Jonathan Guilbault

LETTRE OUVERTE. Nos paroisses post-pandémie

« Bref, si les paroisses prennent vraiment acte des leçons de la pandémie, leur pastorale deviendra essentiellement hybride », écrit Jonathan Guilbault, éditeur de Novalis.
« Bref, si les paroisses prennent vraiment acte des leçons de la pandémie, leur pastorale deviendra essentiellement hybride », écrit Jonathan Guilbault, éditeur de Novalis.   (Archives Présence)
Jonathan Guilbault | Chroniqueur
Chroniqueur
2021-08-31 16:36 || Québec Québec

À voir la courbe des cas quotidiens de personnes atteintes de COVID-19 reprendre de l’élan ascendant, nous sommes bien obligés de constater que le coronavirus n’en a pas fini avec nous. Mais nous sommes assez avancés dans la crise pour commencer à organiser les différentes relances qui s’imposent dans tous les domaines sociaux.

Les paroisses n’échappent pas à ce devoir de comprendre ce qui s’est passé, et d’en tirer les conclusions pour le présent et l’avenir. Disons-le sans détour : elles ont traversé, dans leur ensemble, un véritable calvaire, privées non seulement de leur principal moyen de subsistance (la quête), mais plus important encore, de leur raison d’être : rassembler les gens autour de ce qu’elles expérimentent comme source de vie et de sens, Dieu.

Comprendre d’abord. Qu’est-ce que la pandémie a mis en lumière ? Assurément, que le modèle traditionnel, dans lequel chaque paroisse assure l’essentiel des services pastoraux d’une communauté (sacrements, catéchèse, prière, visite des malades, etc.) vit ses derniers soubresauts. Car l’essoufflement perçu depuis des années, en ressources matérielles et en personnel formé, arrive à son terme : l’asphyxie.

Est-ce si tragique ? Certainement pas, si l’on en croit le théologien Thomas Halik, qui dès le printemps 2020, dans une entrevue donnée au magazine La Vie, proposait d’interpréter la désertion croissante des églises, plus flagrante que jamais au plus fort des mesures sanitaires, comme le signe que Dieu désire se laisser chercher, trouver en dehors de l’enclos des sacristies.

Autrement dit, si les églises sont vides, ce n’est pas tant parce que le monde moderne serait mécréant, ou parce que les messes manqueraient de mordant. Plutôt parce que pour bien des gens, les expériences spirituelles marquantes ne surgissent plus dans le cadre bien balisé de la pratique religieuse telle qu’on l’a défini pendant des siècles.

Bref, les églises vides : non pas une injonction à tenter de les remplir de nouveau. Mais une invitation à sortir de l’entre-soi ecclésial pour penser à nouveaux frais une pastorale plus diversifiée, dialogique et humble, qui se déploie sur le terrain des personnes concrètes, dans leurs milieux naturels de vie et de pensée.

Cette avenue pourrait paraître abstraite, voire chimérique si la pandémie n’avait pas été l’occasion d’amorcer un mouvement en ce sens. Face à l’impossibilité de se rassembler, il fallait bien trouver un moyen de nourrir sa foi autrement : groupes de réflexion ou catéchèses bibliques en ligne, accompagnement spirituel à distance, engagement bénévole dans des organismes séculiers luttant contre les affres de la pandémie, appels téléphoniques des personnes âgées isolées, pèlerinages numériques, etc.

Pour le meilleur et pour le pire, le Web élargit le temps, l’espace et la prise de parole. Pour l’Église, c’est avant tout une bénédiction dans le contexte actuel, car elle a grand besoin d’aérer ses confessionnaux transformés en armoires à balais. En effet, il y a toute une présence au monde évangélique à expérimenter dans ce que le pape François appelle les « périphéries », hors des strictes frontières des pages du catéchisme et des actes que l’on répète depuis des siècles et des siècles.

Mais la sainte messe, et la Tradition, et nos belles statues de plâtre (sic) ? Évidemment, il s’agit de faire ceci sans négliger cela. La messe en présentiel a encore de beaux jours devant elle, et avec raison. Se rassembler, en chair et en os, amis comme étrangers, et célébrer ensemble : cela restera structurant pour les communautés.

Cependant, les manières même de vivre l’eucharistie, d’organiser la catéchèse et d’utiliser les lieux de culte sont appelées à changer en fonction de ce que le confinement a fait éclore. Des fenêtres se sont ouvertes, des initiatives ont porté fruit, la parole et la Parole ont circulé: on ne peut pas, on ne doit pas revenir en arrière.

Bref, si les paroisses prennent vraiment acte des leçons de la pandémie, leur pastorale deviendra essentiellement hybride.

Hybride, car mariant le présentiel et le virtuel, certes. Mais, plus fondamentalement, hybride dans sa façon d’honorer la diversité des besoins spirituels réels des gens. D’en faire le terrain privilégié de son action qui sera ainsi variée, créative, adaptée. Solidaire du monde tel qu’il est, et non d’une chrétienté imaginaire.

Jonathan Guilbault
Éditeur de Novalis

 

du même auteur

La Confession est présentement en salles au Québec.
2018-02-13 17:46 || Québec Québec

'La Confession': amour et discernement

2018-01-23 13:50 || Monde Monde

Tonya Harding nous fascine encore

2018-01-08 11:16 || Québec Québec

Ce Québec où triomphe la vie ordinaire

articles récents

Dictionnaire français-huron. John Carter Brown Library, Providence, Codex Ind 12.
2021-08-12 14:53 || Québec Québec

LETTRE OUVERTE. Enquête sur un crime vieux d’un siècle: l’histoire du vol d’un manuscrit jésuite

Le cardinal Gérald Lacroix dans la sacristie de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré lors du Dimanche des Premières Nations le 27 juin 2021. L'auteure de cette lettre ouverte réagit aux propos du cardinal rapportés par Présence.
2021-07-01 11:34 || Canada Canada

LETTRE OUVERTE. Autochtones: la crise identitaire d’une ex-catholique

Une vigile se tenait le 7 juin 2021 à London (Ontario) sur le lieu de l'attaque à la voiture-bélier qui a tué plusieurs membres d'une même famille musulmane.
2021-06-30 16:14 || Monde Monde

LETTRE OUVERTE. Dépasser la haine

 
 
 

À la une

En France, l'Église et le gouvernement s’affrontent sur la question de savoir si les prêtres devraient être tenus de signaler les abus commis sur des mineurs s'ils en ont eu connaissance lors du sacrement de la réconciliation.
2021-10-15 15:12 || Monde Monde

Secret de confession et primauté des lois françaises

La religieuse Mariette Milot est décédée le lundi 4 octobre 2021 à l'âge de 87 ans.
2021-10-12 17:06 || Québec Québec

Décès de Mariette Milot (1934-2021)

Le pape François dirige une réunion avec les représentants des conférences épiscopales du monde entier au Vatican, le 9 octobre 2021. Cette réunion a eu lieu alors que le Vatican lance le processus qui mènera à l'assemblée du Synode des évêques en 2023.
2021-10-12 14:23 || Vatican Vatican

Le synode, entre enthousiasme et lucidité