Exposition Québécoises, musulmanes… et après?

La communauté musulmane en 24 visages

Les sœurs Afnan (pas de foulard) et Arij El Korbi jouent aux quilles.
Les sœurs Afnan (pas de foulard) et Arij El Korbi jouent aux quilles.   (Courtoisie/Photos Lucie Larin-Picard)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-01-17 10:47 || Québec Québec

Le hall d’honneur de l’Hôtel de Ville de Montréal accueille jusqu’au 19 janvier l’exposition itinérante Québécoises, musulmanes… et après? Ce photoreportage présente 24 portraits de musulmans québécois illustrant la grande diversité qui caractérise cette communauté.

Créée en mars 2015 dans l’espoir de montrer aux Québécois de souche les réalités multiples de la communauté musulmane du Québec, l’exposition a déjà sillonné plusieurs villes de la province. C’est en 2014 que l’initiatrice de ce projet, Eve Torres, a conçu l’idée de mettre sur pied ce photoreportage.

«Par cette exposition, j’ai voulu montrer une autre image des musulmans et leur diversité. J’ai proposé mon concept à la directrice du Centre justice et foi, Élisabeth Garant, qui a aimé l’idée. Je voulais que cette exposition puisse être à même de changer le regard que l’on porte sur la communauté musulmane. Je souhaitais démontrer qu’elle est loin d’être monolithique», explique Mme Torres.

Convertie à l’islam, cette dernière est impliquée dans le dialogue interreligieux et a également fondé le mouvement La Voie des Femmes, destiné tout particulièrement aux femmes musulmanes.

Avec l’aide du Centre justice et foi et d’autres partenaires, dont Espace Nodal, Eve Torres a conçu l’exposition. Les photos de Lucie Larin-Picard illustrent la réalité plurielle de la communauté musulmane québécoise. Les textes accompagnant les photos ont été écrits par la journaliste Anne Laguë. Ils captent en quelques lignes l’essentiel des personnes qui ont accepté de témoigner de leur vécu au sein de la société québécoise.

Le but de l’exposition Québécoises, musulmanes… et après?, qui a été présentée dans huit lieux différents à travers le Québec, est de susciter une rencontre.

«Lorsque cela est possible, l’exposition est accompagnée d’un atelier où les participants peuvent poser leurs questions. Ces ateliers permettent de démystifier les préjugés», souligne Mme Torres.

Cela a été le cas au printemps 2015 lorsqu’elle a été invitée par la paroisse Très-Sainte-Trinité du diocèse de Valleyfield. Le curé, Normand Bergeron, a accepté que l’exposition ait lieu dans son église.

«Il a eu beaucoup de courage et une grande ouverture d’esprit. Lors des ateliers certaines personnes étaient visiblement hostiles. Leurs propos étaient violents. Il faut dire qu’au même moment, les nouvelles télévisées nous montraient les exécutions du groupe Daesh. Cependant, au lieu de demander que ces personnes se taisent, nous avons répondu à leurs craintes», relate Mme Torres.

De son côté, le curé Normand Bergeron estime qu’il était de son devoir d’accueillir l’exposition dans son église. «Il ne faut pas donner raison aux extrémistes.  En tant que chrétiens, nous sommes appelés à nous ouvrir à l’autre. Nous devons lutter contre l’islamophobie et les préjugés.»

Une soirée interreligieuse a même eu lieu à la fin des ateliers. Une autre suivra bientôt. «Nous sommes en train de préparer la prochaine rencontre entre des représentants chrétiens et musulmans», souligne Eve Torres. «Cette soirée interreligieuse fait directement suite à l’exposition et aux ateliers. Nous ne voulions pas que ces initiatives demeurent sans suite», précise Normand Bergeron.

Par ailleurs, le photoreportage a eu un effet positif sur la communauté musulmane, selon Élisabeth Garant, directrice du Centre justice et foi. «Cette exposition a permis à des musulmans de différentes tendances de se rencontrer, car ils ne se fréquentent pas souvent en dehors de leur confession respective», explique-t-elle.

L’exposition Québécoises, musulmanes… et après? poursuivra sa tournée. Bien qu’elle prenne fin ce 19 janvier à l’Hôtel de ville de Montréal, elle demeurera accessible aux Montréalais au Collège de Maisonneuve, du 28 janvier au 5 février. Pour les gens de Québec, elle se posera au Patro Roc-Amadour du 15 au 25 mars.

 

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