écrit Louis Cornellier.   (Pixabay)
Louis Cornellier | Chroniqueur
Chroniqueur
2020-05-21 11:48 || Québec Québec

La situation dramatique engendrée par la COVID-19 dans les CHSLD donne froid dans le dos. Mourir fait partie de la vie, dit-on avec raison, mais mourir sans la présence de membres de sa famille ou d’amis, privé des soins requis, par manque de personnel soignant, est inhumain.

Ce drame des CHSLD frappés par la COVID-19 suscite donc, à juste titre, un trouble moral dans l’esprit des Québécois sensibles à la dignité humaine. Dans La Presse (12 mai), l’ancien ministre Claude Castonguay a parlé d’un «gâchis honteux» et d’un «véritable scandale». La formation Québec solidaire (QS), touchée par la situation, a évoqué l’idée d’abolir les CHSLD. D’autres, à gauche et à droite, y sont allés de cris du cœur dénonçant un système inhumain dans lequel les vieux sont abandonnés. La réalité n’est toutefois pas si simple.

Quelques données, d’abord, pour remettre les choses en perspective et sortir de la confusion. Au Québec, la très grande majorité des personnes âgées de 65 ans et plus (86 %) vit à domicile. 10 % des personnes de cette catégorie d’âge habitent dans des résidences collectives privées (dites résidences pour aînés ou RPA) et 3 % d’entre elles, finalement, vivent en CHSLD (4 %, si on inclut les ressources intermédiaires ou RI).

Il faut éviter de tout mélanger. Les RPA et les CHSLD, souvent confondus, ont peu de choses en commun. Les premières accueillent des personnes autonomes, qui ont fait le choix d’y habiter, souvent par désir de se libérer des contraintes liées à l’entretien d’une maison ou de se rapprocher des services de santé, en cas de besoin. Les seconds, quant à eux, accueillent des personnes en sévère perte d’autonomie qui présentent, en majorité, des troubles cognitifs.

Quand j’entends Gabriel Nadeau-Dubois, de QS, dire, en parlant des CHSLD, qu’«il n’y a plus grand monde, au Québec, qui a envie d’y aller» (Le Journal de Québec, 8 mai), je ne peux m’empêcher de me dire qu’il ne sait pas de quoi il parle. Personne, c’est une évidence, n’a envie d’aller là. On y va parce qu’on est trop malade et qu’il n’y a plus d’autres options.

Quiconque est déjà entré dans un CHSLD sait que les personnes qui y vivent y sont parce qu’elles ne pouvaient plus être ailleurs. Prétendre que les malades seraient mieux chez eux grâce à des soins à domicile, c’est parler à tort et à travers. Majoritairement incontinents, souvent errants à cause de l’Alzheimer quand ils ne sont pas condamnés à passer du lit au fauteuil et du fauteuil au lit par incapacité de faire quoi que ce soit d’autre, les résidents des CHSLD sont très lourdement malades et nécessitent soins et surveillance 24 h sur 24 h.

Laisser entendre que ces personnes pourraient être mieux traitées en restant chez elles, si leurs proches et la société consentaient à faire les efforts nécessaires pour cela, relève de l’ignorance et revient à culpabiliser l’entourage de ces malades en proposant de fausses solutions. Je connais des personnes qui ont un conjoint ou un parent en CHSLD et qui vivent écrasées sous le fardeau de la culpabilité, en se disant qu’elles auraient peut-être pu éviter cette situation en en faisant plus. Pourtant, objectivement, humainement, elles ne pouvaient pas. Le discours qui diabolise les CHSLD, en les dépeignant comme un enfer — celui que je connais n’en est pas un — et qui fait miroiter une douce fin de vie à domicile pour tous vient les écraser encore plus.

