100 ans après son décès

L’héritage de foi du père Frédéric, de Jérusalem à Trois-Rivières

Le père Frédéric prêchant à Notre-Dame-du-Cap.
Le père Frédéric prêchant à Notre-Dame-du-Cap.   (Détail d'une oeuvre de J. Lacoste. Date inconnue.)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-07-20 16:51 || Québec Québec

L’approche de foi du père Frédéric demeure pertinente pour les chrétiens aujourd’hui, estiment deux des hommes qui côtoient le plus au quotidien l’héritage spirituel du cofondateur du sanctuaire marial de Notre-Dame-du-Cap.

En cet été où l’Église catholique au Québec souligne le centième anniversaire de décès du père franciscain d’origine française, on espère mettre en valeur divers aspects du travail réalisé par Frédéric Janssoone au Canada. Car s’il est surtout connu du grand public pour son rôle clé dans la fondation et le développement de la dévotion mariale à Notre-Dame-du-Cap, c’est d'abord à ses années passées comme vicaire custodial en Terre Sainte que pense le vice-postulateur de sa cause de canonisation lorsqu’il se met à parler de son confrère franciscain.

«[Son] principal héritage au Canada est d’assurer les liens entre les catholiques du Canada et les racines religieuses: les lieux du Proche Orient où ont vécu Jésus, les apôtres et d’autres grands témoins», lance le père Roland Bonenfant, en rappelant que le père Frédéric a d’abord été envoyé au Canada dans les années 1880 pour relancer l’ordre franciscain et fonder le Commissariat de Terre sainte afin de soutenir les lieux saints du Proche-Orient.

En effet, explique le vice-postulateur, le religieux français est arrivé au Canada profondément marqué par ses douze années passées en Terre sainte, où il a travaillé comme adjoint au custode de 1876 à 1888. La Custodie franciscaine de Terre Sainte veille aux intérêts catholiques de la région, dont les Lieux saints, depuis le XIVe siècle. Pendant son séjour là-bas, le père Frédéric a notamment eu à entretenir des liens œcuméniques avec les autres confessions chrétiennes, ainsi que des liens interreligieux et politiques avec les autorités ottomanes, ce qui lui a permis de relancer les chemins de croix sur la Via Dolorosa à Jérusalem, une pratique interdite depuis le XVIIe siècle.

«Il est arrivé [au Canada] avec l’aura de la Terre sainte et l’aura des Récollets [interdits par le régime britannique au Canada], qui ont été très aimés», fait valoir le père Bonenfant.

Une dose d'audace

De son côté, le recteur du sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap croit que les cent ans écoulés depuis la mort du père Frédéric ne changent rien à la pertinence de son message.

«Il a été un agent de réconciliation en Terre sainte. Donc, nous gardons son message de réconciliation. Ensuite, c’était un nomade, il a voyagé, était sur la route et rencontrait les gens», indique le père oblat Pierre-Olivier Tremblay, recteur du sanctuaire cofondé par le père Frédéric. Le père Tremblay voit en lui de l’humilité, mais aussi de l’audace.

«Il a fait une utilisation audacieuse des méthodes traditionnelles de piété. Les chemins de croix par exemple. Il en a fait un outil de marketing!», lance-t-il, évoquant du même souffle le chemin de croix du sanctuaire du Cap et celui créé par le père Frédéric à Saint-Élie-de-Caxton. Le père Frédéric soutenait même que celui de Saint-Élie avait les mêmes distances entre les stations que celui de la Via Dolorosa à Jérusalem, une affirmation que personne n’était en mesure de vérifier, mais qui impressionnait ses contemporains.

Le père Tremblay reconnait que le père Frédéric était aussi marqué par la piété et la pratique de son époque, plus austère aux yeux des catholiques d’aujourd’hui. Ce qui pose un certain défi d’actualisation de sa figure en 2016. «Je n’ai aucun doute que c’est un saint, c’est une figure inspirante. Il a quelque chose à dire au monde actuel», croit pourtant le recteur.

Béatifié par Jean-Paul II en 1988 – soit cent ans après son arrivée au Canada – le vice-postulateur Bonenfant espérait bien sa canonisation pour le centième anniversaire de sa mort.

«Sa canonisation est impossible pour 2016», admet-il. «Je fonde des espoirs sur un cas médical de guérison qui remonte à 2011. Je l’attends peut-être pour 2017. Mais je me dis qu’il le sera au bon moment. L’important c’est de le faire connaître: pas comme les autres bienheureux et saints canadiens, lui c’est spécial parce qu’il a une envergure extraordinaire en étant relié à la terre de Jésus de Nazareth. Il a injecté ça au peuple canadien», rappelle le Roland Bonenfant.

 

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