Tourisme religieux et spirituel au Québec

Tourisme religieux: un marketing axé sur l’authenticité et la diversité

Pierre Bellerose, vice-président de Tourisme Montréal et membre de la Table du tourisme religieux de Montréal.
Pierre Bellerose, vice-président de Tourisme Montréal et membre de la Table du tourisme religieux de Montréal.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-06-22 10:08 || Québec Québec

Les promoteurs du tourisme religieux et spirituel au Québec misent sur la rencontre, l’authenticité et la diversité de l’offre pour tirer leur épingle du jeu dans un marché touristique en pleine expansion.

Lorsqu'on demande à Pierre Bellerose, vice-président de Tourisme Montréal et membre de la Table du tourisme religieux de Montréal, quelles sont les conditions pour qu’une offre soit appréciée par les touristes, il répond spontanément qu’il faut que les églises soient ouvertes! «Idéalement, aussi en dehors des eucharisties. Deuxièmement, il faut que les guides touristiques puissent être en mesure de bien interpréter l’histoire religieuse et les éléments importants de l’église visitée.»

Siham Jamaa, auteure du guide Sur les chemins spirituels et religieux du Québec publié aux éditions Ulysse, souligne qu’il ne s’agit pas seulement d’avoir un beau lieu de culte pour qu’il soit considéré comme un attrait touristique.

«Il y a une belle mosquée et quelques églises orthodoxes qui auraient pu figurer dans le guide. Toutefois, elles ne sont pas ouvertes en dehors des heures de culte. Or, qui dit attrait touristique, dit accueil. Pour le moins, il faut que les lieux soient ouverts.»

Pour Julie Dubord, présidente de Tourisme Saguenay-Lac-St-Jean, l’authenticité est une valeur incontournable dans le tourisme religieux.

«Je sais que cela relève du cliché que d’affirmer cela dans notre industrie. Cependant, lorsque nous abordons l’aspect spirituel ou religieux, cela devient très important. Il ne faut pas qu’il s’agisse d’offres mises sur pied pour berner le touriste. Ce dernier est très touché et très respectueux lorsque nous lui présentons des lieux où se vivent des rituels religieux véritables.»

«Les gens ne veulent pas être "organisés". Ils veulent être inspirés!»

Le recteur du sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, le père oblat Pierre-Olivier Tremblay, abonde dans le même sens. «Les gens ne veulent pas être "organisés". Ils veulent être inspirés!»

Si l’accueil, la rencontre et l’authenticité sont des valeurs importantes pour les touristes, il ne faut donc pas s’étonner de constater que la stratégie marketing adoptée par les différents acteurs du tourisme religieux et spirituel s’en inspire.

«Nous vendons du spirituel et du religieux. Si nous perdons le côté humain, nous n’irons pas très loin!», lance François-Jean Viel, coordonnateur du Regroupement des sanctuaires nationaux du Québec (connu également sous le nom de Regroupement pour la promotion du tourisme religieux et spirituel).

«Depuis les deux dernières années le Regroupement des sanctuaires nationaux du Québec a donc adopté une stratégie plus directe. Sans délaisser les médias sociaux, nous allons à la rencontre des clients potentiels dans les salons spécialisés au Canada, aux États-Unis et en Europe», poursuit François-Jean Viel.

C’est ainsi que le recteur de l’Oratoire Saint-Joseph, le père Claude Grou, est parti à la rencontre des directeurs diocésains des pèlerinages de France. «Chaque diocèse, explique Claude Grou, a un bureau des pèlerinages. J’ai constaté qu’il y a plusieurs groupes en France qui sont intéressés à venir au Canada», constate-t-il.

Si la rencontre des différents acteurs de l’industrie du tourisme religieux et spirituel mondial fait désormais partie intégrante de la stratégie marketing, l’union des forces vives du milieu est sans doute celle qui a suscité le plus de retombées économiques, selon les experts consultés. Depuis 2009, en effet, les cinq sanctuaires nationaux ont créé le Regroupement des sanctuaires nationaux du Québec afin de conquérir le marché international.

«Le Regroupement est né à la suite de plusieurs rencontres des recteurs des sanctuaires québécois, lors de foires commerciales aux États-Unis. Le but premier du Regroupement est de faire la promotion du tourisme religieux et spirituel sur le marché international», précise François Jean Viel.

La création du Regroupement a été l’occasion de dégager un consensus chez les différents acteurs du tourisme religieux et spirituel québécois, souligne Siham Jamaa: «Maintenant, le Québec s’affirme comme destination touristique spirituelle et religieuse. Le Québec est dorénavant mieux positionné sur le marché international».

Grâce au Regroupement des sanctuaires nationaux du Québec, l’offre de la province est devenue beaucoup plus attrayante.

«Nous sommes conscients qu’il y a beaucoup de compétitions, renchérit M. Viel. Par contre, l’aspect unique de notre proposition c’est sa globalité. Nous faisons la promotion de cinq sanctuaires et de quatre régions touristiques. Lorsque nous approchons le voyageur, nous pouvons lui offrir une panoplie de services. Nous pouvons lui offrir des sanctuaires qui sont situés dans les centres-villes ou complètement dans la nature. Nous pouvons lui offrir des sanctuaires dont les activités sont axées sur les familles et qui offrent des chalets, des terrains pour les roulottes. Nous pouvons leur offrir la ville et la nature», souligne-t-il.

«Nous devons aller chercher le pèlerin au cœur du touriste.»

Par ailleurs, la rencontre avec les influenceurs, c’est-à-dire avec les agences de voyages, l’industrie des voyages organisés et les journalistes, représente un autre volet de la stratégie marketing adoptée par les acteurs du milieu. Le Regroupement des sanctuaires nationaux et Tourisme Montréal leur offrent des tours de familiarisation.

Les efforts concertés des acteurs de l’industrie du tourisme religieux et spirituel portent fruits surtout au Canada, aux États-Unis et en Amérique Latine. «Nous avons nos marchés géographiques. Nous sommes conscients que nous n’attirerons pas les Français avec nos offres, même si ceux qui viennent au Québec vont visiter les sites touristiques religieux des grands centres urbains. C’est pourquoi nous ciblons davantage l’Amérique du Nord et l’Amérique latine», souligne Pierre Bellerose.

Cependant, le Québec avec ses grands espaces naturels est un réservoir de lieux qui portent à l’intériorité. Ceux-ci peuvent également attirer les touristes non religieux. «Le touriste veut donner un sens à son périple, souligne Julie Dubord. En dehors des monuments, nous avons les parcs nationaux qui sont des lieux magiques, naturels, préservés. Les touristes peuvent y faire leur propre quête intérieure. Nous devons aller chercher le pèlerin au cœur du touriste.»

 

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