Réalisatrice du documentaire 'Le dernier souffle'

Annabel Loyola, la cinéaste qui se souvient

Annabel Loyola avec sa caméra. L'Hôtel-Dieu se trouve à l'arrière-plan.
Annabel Loyola avec sa caméra. L'Hôtel-Dieu se trouve à l'arrière-plan.   (Gracieuseté/Photo Julie D'Amour Léger)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2017-03-13 11:22 || Québec Québec

Annabel Loyola, la réalisatrice du documentaire Le dernier souffle. Au cœur de l’Hôtel-Dieu de Montréal, est une femme habitée. Lorsqu’elle parle de Jeanne Mance, co-fondatrice de Montréal et fondatrice de l’Hôtel-Dieu, ses yeux pétillent, son visage s’illumine, sa voix vibre. Ses paroles brisent le silence, bousculent les barrages. Par le souffle de ses mots, les mystiques fondateurs de Ville-Marie reprennent vie.

Originaire de Langres, ville natale de Jeanne Mance, Annabel Loyola, qui vit maintenant au Québec, a découvert l’histoire de la fondation de Ville-Marie lors d’une conférence de l’historien Jacques Lacoursière. Fascinée par la vie de cette femme qui est devenue la première infirmière laïque de l’Amérique du Nord, elle lui a consacré son premier long-métrage documentaire, La folle entreprise, sur les pas de Jeanne Mance. «Son histoire vient me chercher. Puis, je viens de Langres. Je viens de Jeanne Mance! C’est comme si j’avais trouvé mes racines à Montréal.»

Aujourd’hui, elle n’hésite pas à affirmer que Montréal possède des racines profondément mystiques. «Les fondateurs voulaient créer une petite Jérusalem pour Jésus, une micro-société. À ses débuts, Montréal est complètement autonome. C’est un lieu où l'on veut partager, s’entraider, s’aimer, laisser les portes ouvertes. C’est cela qui s’est passé la première année avant que les Iroquois s’en prennent non seulement aux Français, mais aussi aux Algonquins et aux Hurons qui s’y installaient. À cette époque, Jeanne Mance soigne sans distinction Français et Amérindiens. Elle a même soigné un chef iroquois.»

Les soldats dépêchés pour défendre la colonie et les Filles du Roy pour la peupler ont mis un terme à ce rêve qui est né dans la tête de mystiques, estime la cinéaste.

Même si ce projet a échoué, l’Hôtel-Dieu de Montréal, qui était au centre de cette utopie, a survécu et a profondément marqué l’histoire de la ville. «Montréal est née d’un rêve. L’Hôtel-Dieu est né d’un rêve! Le cœur de l’Hôtel-Dieu bat encore aujourd’hui. Il a commencé à battre il y a 375 ans! Le jour de la fondation de Montréal. Le jour J. Dès que Jeanne Mance pose le pied à Montréal, elle avait la mission de fonder un hôpital. Pour moi, l’Hôtel-Dieu est né le 17 mai 1642.»

Consacrer son deuxième long-métrage documentaire à l’Hôtel-Dieu lui semblait donc tout naturel. D’autant plus que les restes de Jeanne Mance sont enterrés sous la chapelle de l’Hôtel-Dieu de Montréal. Ce qui fait dire à Annabel Loyola que l’hôpital est le «Panthéon de Montréal. C’est le lieu où repose notre fondatrice.»

Sa décision de réaliser des documentaires sur la fondatrice de Montréal et sur son œuvre fait naître beaucoup de scepticisme dans le milieu du cinéma. «Je le ressens. Toutefois, lorsque que les gens voient mes films, les opinions changent.»

Son documentaire sur Jeanne Mance a été très bien accueilli au Québec et en France. «L’histoire de Jeanne Mance est une histoire personnelle qui devient universelle de sorte qu’elle rejoint tout le monde. Jeanne Mance a été au bout de son élan, de son talent. Elle s’est dépassée. J’ai eu beaucoup de difficultés à réaliser ce film. La vie de Jeanne Mance m’a inspiré. Sa vie m’a aidée à continuer. J’ai rencontré beaucoup de gens qui sont dans le monde du cinéma et qui m’ont dit que mon film leur a donné du courage.»

Annabelle Loyola se désole que les organisateurs du 375e anniversaire de Montréal gardent le silence sur cette histoire. «Je trouve cela fou! Pourtant, lorsque nous célébrons un 45e ou un 50e anniversaire, nous nous souvenons de ce qui s’est passé dans notre vie, de nos enfants, de notre famille. L’anniversaire de Montréal devrait se fêter en famille. Et la famille est à l’Hôtel-Dieu aujourd’hui. Et elle est encore bien vivante! En plus de l’anniversaire de Montréal, c’est aussi l’anniversaire de l’Hôtel-Dieu.»

Malgré tout, Annabel Loyola continue à mettre en lumière les exploits de Jeanne Mance, «une femme laïque», souligne-t-elle. Une trilogie est-elle envisageable? «J’aimerais bien!»

Cette fois-ci le scénario s’attarderait davantage sur les trois grands fondateurs de Montréal. «Ce trio qui vient du terroir de la Champagne! Jeanne Mance, Paul Chomedey de Maisonneuve et Marguerite Bourgeois viennent tous les trois de là. Ils sont les oubliés de l’Histoire! Oui, l’idée de faire un film sur les origines de Montréal est toujours dans mon esprit.»

Sa passion pour Montréal, la cinéaste la partage aussi dans les écoles, où elle offre un atelier sur son premier documentaire. «J’y tiens! Les jeunes, c’est la relève. Avec mon documentaire sur Jeanne Mance j’organise un atelier qui s’étale sur trois semaines. Il peut être condensé en deux ou trois jours. Les jeunes visionnent le film en entier. Ensuite, je tiens à revisiter le film avec des images, des images fortes. Là on redécouvre le film à travers les grands moments forts qu’ils devraient retenir. Ils retiennent beaucoup de choses. Beaucoup plus que l’on pense.» Elle espère faire de même pour Le dernier souffle.

À la fin de l’entrevue Annabel Loyola ose une confidence sur la foi. «C’est très important, la foi. J’ai la foi. La foi en qui, en quoi? Je crois énormément à Jeanne Mance. Elle m’inspire beaucoup. Elle m’aide. Je lui parle encore tout comme je parle à ma grand-mère qui est décédée il n’y a pas longtemps. J’ai besoin d’une spiritualité. Je suis reliée à quelque chose. Je ne sais pas à quoi cela ressemble, ni à qui. C’est Jeanne Mance… peut-être?»

Mis à jour à 15 h 53 le 13 mars 2017: 1752 remplacé par 1652; et il s'agissait de Paul Chomedey de Maisonneuve et non de Jérôme Le Royer de la Dauversière.

 

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