Alain Ambeault, nouveau directeur général de la CRC

«Le sens profond de l'engagement à la vie consacrée doit renaître»

Le père Alain Ambeault est le nouveau directeur général de la Conférence religieuse canadienne
Le père Alain Ambeault est le nouveau directeur général de la Conférence religieuse canadienne   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-08-14 19:15 || Canada Canada

Alain Ambeault, 60 ans, a fait profession chez les Clercs de Saint-Viateur en 1980 et a été ordonné prêtre en 1986. De 1993 à 2006, il a assumé diverses fonctions dans sa congrégation au Canada. Puis, jusqu'en 2012, il a œuvré à l'international, devenant conseiller général, vicaire et finalement supérieur général des Clercs de Saint-Viateur. Quelques jours avaient de débuter son travail à titre de directeur général de la Conférence religieuse canadienne (CRC), le père Alain Ambeault a répondu aux questions de Présence.

Présence : En 2006, vous étiez le président de la Conférence religieuse canadienne. Cette année-là, la CRC a publié un retentissant Message à nos évêques où elle déplorait l'absence des jeunes dans les paroisses, le rôle minime accordé aux femmes, la rigidité de la morale sexuelle proposée par l'Église et la méconnaissance de son enseignement social. Treize ans plus tard, celui qui deviendra lundi le directeur général de la CRC fait-il les mêmes constats? La situation a-t-elle changé?

Alain Ambeault : Pour l'Église canadienne, je ne sais pas trop. Je vais me permettre d'être davantage engagé ici avant de commenter. Ces dernières années, j'étais surtout présent au niveau international.

Mais lorsqu'on a mené notre enquête et qu'on a publié les résultats - je dois rappeler qu'ils étaient d'abord destinés aux évêques et qu'ils se sont retrouvés dans les médias -, notre intention était de fournir à l'épiscopat une lecture de la réalité propre aux religieux et aux religieuses. Une réalité que l'on vit et que l'on côtoie sur les chemins de mission qui sont les nôtres.

Vous pourrez, avait-on dit aux évêques un an plus tôt, comparer votre vision avec celle qu'on aura récoltée. Les évêques étaient très heureux de cette initiative... jusqu'à la réception du document.

Ce qui m'apparaît avoir beaucoup changé, c'est ce qu'on observe aujourd'hui à la tête de l'Église catholique avec le pape François. Avant, on estimait que des gens à Rome mettaient le pied sur le frein. Cela n'a pas entièrement changé mais on a aujourd'hui un pape qui nous incite à accomplir ce que l'on demandait déjà dans notre document de 2006. Nous voulions que notre Église soit un lieu de dialogue.

À mon avis, cette absence de dialogue fait partie des raisons qui expliquent l'éloignement des gens d'ici de l'Église catholique. Les gens ne veulent plus faire partie d'une Église dans laquelle leur parole n'a aucune importance.

«Ce n'est pas la parole qui crée le schisme, mais le silence imposé, le lourd silence, la conspiration du silence», avez-vous écrit dans Autopsie d'un débat avorté (Novalis, 2007), un livre sur ce Message à nos évêques de 2006. Avez-vous l'intention d'encourager les membres de la CRC à prendre davantage part aux débats qui secouent la société et l'Église?

Un des constats que je fais, c'est que la vie consacrée est devenue silencieuse à tous égards. À mon avis, on manque le bateau parce que la vie consacrée a encore des choses à dire, sans prétention toutefois, sur les solidarités qui sont les siennes et sur les gens qu'elle accompagne.

L'engagement des congrégations religieuses est encore important, j'en suis témoin depuis mon retour au Canada. Il faut partager cela. Le silence est démotivant. Bien sûr que le nombre diminue, que les gens vieillissent. La conclusion de la société: les congrégations disparaissent. Non, non, on a encore une parole à dire. Par exemple sur la sérénité et la sagesse avec lesquelles nos congrégations font face à cette réalité du vieillissement.

On a aussi une parole à prendre. Le silence n'est pas une option pour la vie consacrée. Le silence, c'est la négation de ce qu'est la vie consacrée.

Et si on a un rôle prophétique dans l'Église, il faut alors avoir le courage de la parole, ce qui, à l'occasion, va déranger. Mais c'est là notre rôle. Si on ne le remplit pas, on ne respecte pas la mission qui nous est donnée en Église.

Le mot le plus prononcé dans les congrégations et les instituts ces dernières années, c'est quand même celui de décroissance. On ferme des maisons, on vend même la maison mère, on se retire d'œuvres ou d'institutions faute de relève. Comment le nouveau directeur général de la Conférence religieuse canadienne voit-il l'avenir de la vie religieuse communautaire au Canada?

Une tâche que l'on a, c'est de contextualiser, d'analyser ce qui se passe, pour en tirer des conclusions.

Je demeure profondément convaincu que la forme de la vie consacrée que l'on connaît a fait son temps. Mais la forme et le fond, ce n'est pas la même chose. Le sens profond de l'engagement à la vie consacrée doit renaître. Il renaît déjà. Mais il faut ouvrir les yeux et voir les signes de l'Esprit.

Je suis né en 1959. Je n'ai jamais connu une Église triomphante. Je viens de Lachute dans le diocèse de Saint-Jérôme. Je viens d'une Église qui se voulait en discussion avec la société, une Église en chantier, ouverte. Il faut revenir à cela si on veut faire notre part pour que la vie consacrée ait un avenir. Et elle en aura un si nous demeurons le petit reste biblique, ces gens qui optent pour une forme de vie où il y a une certaine radicalité. Dans ces conditions, la vie consacrée ne disparaîtra pas.

La vie consacrée ne renaîtra pas dans la cour arrière de nos couvents. Si les congrégations ont la sagesse de vivre sereinement ce moment-ci de leur histoire, elles ouvrent déjà leurs portes à l'avenir.

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