Des institutions nécessaires, mais à réformer

Personne, je le répète, n’a envie d’aller vivre dans un CHSLD. On y va par obligation. Les chiffres le confirment: seulement 1 % des personnes âgées de 65-74 y vivent, 4 % des 75-84 ans et 11 % des 85 ans et plus. On va en CHSLD parce qu’on est vieux et très malade. Or, il y a de plus en plus de Québécois qui sont dans cette situation. De 2011 à 2016, la population des plus de 85 ans a augmenté de 19,4 % au Canada, ce qui est quatre fois plus que l’augmentation de la population générale. Abolir les CHSLD, en pareil contexte, est une vue de l’esprit.

Reconnaître la nécessité de ces institutions ne signifie pas les mettre à l’abri de la critique. On a eu raison, par exemple, de dénoncer l’existence de CHSLD privés. Le monde des soins aux plus vulnérables d’entre tous ne peut s’accommoder de la logique du profit sans entraîner de dommages humains. Il faut donc, de toute urgence, rendre publiques toutes ces institutions.

On a eu raison, de même, de déplorer le traitement réservé, dans ces centres, aux préposées aux bénéficiaires, les intervenants les plus précieux pour les malades. Il faut donc mieux former, mieux payer et mieux traiter ces accompagnatrices essentielles. D’autres réformes s’imposent: chacun de ces centres devrait avoir une direction indépendante, être financé adéquatement afin de pouvoir embaucher tout le personnel requis et de pouvoir le garder, pour éviter les déplacements de personnel d’un centre à l’autre, dont on a vu les ravages dans la crise sanitaire actuelle. Il conviendrait, enfin, de concevoir des CHSLD à échelle humaine puisque le gigantisme est inhumain. Le défi est grand, mais incontournable.

Nos compatriotes âgés morts de la COVID-19 dans les CHSLD ont-ils été victimes du mépris de la société québécoise pour les vieux? Je n’irais pas si vite. Quand Denise Bombardier affirme (Le Journal de Montréal, 8 mai) que «90 % des familles qui ont un parent dans un CHSLD ne mettent habituellement pas les pieds dans ces mouroirs», j’ai peine à la croire. J’ai essayé de savoir d’où provenait ce chiffre. Je n’ai rien trouvé pour le confirmer, sauf des anecdotes. Aussi, anecdote pour anecdote, me permettrai-je ici de proposer la mienne. Dans le seul CHSLD que je connais par expérience, le taux de visiteurs est nettement plus élevé que ça, et ce, même si une visite en ces lieux n’est presque jamais une partie de plaisir.

Denise Bombardier a raison de dire que «le vrai scandale des CHSLD du Québec n’est pas que les gens meurent» de la COVID-19 — même sans cette calamité, l’espérance de vie en ces lieux est évaluée à deux ans —, mais qu’«ils meurent dans l’indignité, la solitude et l’angoisse, malgré les efforts des soignants». Or, la chroniqueuse a tort de laisser entendre que cette situation est due principalement à l’abandon de ces personnes par leurs proches.

C’est la COVID-19, un événement extrême, qui a entraîné cette situation tragique. Bien des proches auraient voulu accompagner leur parent, leur conjoint ou leur ami mourant et pleuraient aux portes des CHSLD. Il ne faut pas ajouter le malheur au malheur en disant n’importe quoi. Pitié pour les CHSLD, pour les malades qui y vivent, pour leur famille, pour les soignants qui y travaillent. Ils méritent mieux que des analyses à l’emporte-pièce.

***

 

 


20 Commentaire(s)

France Beaulieu || 2020-05-25 08:06:00

Quelle analyse juste. Pourquoi alors le gouvernement dit-il que la solution est dans l'augmentation des services à domicile. Oui mais vient un moment où la sécurité de la personne à domicile est fortement comprise et la famille n'a pas d'autre choix que de les placer en CHSLD. La grande majorité des personnes sont en CHSLD en raison de problèmes cognitifs. Je favorise de petites cellules de vie à l'intérieur des établissements avec un ratio de personnel stable, dédié et plus élevé où les personnes sont plus stimulées.

