Entrevue avec Chantal Ringuet

Leonard Cohen et la Bible

Leonard Cohen lors d'un concert au Danemark en 2013.
Leonard Cohen lors d'un concert au Danemark en 2013.   (Takahiro Kyono [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons)
Philippe Jean Poirier | Journaliste
Journaliste
2017-10-23 10:02 || Québec Québec

Le 1er novembre, à la veille du premier anniversaire du décès de Leonard Cohen, la Fondation du Collège universitaire dominicain tiendra une soirée hommage au poète montréalais en présentant une conférence suivie d’une performance vocale. Nous avons parlé à la conférencière, Chantal Ringuet.

La quête spirituelle de Leonard Cohen n’est pas un secret pour quiconque est familier avec son œuvre. Ayant grandi dans le Montréal juif anglophone des années 30-40, s’étant frotté à la culture catholique ambiante, puis étant devenu adepte du bouddhisme dans ses dernières années, Cohen avait déjà confié qu’il s’agissait de chemins vers un même but: Dieu.

Dieu, en effet, imprègne toute l’œuvre de Cohen, que l’on pense à sa célèbre chanson Hallelujah, qui peut être interprétée comme une conversation avec «le Nom que l’on ne peut nommer»; ou encore If it be your will, Anthem, Come healing, Born in chains, toutes des pièces qui seront interprétées par le chœur Les Filles de l'île, dirigé par la soprano Jacqueline Woodley le 1er novembre.

C’est précisément l’angle biblique qui retient l’attention de Chantal Ringuet, spécialiste de la littérature juive et du Montréal yiddish.

«Je viens de Québec, éduquée aux Ursulines et aux jésuites. En arrivant à Montréal, j’ai découvert que la modernité était arrivée au Québec bien avant le Refus global (1948)… Dès les années 20-30, Montréal était déjà une métropole cosmopolite, du point de la culture yiddish. Plus de 200 écrivains, des journaux, du théâtre. C’est cette réalité peu connue qui a piqué ma curiosité», dit-elle.

Pour comprendre la culture, Chantal Ringuet a dû apprendre la langue, qui est millénaire et qui renvoie davantage à la tradition qu’à la modernité. Ce paradoxe reflète bien le rapport de Leonard Cohen avec la Bible: d’une part, le poète mène une quête identitaire foncièrement moderne, en plaçant son expérience personnelle au cœur de son œuvre, mais, ce faisant, il prend aussi soin d’inscrire ses «expériences et apprentissages dans le sillage du texte biblique», rappelle Chantal Ringuet.

Pourquoi la Bible? «C’est la victoire de l’expérience», a-t-il répondu dans une entrevue au Chicago Review Press. Le poète, qui est décrit comme un «exilé» par Chantal Ringuet dans une analyse universitaire intitulée Habiter le langage, poétiser l’exil, cherche une appartenance qui dépasse les frontières et les nationalités. Avec la Bible, il trouve refuge dans une «mémoire» qui a traversé les siècles.

Devant cet héritage, on remarque tout de même que Leonard Cohen conserve toute sa liberté créative. Il puise son inspiration aussi bien dans la tradition juive que chrétienne et bouddhiste.

Ultimement, Cohen est en quête d’une transcendance à l’expérience humaine. Il l’a dit en entrevue («La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu.»). Il l’a surtout écrit en poésie: «Écoute un Nom / si intime qu’il peut brûler / entends le prononcé tout haut / et apprend, apprend.» Puis en prose: «Sans le Nom, le vent bafouille, les fleurs sont un jargon de désir. Sans le Nom, je suis des funérailles dans le jardin. En attente de la prochaine fille. En attente du prochain prix. Sans le Nom gravé dans mon cœur, j'ai honte. Il n’est pas gravé. J'ai honte. Sans le Nom, je porte un faux témoignage de la Gloire. Alors je suis ce faux témoin. Alors, laissez-moi continuer.» (traduction libre)

L'activité «Leonard Cohen et la Bible» a lieu dans l'auditorium de l'église Saint-Albert-le-Grand: 2715, chemin Côte-Sainte-Catherine, le 1er novembre à 19h. Réservations: 514-739-9084.

Mis à jour à 11 h 52 le 26 octobre 2017 : changement de «yiddish» pour «juif anglophone» et de «Révolution tranquille» pour «Refus global».

 

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