À Rome, une formation pour lutter contre les abus d’enfants dans l’Église

  (Pixabay)
2016-07-04 14:12 || Monde Monde

Les premiers étudiants d’un nouveau programme de formation pour lutter contre les abus sexuels à l’endroit de mineurs au sein de l’Église catholique viennent de compléter leur formation.

Le 14 juin, dix-neuf hommes et femmes originaires d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique ont obtenu un diplôme en sauvegarde des mineurs. Ce programme de l’Université Grégorienne de Rome a été mis en place au début de l’année 2016 afin de mieux outiller les diocèses, les conférences épiscopales, les communautés religieuses et les autres instances ecclésiales en matière de protection de la jeunesse.

Les diplômés proviennent de divers domaines, dont la psychiatrie, la théologie et l’enseignement. Le programme de formation de cinq mois est dispensé par le Centre de protection de l’enfance de l’Institut de psychologie de l’Université Grégorienne.

Il s’agissait au départ d’un programme offert entièrement sur Internet, sous forme de capsules vidéo et de forums de discussion en ligne. Il repose en bonne partie sur des séminaires interdisciplinaires abordant les droits des enfants, l’importance des espaces sacrés et intouchables, la trahison de la foi, le pouvoir libérateur de la vérité et de la justice et le soutien des victimes d’abus et de leurs familles.

La Congrégation pour l’évangélisation des peuples a récemment exhorté les diocèses d’Asie, d’Afrique et d’autres régions missionnaires à lutter vigoureusement contre les abus sexuels à l’endroit des mineurs. Ce dicastère romain a donc octroyé des bourses d’études à des étudiantes et étudiants originaires de ces régions afin qu’ils puissent compléter ce programme de formation.

Parmi les participants, la religieuse kenyane Damiana Kasoo s’est intéressée à la culture du silence qui prévaut dans son pays. Membres des Sœurs du Précieux Sang et spécialiste du droit canon, Damiana Kasoo travaille pour la Conférence des évêques catholiques du Kenya. C’est d’ailleurs à la demande des évêques que la religieuse et l’une de ses consœurs canonistes se sont inscrites à ce programme de formation.

Sœur Damiana cherchera à sensibiliser ses collègues à ces enjeux. Elle compte mettre en place un «programme de prévention [des abus sexuels]» à l’intention de tous les diocèses du Kenya, accompagné de programmes de formation et de mécanismes de suivi.

Coordonnateur du service de protection de l’enfance du diocèse de Malindi, au Kenya, le père Bernard Malasi s’est quant à lui intéressé aux effets néfastes de la «culture de l’autorité» qui prévaut dans son pays. Cette culture, dit-il, empêche souvent les victimes de porter plainte contre leurs agresseurs. Ces victimes, ajoute-t-il, succombent parfois au chantage de gens d’Église qui leur offrent des «pots de vin» en échange de leur silence.

«Ces gens-là sont pauvres alors ils acceptent [l’argent qu’on leur offre] et se tiennent tranquilles», affirme le père Malasi.

C’est d’ailleurs à la demande de son évêque, Mgr Emanuel Barbara, que le père Malasi a suivi avec succès ce programme de formation. Le coordonnateur du service de protection de l’enfance du diocèse de Malindi devra s’attaquer à divers obstacles nuisant à la mise en place d’un programme de lutte aux abus sexuels, dont le déni, l’analphabétisme, la corruption et la pauvreté, qui pousse parfois certaines familles à forcer leurs propres enfants à se prostituer.

«Ce que je retiens par-dessus de tout [de cette formation], affirme le prêtre kenyan, c’est que les enfants sont l’avenir de l’Église.» Or, ajoute-t-il, les abus sexuels tuent ceux-ci d’un point de vue «émotionnel, spirituel et développemental». Les abus, conclut-il, «tuent l’avenir de ces enfants» et les condamne au désespoir.

Annette Schavan, l’ambassadrice de l’Allemagne près le Saint-Siège, a salué le «courage des jésuites» de l’Université Grégorienne. Ce programme de formation va fournir aux entités catholiques les outils dont elles ont besoin pour prévenir les abus et mieux soutenir les victimes.

«Le temps du silence et du camouflage est révolu», a affirmé l’ambassadrice et ex-ministre fédérale de l’Éducation de l’Allemagne.

«Un nouveau chapitre de l’histoire de l’Église» commence à être écrit, soutient-elle.

Carol Glatz, Catholic News Service
Trad. et adapt. F. Barriault, pour Présence

 

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