Jacques Legalop || 2020-05-23 20:38:18

"quand ils ne sont pas condamnés à passer du lit au fauteuil et du fauteuil au lit par incapacité de faire quoi que ce soit d’autre, les résidents des CHSLD sont très lourdement malades et nécessitent soins et surveillance 24 h sur 24 h." Je suis désolé, mais rendu à ce point, lorsqu'on a perdu toute dignité et humanité, vouloir préserver la vie sans le consentement explicite du malade, cela s'apparente à de la cruauté et à de la tourture. MIsère, les gens ont plus de compassion pour leur vieux chien malade! Il est plus que temps que l'aide médicale à mourir soit une norme sociale acceptée et non l'exception.

Louis Cornellier || 2020-05-23 13:16:29

Monsieur Claude Gilbert, Le Québec ne compte pas trois fois plus de CHSLD que l'Ontario. Cette information, colportée par plusieurs médias dans les derniers jours, est inexacte. Au Québec, selon la SCHL, les personnes âgées de 75 ans et plus seraient trois fois plus nombreuses (18,4%) que leurs semblables d'ailleurs au Canada (6,1) à habiter dans des Résidences pour personnes âgées (RPA) et non dans des CHSLD. Les RPA accueillent des personnes autonomes qui ont fait le choix d'y vivre. Cette clientèle n'a rien à voir avec celle des CHSLD. Je vous invite à lire cette chronique de Francis Vailles, de La Presse: https://plus.lapresse.ca/screens/94af7c1a-4203-452f-9d54-1a7e7ccb347a__7C___0.html?utm_medium=Twitter&utm_campaign=Microsite+Share&utm_content=Screen Vous y lirez notamment ceci: "Le Québec a-t-il davantage de lits en CHSLD qu’ailleurs, comme on l’entend souvent, ce qui expliquerait l’hécatombe ? Réponse : pas du tout."

Serge Emond || 2020-05-23 11:25:25

Merci, monsieur Cornellier de remettre les pendules à l'heure. En effet, les CHSLD sont le dernier domicile des personnes qui n'ont pas voulu être là, mais qui n'ont eu aucun autre choix. Les aînés y résidant nécessitent plus de 3 heures de soins chaque jour. Autant dire qu'il faut les éveiller, les laver, les nourrir, les stimuler, les faire marcher, etc. La plupart souffrent de la maladie d’Alzheimer. Les visiteuses sont souvent les épouses et les époux. Je peux comprendre que les membres de la famille souffrent lors de leur visite de ne pouvoir communiquer avec leur père et mère et espacent leur visite. Personnellement, je ne crois pas que les « maisons des aînés » y changent vraiment quelque chose. Pourra-t-on y attitrer le personnel suffisant ? Les CHSLD nécessitent l’ajout de personnel suffisant et permanent plein temps pour répondre non seulement aux besoins de base, mais aussi aux besoins sociaux et affectifs des aînés. Que de fois j'ai perdu patience en entendant, dans les tribunes téléphoniques les gens dirent "nous allons tous finir au CHSLD". Le chiffre de 3 ou 4 % est exact. Notre risque de s'y retrouver est donc très bas. J'ai été le coordonnateur d'un regroupement de 80 OBNL pour personnes aînées de Montréal. La mission de l'organisme était de favoriser le "maintien dans la communauté" des aînés (COMACO), et non pas seulement à domicile. Le maintien à domicile nécessite absolument une relation avec sa communauté. Les personnes aînées vivant seules dépérissent si elles n'ont pas de contact avec d'autres personnes. Beaucoup d'aînés désirent finir leur vie sans tracas dans une résidence pour aînés. À Montréal, le type d'habitation avec ces 2e et 3e étages décourage d'y rester en vieillissant. Oui, les services à domicile doivent couvrir non seulement les aspects médicaux, mais aussi les besoins relationnels et sociaux. 85 % des aînés vivent dans leur domicile. Il est impératif de favoriser ce choix. Le nombre de personnes augmentera et doublera dans les 20 prochaines années. Quel vieillissement désirons-nous pour notre société québécoise ?

