Exposition 'Les crèches de mon père'

La passion des crèches de père en fils

  • Dominick Trudeau expose 450 de ses 700 crèches à la Maison de la culture Mercier jusqu'au 7 janvier.
  • La crèche hipster est particulièrement populaire auprès des jeunes visiteurs de l'exposition.
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2017-12-20 11:56 || Québec Québec

À la mort de son père, le metteur en scène Dominick Trudeau a hérité d’une imposante collection de crèches venant de plusieurs pays. Fasciné par ces objets dès sa plus tendre enfance, il prend la décision, quelques années plus tard, de poursuivre la tradition. Depuis, il parcourt le Québec et le monde afin de trouver de nouvelles crèches. Exposées jusqu’au 7 janvier 2018 à la Maison de la culture Mercier à Montréal, elles sont une fenêtre ouverte sur les traditions religieuses de plusieurs pays.

«Je possède environ 700 crèches! La Maison de la culture Mercier en expose 450. Mon père en avait presque 200 lorsqu’il est mort.»

Cette collection était rangée dans des boîtes au sous-sol de la maison familiale. «Au mois de novembre de chaque année, mon père enlevait tout ce qui se trouvait sur les étagères de nos bibliothèques, des comptoirs, des meubles afin d’exposer les crèches. Nous invitions nos amis pour leur faire visiter les crèches de mon père», se souvient Dominick Trudeau.

Le metteur en scène, à qui on doit notamment la mise en scène du récital présenté par le chœur Les Prêtres avec Mario Pelchat, raconte que son père a été aidé par une de ses sœurs, religieuse missionnaire en Amérique latine et en Amérique centrale. «Ma tante, sœur Céline, rapportait de ses missions des crèches. La collection n’a pas cessé de grandir depuis.»

Dominick Trudeau profite de ses voyages pour bonifier sa collection. «Il y a quatre ans, j’ai fait la route des santons de Provence en France. L’an dernier, je suis allé en Espagne, en particulier à Barcelone. Je m’amuse à trouver des crèches d’un peu partout.»

Crèches étonnantes

Même sur Internet! C’est en naviguant qu’il a déniché une des crèches les plus originales de sa collection. De style hiptser, elle représente la Sainte Famille en plein selfie accompagnée de mages sur leur gyropode monoplace électrique. «Elle plaît beaucoup aux jeunes», dit-il.

La collection de Dominick Trudeau explore plusieurs tendances. Elle présente aux visiteurs les crèches traditionnelles, mais ose également montrer un côté plus taquin. C’est notamment le cas avec les caganer (littéralement les chieurs). «Lorsque je suis allé en Espagne, je voulais absolument trouver les caganer. C’est une tradition qui remonte jusqu’en 1880. Ce sont des personnages qui font leurs besoins dans la crèche. Ils fertilisent ainsi les crèches catalanes. On les place en retrait, dans un coin discret. Ils portent chance pour la nouvelle année.»

Bien que l’exposition mette en valeur une tradition religieuse populaire, Dominick Trudeau insiste pour dire que sa «démarche n’est pas religieuse». 

«Je trouvais les crèches de mon père merveilleuses. Je les trouve de plus en plus magnifiques! Toutefois, je les considère d’abord comme des objets d’art.»

Émotions partagées

Dès lors, l’exposition fascine autant les curieux que les croyants. «Ce que je trouve fascinant, c’est de rencontrer des croyants qui viennent me confier ce qu’ils vivent lorsqu’ils visitent l’exposition. Certains m’écrivent et m’appellent pour partager avec moi.»

Dernièrement, il a rencontré un homme qui a accompagné son père à la fin de sa vie. «Il m’a raconté que durant le dernier mois de sa vie, son père voulait lire et regarder les photos du livre que j’ai écrit sur les crèches. Son fils le lisait et lui montrait les photos», confie-t-il, encore ému par ce témoignage.

Lorsque nous lui demandons s’il est lui-même un croyant, Dominick Trudeau répond du tac au tac: «Je n’ai jamais pensé que nous avons été inventés. Nous n’avons pas été fabriqués en usine! Je ne suis pas pratiquant. Je ne suis peut-être pas d’accord avec tout ce qu’enseigne l’Église, mais je ne te dirais pas que je suis athée.»

Les longues journées passées auprès des chanteurs du chœur Les Prêtres afin de peaufiner leur spectacle remuent des souvenirs d’enfance. «Cela me rappelle lorsque j’allais à la messe. J’ai eu la chance de connaître les messes à gogo. Elles étaient moins plates. Lorsque le chœur chante des chants de Littleton, je tripe!»

Celui qui dit prendre le bon autant dans son horoscope que dans la religion, a longuement étudié les textes de la Nativité et le récit de la fuite en Égypte afin de rédiger son livre Joyeuses crèches publié en 2014 aux éditions GID. «Il y a une douceur dans ces textes-là», dit-il.

L’exposition Les crèches de mon père se poursuit jusqu’au 7 janvier 2018 à la Maison de la culture Mercier. L’entrée est gratuite.

 

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