Interventions policières dans des synagogues de Montréal

Confusion administrative sur la limite de 10 personnes par lieu de culte

Les synagogues qui ont accueilli vendredi soir et samedi plus d'un groupe de 10 personnes pour les prières du sabbat n'ont aucunement enfreint les consignes de la Santé publique.
Les synagogues qui ont accueilli vendredi soir et samedi plus d'un groupe de 10 personnes pour les prières du sabbat n'ont aucunement enfreint les consignes de la Santé publique.   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2021-01-25 08:49 || Québec Québec

Les synagogues des communautés hassidiques qui ont accueilli vendredi soir et samedi plus d'un groupe de 10 personnes pour les prières du sabbat n'ont aucunement enfreint les consignes de la Santé publique ou celles de l'arrêté ministériel du 21 janvier 2021 qui stipule qu'«un maximum de 10 personnes peuvent faire partie de l’assistance d’un lieu de culte». À la condition toutefois que ces rassemblements se soient tenus dans des pièces distinctes.

C'est ce qu'aurait confirmé dimanche soir le Dr David Kaiser, chef médical de l’environnement urbain et des saines habitudes de vie à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal, 24 heures après avoir déclaré le contraire.

Dans un courriel acheminé aux leaders des communautés hassidiques ainsi qu'au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), le numéro 2 de la Santé publique à Montréal aurait indiqué, «après vérification», vouloir «clarifier les directives de santé publique concernant les lieux de culte».

«Dans les situations où il y a plusieurs zones non contiguës dans un même bâtiment, des rassemblements simultanés de 10 personnes au maximum sont autorisés», aurait ainsi précisé le Dr Kaiser le dimanche 24 janvier 2021 en début de soirée. Un lieu de culte doit toutefois respecter strictement plusieurs mesures afin se prévaloir de cette autorisation, s'empresse-t-il d'ajouter dans un courriel que le Conseil des juifs hassidiques du Québec a remis aux médias.

«Les rassemblements doivent avoir lieu dans des zones non contiguës avec des entrées extérieures complètement distinctes», explique le docteur. Il n'est donc pas possible d'utiliser plusieurs pièces dans un bâtiment qui n'a qu'une seule entrée commune. De plus, une pièce unique ne peut pas être subdivisée en plusieurs zones.

Il indique aussi que «des mesures doivent être mises en place pour éviter le mélange des groupes à l'arrivée et au départ» et que «les groupes ne doivent pas entrer en contact à l'intérieur du bâtiment».

Erreur d’interprétation

«Quel gâchis aurait pu être évité...», soupire Alain Picard, un porte-parole du Conseil des juifs hassidiques du Québec qui rassemble les communautés orthodoxes Belz, Satmar, Loubavitch et Skver de Montréal ainsi que la communauté Tosh de Boisbriand.

Des prières dans des synagogues d'Outremont et du Plateau Mont-Royal ont été interrompues vendredi et samedi lorsque les policiers ont répondu à des appels de citoyens qui y ont dénoncé la tenue de rassemblements de plus de dix personnes.

«C'est une grossière erreur d’un fonctionnaire qui a causé tout ce brouhaha», fulmine M. Picard, un journaliste aujourd’hui retraité qui aide le regroupement hassidique dans ses communications avec les médias francophones.

Cette erreur d’interprétation, qui «aurait pu fort mal tourner, déplore-t-il, a traumatisé toute une population et a permis à la police à jouer du muscle».

Dès samedi, à la fin du sabbat, le Conseil des juifs hassidiques du Québec a indiqué que «certains membres des communautés n'ont pas respecté les directives de la Santé publique limitant à dix le nombre de personnes pouvant être présentes en même temps dans un même lieu de culte».

Mais il a aussi rappelé que «le décret gouvernemental sur la santé publique et le protocole mis en place par la CNESSST avec les responsables des lieux de culte permettent l'ouverture de plusieurs salles de prière dans un même édifice en autant que ce même édifice ait des entrées séparées sur la rue».

Absente de l'arrêté

Une telle permission n'apparaît toutefois pas dans l'arrêté ministériel signé par le ministre de la Santé, Christian Dubé, le 21 janvier 2021. Pas plus qu'elle n'est mentionnée dans une lettre que le Dr Horacio Arruda a fait parvenir aux membres de la Table interreligieuse de concertation le 15 janvier 2021.

Dans cette lettre, le directeur national de santé publique indique qu'il va recommander au ministre Dubé de permettre «à un maximum de dix personnes de se rassembler dans les lieux de culte afin d'y tenir des activités propres aux rites prévus». Depuis le samedi 9 janvier, il est interdit de fréquenter un lieu de culte, en raison de la situation épidémiologique qui prévaut au Québec. Six jours plus tard, le ministre Dubé a accepté la recommandation du Dr Arruda en signant l'arrêté 2021-003.

Vendredi et samedi, les policiers qui sont intervenus ne connaissaient pas l'existence de cet accommodement des salles non contiguës auquel bien des lieux de culte ont eu recours depuis l'imposition des limites de 250 ou de 25 personnes par lieu de culte.

Samedi soir, c'était encore ainsi que le Dr David Kaiser interprétait le nouvel arrêté ministériel rendu public vendredi. Dans un courriel acheminé aux autorités hassidiques de Montréal, il indiquait que «la modification du décret gouvernemental que je vous ai communiqué hier [vendredi] permet d'accueillir un maximum de 10 personnes dans un lieu de culte».

«Il n'est pas possible d'avoir plusieurs groupes dans un lieu de culte en même temps, même s'il y a plusieurs pièces ou entrées. La situation actuelle est donc différente de celle que nous avions mise en place durant les mois d'automne», ajoutait le Dr Kaiser.

Vingt-quatre heures plus tard, «après vérification», ce haut dirigeant de la Direction régionale de santé publique affirme que «des rassemblements simultanés de 10 personnes au maximum sont autorisés», à la condition qu'existent des «zones non contiguës dans un même bâtiment».

Le Dr David Kaiser n’a pas encore répondu à la demande d'entrevue acheminée dimanche par l'agence de presse Présence.

Dimanche après-midi, avant que le contenu du courriel du Dr Kaiser ne soit connu, un porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux avait indiqué qu'un lieu de culte ne pouvait accueillir plus d'un groupe de dix personnes lors d'une même activité, contrairement à ce qu’affirmait le Conseil des juifs hassidiques du Québec.

«La précision concernant l’interdiction que d’autres personnes ne peuvent se regrouper dans une ou des salles situées sous le même toit que la salle principale du lieu de culte a été partagée avec les membres de la Table de concertation interreligieuse du Québec, table sur laquelle siège un représentant de la communauté hassidique», a répondu Marjorie Larouche du Services des affaires publiques et stratégies du MSSS.

Informés lundi matin du contenu du second courriel envoyé dimanche soir par le Dr Kaiser aux autorités hassidiques, ni le ministre Christian Dubé, ni le MSSS n’ont encore réagi.

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