Carole Salois || 2020-05-23 09:22:23

M. Cornellier, vous avez écrit là le texte le plus juste, le plus pertinent, le plus sensible et nécessaire que j'aie lu depuis longtemps. Vous décrivez à la perfection la situation générale qui se vit en CHSLD. Ma mère vient de mourir dans un de ceux-là, mercredi dernier. Elle n'y était pas parce qu'elle avait ''envie'' d'y être, et pas non plus parce que ma soeur et moi ne voulions pas nous en occuper. Ses besoins en soins étaient tout simplement trop grands pour pouvoir être comblés autrement. La bienveillance du personnel, notre présence assidue, son propre désir de vivre encore lui avaient permis de remonter la pente, un peu, suffisamment pour qu'elle ait pu retrouver assez de force entre ses rechutes pour renouer avec certains plaisirs. La covid l'a finalement emportée, après que plusieurs membres de la famille, celles dont leur propre état de santé le permettait, aient pu la visiter pour l'entourer d'amour. Plusieurs soignants ont pleuré sa mort avec nous. Alors, comme vous dites si bien: ''Pitié pour les CHSLD, pour les malades qui y vivent, pour leur famille, pour les soignants qui y travaillent. Ils méritent mieux que des analyses à l’emporte-pièce''.

François LaForest || 2020-05-23 07:11:37

À leur début les CHSLD, comme leur acronyme le suggère, étaient destinés aux personnes souffrant de handicap majeur, de blessés médullaires, par exemple, et les populations âgées nécessitant un encadrement particulier. Toutefois, la donne s'est inversée depuis et une population de résidant beaucoup plus âgée y domine largement. De facto, sous une forme ou sous une autre les centres de longues durées sont là pour rester. Par contre, le maintien à domicile doit être considérablement bonifié. Il valorise l'autonomie des personnes souffrant de handicaps, et aussi des aînés. l'article de G.Pérodeau publier hier dans le journal Le Devoir(voir :''Vieillir dans l'après COVID-19''.Le Devoir.22/05/2020) montre clairement une piste de solution incontournable. L'aide à domicile est une course à obstacles(bureaucratique) où il manque cruellement de personnel qualifier. Le document de la doctorante L. Hamel-Roy: ''Engagements et contraintes de l’emploi des préposées au soutien à domicile embauchées par le Chèque emploi-service'' Laurence Hamel-Roy.2018 ou mon combat épique et victorieux avec le Protecteur du citoyen contre des coupes sauvages en services offerts aux handicapés contre un CIUSSS en sont des exemples éloquents.

Françoise Golden || 2020-05-22 16:24:04

Merci pour cet article qui donne l'heure juste sur les CHSLD. J'y travaille depuis 5 ans et il ne faut surtout pas généraliser. C'est faux de dire que les familles ne visitent pas leur parent. Non seulement elles visitent mais très souvent elles accompagnent leur parent (conjoint, conjointe, père ou mère) aux différentes activités proposées par la résidence.

Danielle Aubin || 2020-05-22 15:36:13

Ma mère y était il y a 3 ans et a passé environ 4 ans de sa vie là, je peux vous que oui on aurait voulu qu'elle se retrouve ailleurs que là mais … des soins 24 sur 24 on ne pouvait le lui donner. elle même demandait de sortir de retourner dans son petit appartement si vous saviez comment le cœur nous virait à l'envers, on se relayait frères et sœurs à tout les jours pour l'accompagner et lui donner un semblant de vie normal¨¨¨¨parfois à la regarder simplement dormir mais à son réveil elle était heureuse de nous voir et la jasette reprenais. Les personnes en CHSLD oui sont là pour leur fin de vie mais on se doit de leur donner une qualité de soins et une belle fin de vie à tous et chacuns qui que se soit.

Audet Diane || 2020-05-21 23:18:08

Votre texte est le meilleur publié a date! Vous avez bien compris les enjeux, et parler de chsld sans savoir de quoi on parle au juste, est courant et semble crédible!! Merci!

Claude Gilbert || 2020-05-21 22:56:51

La solution est d'étatiser les résidences privées ? Je n'y suis pas catégoriquement opposé, mais cette idée exprimée au début de la crise a disparu de l'écran radar après qu'il fut révélé que des établissements publics se sont aussi lamentablement empêtrés, notamment l'Institut gériatrique de Montréal, supposément le "joyau" du réseau.

