Nouveau recteur à Notre-Dame-du-Cap

«Je carbure au défi de rejoindre la cité sécularisée»

Le père oblat Pierre-Olivier Tremblay, nouveau recteur du sanctuaire marial.
Le père oblat Pierre-Olivier Tremblay, nouveau recteur du sanctuaire marial.   (Courtoisie Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2016-02-16 10:15 || Québec Québec

Pas question d’accueil passif: pour le jeune recteur qui vient d’arriver en poste, la basilique du Cap-de-la-Madeleine doit trouver les moyens d’être missionnaire dans son approche et de tenir un discours qui puisse résonner au sein d’une société sécularisée.

Nommé recteur du principal sanctuaire marial canadien l’automne dernier, Pierre-Olivier Tremblay entrait en fonction le 1er février. S’il reconnaît qu’il a encore plusieurs dossiers à s’approprier, il n’en a pas moins une idée claire du souffle qu’il souhaite voir s’installer sur le célèbre sanctuaire.

À ses yeux, Notre-Dame-du-Cap est confronté aux mêmes enjeux que l’ensemble de l’Église catholique au Québec. La fréquentation francophone diminue à chaque bilan et la basilique pourrait avoir besoin de travaux de plusieurs millions de dollars au cours des prochaines années.

«Comment élaborer un discours et entretenir un contact avec les jeunes générations? Comment rejoindre les jeunes familles d’aujourd’hui? Mon prédécesseur avait mis l’accent sur les communautés culturelles et les communautés anglophones. On ne va pas lâcher ça, mais on aimerait élargir davantage», explique l’oblat de 45 ans.

«Le sanctuaire est un lieu ancré chez des gens qui viennent avec fidélité et persévérance depuis tellement longtemps. C’est une clientèle qui est encore là et qui a vieilli», souligne celui qui espère réussir à développer le caractère multigénérationnel du Cap.

Un parcours formateur

Le père Tremblay arrive de l’archidiocèse d’Ottawa où, à la paroisse Sacré-Cœur, il était au contact de jeunes universitaires. Un univers qu’il connaît bien, lui qui a fait sa maîtrise en sciences de la mission à l’Université Saint-Paul, pour ensuite faire un doctorat en théologie pratique à l’Université Laval en lien avec Le Tisonnier, un mouvement pour jeunes croyants qu’il a fondé à Québec.

«Le fit était assez bon à Ottawa!», lance-t-il amusé, faisant référence à son ministère et au fait qu’il s’agisse de sa région d’origine. Il assure cependant qu’il arrive à Notre-Dame-du-Cap avec «énergie» et «enthousiasme».

«Le Cap, c’est une plateforme extraordinaire, située en plein cœur du Québec! Je carbure au défi de rejoindre la cité sécularisée. On a au Québec des espaces de notre héritage qui sont très beaux et qui ont beaucoup de potentiel dans notre société actuelle. Le sanctuaire est une opportunité missionnaire», plaide-t-il.

L’aspect missionnaire fait justement partie de ce qui l’a attiré chez les oblats.

«J’ai vécu une expérience spirituelle forte à 14 ans. J’ai senti l’appel à me donner au Christ, à ce Dieu. Puis de connecter aux besoins de la quête de sens des gens autour de moi. Je trouvais ça inquiétant à l’époque, notamment les suicides… Les enjeux de sens m’avaient assez rapidement habités. Je voulais une communauté missionnaire, jeune et mariale. Je me suis renseigné, j’ai visité, et chez les oblats, ça a cliqué», confie le recteur.

Parler de Marie en 2016

D’un point de vue catholique, le sanctuaire est également le lieu par excellence pour parler de Marie. Mais aujourd’hui, le discours ecclésial sur la Vierge fait parfois sourciller, alors que des dogmes comme ceux de l’Immaculée Conception et de l’Assomption sont parfois mal reçus. Le père Tremblay reconnaît que, par-delà la foi populaire et les habitudes dévotes, il faut faire attention à la mariologie proposée.

«Parler de Marie, ça demande un discours en résonance avec le monde d’aujourd’hui, explique-il. Il y a un défi là. On peut s’inspirer du concile Vatican II, du pape Jean-Paul II et s’attarder aux enjeux biblique, liturgiques et œcuméniques, tout en faisant une place aux autres questions posées par les sciences humaines.»

À ses yeux, la solution réside en grande partie dans la recherche d’un équilibre à maintenir entre la dévotion populaire et une attention aux gens qui arrivent avec plusieurs questions existentielles.

Il assure au passage que la formule du Festival de l’Assomption, qui a modifié la manière de souligner la neuvaine de prières à l’Assomption il y a quelques années en lui ajoutant davantage d’éléments festifs, est là pour rester. Lui-même joueur de piano et de charango – un petit instrument à cordes offert par sa sœur au retour d’un voyage en Bolivie – le père Tremblay est sensible à l’importance accordée à la musique au sanctuaire.

«On n’est pas ici pour devenir une foire: c’est un lieu de prière et d'intériorité. Le volet festif doit être intégré à un volet de foi. Je crois que tous les croyants, y compris les gens plus traditionnels, ont envie de fêter leur foi », dit-il.

«Nous avons un achalandage varié et nous continuons d’accueillir annuellement 300 000 personnes. Notre premier défi, c’est de connecter avec le monde d’aujourd’hui.»

 

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