Tourisme religieux et spirituel au Québec

Les sanctuaires nationaux en mode révolution

Le père Claude Grou, recteur de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal.
Le père Claude Grou, recteur de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-06-22 16:45 || Québec Québec

À l’ombre de leur sanctuaire, les recteurs et leur équipe de gestion préparent l’avenir. En s’associant à des experts en tourisme, ils espèrent révolutionner le monde du tourisme religieux et spirituel.

«Les recteurs des sanctuaires sont en discussion permanente afin de bonifier l’offre de services, car elle ne répond pas aux demandes de la nouvelle génération de pèlerins. Il y a quelque chose comme une révolution qui se prépare dans ce domaine. Nous devons réinventer les sanctuaires. Walt Disney World fait partie de ma réflexion. Il faut aller chercher des idées dans le monde touristique et dans le monde du loisir. Les visiteurs veulent vivre une immersion. Ils ne veulent plus être passifs. Ils veulent être des acteurs. Comment combler ce désir tout en leur permettant de vivre une expérience spirituelle profonde? C’est une question intéressante et riche d’avenir.»

Celui qui tient ces propos est le nouveau recteur du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, le père oblat Pierre-Olivier Tremblay. En poste depuis quelques mois, il réfléchit à la manière de changer les choses tout en préservant la tradition qui attire encore largement.

Le porte-parole du Regroupement des sanctuaires nationaux, François Jean Viel, est également convaincu qu’une nouvelle approche doit être tentée. «De nos jours, nous parlons de développement personnel. Les gens vont voyager pour apprendre quelque chose, pour échanger avec une culture et pour se ressourcer. Nous devons offrir des produits qui vont dans le créneau de la recherche du bien-être, du développement personnel. Nous devons développer tout ce qui touche l’intérieur de la personne. Nous devons attirer ceux qui ne sont pas nécessairement spirituels, mais qui peuvent être attirés par un produit que nous offrons comme, par exemple, le silence accompagné d’une bonne nourriture», lance-t-il.

Lui faisant écho, le père Tremblay souligne que l’ancien modèle d’affaires convenait très bien aux ainés: «Nous avions développé des offres de services pour les personnes âgées qui sont habituées au style cafétéria de bas niveau. Maintenant, les clients veulent autre chose. Nous ne sommes pas encore adaptés. Nous le constatons. Toutefois, le tournant nous voulons le prendre, c’est certain».

La baisse du nombre de voyages organisés par autobus au profit des pèlerinages, à pied ou en voiture, incite également les gestionnaires du sanctuaire à revisiter leur stratégie marketing. «Cela nous oblige à repositionner notre offre. Il faut proposer des choses à la pièce. C’est très difficile pour des organisations comme les nôtres. Il faut penser à d’autres modèles qui vont être beaucoup plus fluides et moins dans l’institutionnel», avance le père Tremblay.

Le recteur de l’Oratoire Saint-Joseph, le père Claude Grou, constate également que les choses évoluent: «Traditionnellement, ce sont les communautés chrétiennes qui remplissaient nos sanctuaires. Cette réalité-là est en perte de vitesse, quoi que l’on fasse. C’est en s’ouvrant à d’autres types d’expériences religieuses, en diversifiant les offres de services que nous allons répondre à des besoins nouveaux tout en continuant à pourvoir les offres traditionnelles».

Claude Grou est d’avis que les touristes qui viennent à l’oratoire «s’attendent à avoir un lieu ouvert. L’idée de fond de nos réflexions est d’ouvrir la porte à un monde spirituel et religieux beaucoup plus vaste. Lorsque nous pensons au tourisme religieux, cela veut dire que nous devons offrir une variété d’offres qui permettent d’entrer dans le monde religieux selon le cheminement de chaque personne.»

Le recteur du Sanctuaire de l’Ermitage Saint-Antoine-du-Lac-Bouchette, le frère capucin France Salesse, n’est pas celui qui va affirmer le contraire. Lui-même ainsi qu’une équipe composée de Capucins et d’intervenants du monde touristique ont longuement partagé leurs expertises afin de trouver les moyens de mieux satisfaire les besoins des touristes. La réflexion sur l’avenir de l’ermitage a duré deux ans et a accouché d’un plan de développement.

«Nous pouvons héberger entre 200 et 225 personnes. Quant au restaurant, il peut en accueillir 200», rappelle-t-il. Depuis quelques années, la communauté a décidé d’ouvrir une boulangerie à l’Ermitage.

«Notre offre est diversifiée. Cependant, il ne faut jamais perdre de vue l’objectif premier d’un lieu de pèlerinage comme le nôtre qui est d’offrir à toute personne qui se présente la possibilité de grandir dans sa foi, d’être accueillie», souligne le père Salesse au sujet du lieu qui accueille annuellement 80 000 personnes.

Au cours des rencontres en comité, les experts se sont interrogés sur la manière dont ils devaient percevoir les visiteurs. «Est-ce que ce sont des pèlerins, des touristes, des visiteurs? Nous avons conclu que leur caractéristique commune est le voyage. Ils sont tous des voyageurs. Pour des raisons différentes, ils se déplacent et ils marchent. Nous voulons les accompagner là où ils se trouvent dans leur vécu, dans leur recherche. Nous voulons vivre avec eux un cheminement chaleureux et ouvert», précise France Salesse.

Le père Richard L’Archer, directeur des communications du Sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré, confirme cette intuition: «Nous nous disons que tout le monde peut entrer comme touriste et sortir en tant que pèlerin. Ce n’est pas nous qui décidons quel type de cheminement les visiteurs vont vivre ici», lance-t-il.

Le Sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré veut également rejoindre la nouvelle génération. «Le défi c’est de trouver le moyen de rejoindre les 20 à 50 ans tout en respectant la réalité de leur vie et de les approcher avec un vocabulaire qu’ils peuvent saisir», insiste le père L’Archer.

Pierre Olivier Tremblay partage également cette position: «Il va falloir être plus innovateurs dans nos propositions au sein des sanctuaires et dans notre Église. L’Église s’est inscrite dans la logique de la tradition. Or, depuis cinquante ans, nous sommes plus dans l’ordre de l’expression que dans l’ordre de la tradition. Nous sommes davantage dans l’ère de la recherche, de la quête. Nous devons être capables de passer d’une Église qui cherche à transmettre à une Église qui accepte également de recevoir».

 

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