Claude Gilbert || 2020-05-21 22:51:27

La population au Québec équivaut aux 2/3 de celle en Ontario, mais le Québec a 3 fois plus de CHSLD (ou l'équivalent en Ontario). Cependant le Québec est proportionnellement 4 fois plus touché par la COVID 19 que l'Ontario, essentiellement dans les CHSLD ! Difficile de ne pas voir un rapport...

Hélène Darcy || 2020-05-21 19:08:47

merci M. Cornellier de rétablir les faits. Tellement d'accord avec vous sur le fait de placer une personne en CHSLD, lorsqu'on est plus capable de lui donner les soins appropriés à la maison pas besoin de se sentir coupable davantage. J'apprécie votre réflexion. C'est vrai que beaucoup de personnes confondent les RPA et les CHSLD.

Jean-Léon Laffitte || 2020-05-21 19:05:40

Votre texte est vraiment n'importe quoi. Oui, si le gouvernement met l'argent dans les soins à domiciles plutôt que dans les CHSLD, il pourra assurer les mêmes services et utiliser les économies pour y offrir plus de services. D'une personne dont le père est décédé d'une maladie dégénérative à la maison, avec tous les problèmes que vous avez mentionnés, sans jamais mettre les pieds dans un CHSLD, seulement les 2 à 3 semaines de la fin à l'hôpital. C'est le souhait de tous de mourir à la maison, entouré de sa famille ou de ses proches. Prenons-en les moyens et offrons les services, moins coûteux, qui permettront de le vivre! Cela relève non pas de l'ignorance, mais de l'humanité et il n'y a rien de culpabilisant à dire que si actuellement, les familles sont presque obligées de placer leur parents malades dans les CHSLD, c'est que le gouvernement ne met pas l'argent à la bonne place. Les soins à domiciles sont moins coûteux pour la société et plus humains. Ils pourraient et devraient être la dernière étape avant les soins palliatifs, le plus souvent possible, comme c'est le cas dans bien d'autres sociétés, pourtant supposément moins riches... Payer et prendre plus soin des préposés? Certainement! Mais, pour des soins à domiciles. Les institutions ne devraient être réservées qu'aux personnes âgées malheureusement orphelines à l'envers, d'une descendance ou de toute famille proche...

Paul Cadrin || 2020-05-21 17:05:01

Je partage votre analyse et j'endosse vos conclusions, sauf sur un point. La solution n'est pas d'étatiser tous ces établissements. Je connais un CHSLD privé qui est un modèle du genre et, en me basant sur ce qu'on peut voir de notre système de santé public, je suis persuadé que, dans ce cas, l'étatisation entraînerait probablement une détérioration de la qualité des soins. Ce qu'il faut abolir, ce sont les CHSLD privés NON CONVENTIONNÉS, donc sur lesquels aucune surveillance n'est exercée et qui ne sont trop souvent que des machines à imprimer de l'argent. Un CHSLD privé conventionné peut être un modèle. J'en connais un.

