'Grâce à Dieu' de François Ozon prend l'affiche le 5 avril

Le film sur le scandale de l'Église de Lyon arrive au Québec

Le réalisateur François Ozon (gauche) et l'acteur Melvil Poupaud, qui joue le rôle d'Alexandre Guérin dans 'Grâce à Dieu'. Le film sur le scandale sexuel qui a frappé l'Église de Lyon prend l'affiche le 5 avril au Québec.
Le réalisateur François Ozon (gauche) et l'acteur Melvil Poupaud, qui joue le rôle d'Alexandre Guérin dans 'Grâce à Dieu'. Le film sur le scandale sexuel qui a frappé l'Église de Lyon prend l'affiche le 5 avril au Québec.   (Courtoisie MK2 l MILE END/Jean-Claude Moireau)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-04-04 10:44 || Québec Québec

Un père de famille, Alexandre Guérin, presse ses cinq enfants ce dimanche matin. Il est temps de partir. La messe va bientôt commencer. Ce rendez-vous dominical, c'est sacré pour Alexandre et son épouse, des pratiquants de Lyon, en France.

Aujourd'hui analyste financier, Alexandre a déjà été scout. Mais il a toujours refusé que ses garçons fassent partie de ce mouvement, sans jamais leur expliquer pourquoi. C'est qu'au début des années 1980, le jeune scout a été agressé à répétition par l'aumônier de sa troupe.

Les années passent. Le terrible secret que porte Alexandre Guérin est enfoui bien profondément. Puis, il apprend par hasard que son agresseur, le père Preynat, est toujours vivant, qu'il est toujours prêtre, qu'il est responsable d'une paroisse et qu'il est encore en contact avec des enfants et des adolescents... qui pourraient bien être les siens.

Sous le choc, il s'empresse de demander des explications aux autorités diocésaines. On l'invitera même à rencontrer son agresseur qui reconnaîtra les faits... mais ne demandera pas pardon. Le prêtre sait qu'il est malade et qu'il a commis des gestes abjects. Mais il ne montre aucune compassion pour sa victime.

Dans son plus récent film Grâce à Dieu, une «fiction basée sur des faits réels», le réalisateur français François Ozon, raconte l'âpre combat qu'ont mené Alexandre Guérin et d'autres victimes du père Bernard Preynat afin que le prêtre soit retiré de ses fonctions et qu'il soit jugé.

Les images et le propos de François Ozon, en un peu plus de deux heures, montrent des victimes qui ont souvent été incapables de mener des vies normales après ces agressions et qui n'en ont jamais parlé, même à leurs proches. Et si elles ont eu le courage de les dénoncer à leurs parents, elles n'ont pas été crues. Les évocations de leurs histoires respectives sont sobres mais toujours bouleversantes.

L'œuvre de François Ozon expose les silences, trop souvent complices.

Alexandre Guérin peut bien informer en 2015 le cardinal Philippe Barbarin de ce qu'a fait le père Preynat, mais il apprendra rapidement que des lettres de dénonciations, des enquêtes et des aveux ont été déposés depuis bien plus longtemps dans les archives de l'archidiocèse de Lyon.

On a fait comme si ces pièces n'existaient pas, on les a oubliées dans leurs tiroirs et on a sciemment omis de dénoncer à la justice les agresseurs qu'elles incriminent depuis tant d'années. Depuis si longtemps que «la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits», avait lancé le cardinal Barbarin lors d'une conférence de presse qui allait précipiter sa chute et donner le titre au film qui prend l’affiche au Québec cette semaine.

Témoignages troublants

Rencontré lors de la première montréalaise du film, le théologien Jean-Guy Nadeau a dit avoir été remué en entendant les témoignages des victimes à qui François Ozon donne la parole. «J'y ai reconnu des gens qui m'ont parlé, qui m'ont raconté des histoires semblables.»

Une scène l'a particulièrement troublé. Celle de l'agresseur, en pleine messe. «Des gens me disent parfois que les mains qui célèbrent l'eucharistie sont les mêmes qui, la veille, les ont caressés. Et qui vont recommencer le lendemain», dit le professeur honoraire à l'Institut d'études religieuses de l'Université de Montréal, expert de la question des abus sexuels, dans l’Église et dans la société.

«J’espère que bien des gens iront voir ce film», ajoute le théologien qui a travaillé au Centre pour la protection de l'enfance de l’Université pontificale grégorienne à Rome, un institut de formation lié à la Commission pontificale pour la protection des mineurs.

«Et tous les évêques devraient voir Grâce à Dieu. Pour qu’ils deviennent attentifs à la parole des victimes», conseille Jean-Guy Nadeau.

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