Déconfinement des lieux de culte

Doléances du cardinal Lacroix: quel impact ?

Le 26 juillet, le cardinal Gérald Lacroix de Québec a exprimé sa déception devant la manière dont les communautés de foi sont traitées par le gouvernement du Québec pendant la pandémie et le déconfinement. Quel impact la déclaration a-t-elle eu?
Le 26 juillet, le cardinal Gérald Lacroix de Québec a exprimé sa déception devant la manière dont les communautés de foi sont traitées par le gouvernement du Québec pendant la pandémie et le déconfinement. Quel impact la déclaration a-t-elle eu?   (Archives Présence/P. Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-08-07 18:34 || Québec Québec

Le 26 juillet, le cardinal Gérald Lacroix de Québec a exprimé sa déception devant la manière dont les communautés de foi sont traitées par le gouvernement du Québec pendant la pandémie et le déconfinement. Quel impact la déclaration a-t-elle eu?

Il y a deux semaines, le cardinal se trouvait à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré pour la fête du 26 juillet, habituellement le plus grand jour de l’année au sanctuaire. Diverses sources ont fait état d’une neuvaine parfois difficile, évoquant des relations tendues avec des fonctionnaires de la santé publique régionale.

Le cardinal a alors profité de la tribune qui lui était offerte pour manifester sa frustration à l’endroit du gouvernement du Québec. Il entendait du même souffle répondre aux frustrations manifestées au sein même de l’Église catholique, alors que plusieurs évêques ont eu à essuyer ces derniers mois les critiques de fidèles et de membres du clergé qui les trouvaient trop conciliants envers l’État.

«Je peux vous assurer que, dès les premières heures de cette pandémie, les évêques catholiques du Québec ont fait de grands efforts pour entrer en dialogue avec les autorités du Québec. Ce fut très laborieux de nous faire entendre», a-t-il déclaré.

Les communautés de foi ne semblent pas retenir l’attention des élus et des autorités de la Santé publique, regrettait-il. «Cela me laisse l’impression que les autorités gouvernementales ne nous prennent pas au sérieux et qu’ils veulent ignorer notre existence.»

Sur le fond, le message n’était pas bien différent de pareilles doléances exprimées en mai et en juin, y compris par l’évêque auxiliaire de Québec et par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Mais dans un contexte de pandémie mondiale, les propos du primat de l’Église canadienne ont retenu l’attention de divers médias, dont la grande revue jésuite America, aux États-Unis.

Rencontres dans les jours suivants

Selon le secrétaire général de l’AECQ, Mgr Pierre Murray, cette sortie publique de l’archevêque de Québec a eu l’effet escompté puisqu’elle semble avoir provoqué rapidement des rencontres avec des représentants de la Santé publique.

«Tout indique que c’est ça», assure Mgr Murray.

Trois jours après la déclaration du cardinal, ce sont les autorités publiques elles-mêmes qui ont proposé une rencontre avec des représentants catholiques. «C’est allé assez vite», dit-il.

Cette rencontre a eu lieu le 31 juillet. Du côté catholique, outre Mgr Murray, les président et vice-président de l’AECQ – Mgr Christian Rodembourg et le cardinal Lacroix – étaient présents. La présidente du conseil d'administration et chef de la direction de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), Manuelle Oudar, un vice-président de la CNESST, le docteur Richard Massé, spécialiste en santé publique souvent présenté comme le mentor du directeur de la Santé publique Horacio Arruda et un fonctionnaire y étaient également.

Pierre Murray décrit une rencontre «cordiale» où il régnait un bon climat de travail. Aucune allusion explicite aux commentaires du cardinal n’a cependant été faite.

Une seconde rencontre a eu lieu le 5 août, mais avec des représentants de la Table interreligieuse, dont Mgr Murray est le coordonnateur.

Nicolas Bégin, porte-parole pour la CNESST, confirme que ces rencontres ont bien eu lieu. Ultimement, c’est à cette organisation que revient la responsabilité de valider le protocole pour les lieux de culte. L’objectif, dit-il, est de faire en sorte d’avoir «des outils adaptés» pour endiguer la COVID-19 et de faire en sorte que les lieux de culte soient des milieux qui observent de bonnes pratiques «tant pour la clientèle que pour les travailleurs».

Quant à savoir si les récentes rencontres ont été motivées par la sortie publique du cardinal Lacroix, M. Bégin a affirmé qu’il ne saurait le dire.

S’adresser aussi aux fidèles

Du côté de l’archidiocèse de Québec, on reste prudent avant d’affirmer que la déclaration du cardinal a eu un impact significatif et visible.

Le porte-parole de l’archidiocèse, l’abbé René Tessier, n’a pas manqué de souligner l’impact international de cette déclaration, qui a retenu l’attention de médias catholiques comme La Croix et Vatican News.

L’objectif, précise l’abbé Tessier, était notamment de montrer que «l’Église se tient debout et que, tout en se pliant inconditionnellement aux exigences sanitaires, elle ne laissera plus passer sans protester des attitudes d’indifférence, de condescendance et, en pratique, de mépris».

Il a noté que les responsables de la Santé publique régionale se sont in fine montrés impressionnés par la qualité des mesures sanitaires au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré au terme de la neuvaine, le jour même de la déclaration du cardinal.

Du côté des catholiques, l’abbé Tessier croit que le message a aussi pu servir à encourager des troupes qui étaient parfois «démoralisées» devant les restrictions.

En effet, les propos du cardinal ont trouvé un écho largement positif chez des milliers de fidèles, qui n’ont pas hésité à relayer la déclaration sur les réseaux sociaux, souvent en ajoutant une pointe à l’endroit du gouvernement.

«Dans la petite sphère catholique, ça a été bien reçu», souligne l’évêque auxiliaire de Trois-Rivières, Pierre-Olivier Tremblay. Selon lui, cela met en lumière le défi pluriséculaire des rapports entre la religion et l’État.

«Dès qu’il est question de religion, certains responsables politiques prennent peur. Pourtant, on a du positif à apporter, à commencer par l’entraide envers les plus démunis, dit-il. Dans les jours qui ont suivi, il y a eu une prise de contact réelle avec des responsables de la Santé publique. Pour ma part, j’ai rencontré une élue locale qui est très au courant de l’intervention du cardinal. En tout cas, tout le milieu politique à Trois-Rivières a compris le message.»

Les aînés

Certains observateurs croient cependant que le cardinal fait fausse route. C’est le cas du théologien montréalais Marco Veilleux, qui travaille comme intervenant en soins spirituels dans une unité de soins palliatifs de la métropole.

Il affirme avoir un «malaise» avec la «posture de victime» du cardinal Lacroix.

«D’un point de vue chrétien, à tout le moins, on peut respectueusement lui demander: où le Christ affirme-t-il que ses disciples doivent être 'respectés' et qu’ils doivent revendiquer de la considération pour eux-mêmes et pour leurs 'besoins'? J’ai beau chercher dans l’Évangile, je ne trouve rien à ce sujet», réagit-il.

«Ce que nous attendons de leaders religieux, poursuit-il, c’est plutôt une prise de position en faveur des véritables victimes de cette pandémie: les milliers d’aînés abandonnés à leur triste sort, ainsi que le personnel de la santé mal équipé pour les soigner et les protéger.»

Selon lui, l’enjeu n’est pas tant une question de manque de respect envers les religions que celui, «bien plus grave», du manque de considération à l’égard des plus faibles de notre société, dont ceux qui se trouvent dans les CHSLD.

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