Monique Dumont || 2020-05-21 16:25:15

Je ne peux qu'approuver cette mise au point. Moi-même j'ai décidé de vivre dans une résidence pour aînés autonomes après la vente de ma maison pour les raisons que vous évoquez. Ces résidences ont été qualifiées par certains de "luxueuses" pourtant les gens que j'y côtoient sont de la classe moyenne, ont élevé leurs enfants, mis de l'argent de côté pour avoir une retraite douce avant que le vieillissement inéluctable n'encourt des maladies les rendant non-autonomes et dépendants. Quand nous avons été confinés, j'ai hurlé devant l'infantilisation à laquelle nous étions soumis (voir articles de Pierre Sormany qui résument bien le propos à cet égard). Tout était confus dans l'esprit du gouvernement et des journalistes lors des points de presse et dans les communiqués : CHSLD, RPA, RI (qui n'existaient pas jusqu'à récemment). Un écran de fumée s'est créé cachant la triste réalité des CHSLD puis des RI (qu'on a créé faute de CHSLD adéquat; en fait ce sont des sortes de maisons de chambres avec moins de ressources que les CHSLD). Quant aux chantres des soins à domicile, des personnes comme moi souhaitons en effet rester chez soi mais pas nécessairement dans une grande maison avec le fardeau de l'entretien et de la réparation ou en logement conventionnel. Et ce n'est pas la visite d'un préposé quelques fois par semaine qui va compenser la solitude que certains peuvent vivre. Un stigmate a été posé sur les RPA qui sont un choix d'habitat valable comme les autres choix (condos, logements conventionnels, etc.). Il faut comprendre les étapes du vieillissement et ne pas assimiler en un grand tout "les 60 ans et plus"; c'est débilitant....

Jean-François Berthiaume || 2020-05-21 16:02:59

Excellent texte et merci. Un petit ajout: il ne faut pas mettre en opposition l'amélioration nécessaire pour les CHSLD et l'accroissement des investissements dans le soutien à domicile (retard historique du Québec à ce chapitre) mais il est vrai, comme vous le mentionnez très bien, que les personnes en CHSLD sont des personnes en très grande perte d'autonomie, et, pour avoir en tant que travailleur social, accompagné les personnes âgées et leurs proches dans ce choix déchirant d'aller vivre en CHSLD, j'ai été témoin, plus souvent qu'autrement, du dévouement irréprochable et inestimable des proches qui étaient tout simplement au bout de leur rouleau!

Mario Bard || 2020-05-21 14:32:44

Bonjour Monsieur Cornellier. Merci de ces nuances importantes et de cette analyse éclairante. En espérant qu'elle sera lue et considérée en haut lieu.

Nicole Rivard || 2020-05-21 14:19:11

Vous faites un topo très juste de la situation en Chlsd, malheureusement par expérience je vous dirais que les personnes qui y sont hébergées et qui ont une famille présente sont peu nombreux, il y a des raisons valables soit les enfants sont âgés et malades eux-même ou ils sont seuls au monde , il y a aussi la pauvreté etc....merci pour cette chronique très près de la réalité ! Un changement de cap s'impose !

Claude Gilbert || 2020-05-21 14:17:51

La population du Québec représente 65% de celle de l'Ontario. Mais en chiffres absolus, il y a 3 fois plus de CHSLD (ou l'équivalent) au Québec. Pourquoi ?

claudelacaille@cgocable.ca || 2020-05-21 13:06:47

Je remercie notre ami Louis Cornellier pour son texte auquel j'adhère totalement. Je n'en reviens pas de tout ce qui s'est dit et écrit sur les CHSLD comme si ces endroits étaient l'enfer sur terre. Je travaille depuis près de 25 ans dans un CHSLD et j'en visite deux autres régulièrement. S'il est vrai que personne n'a jamais mis dans ses plans de retraite de finir ses jours dans une telle institution, il est aussi vrai que les résidents et résidentes y trouvent la plupart du temps un espace heureux en attente du grand départ. Durant toutes ces années, je compterais sur le bout des doigts d'une seule main les familles qui ont été révoltées ou mécontentes du traitement fait à leurs proches. Tout au contraire, les familles au moment du décès, témoignent chaleureusement leur reconnaissance au personnel qui leur a permis de vivre ces dures années avec sérénité. Le personnel est, très généralement, d'un grand professionnalisme et témoigne de leur respect et de leur affection aux personnes hébergées. Les coupures dans les dépenses faites par les gouvernements successifs, l'ignorance des cadres supérieurs du fonctionnement interne des CHSLD et la centraliation excessive ont créé cette catastrophe pandémique en charriant le personnel d'un endroit à un autre dans un moment de panique. Les CHSLD méritent notre respect et notre appui et la profession de préposée doit être revalorisée. Ce sont, dans ces endroits, les personnes les plus proches de l'intimité des malades. Merci Louis pour ton texte.

 

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