François à Cuba

« Nous ne sommes pas au service des idées mais plutôt au service des gens »

Le pape salue la foule en arrivant à la Place de la Révolution, à La Havane, le 20 septembre 2015.
Le pape salue la foule en arrivant à la Place de la Révolution, à La Havane, le 20 septembre 2015.   (CNS photo/Carlos Garcia Rawlins, Reuters)
2015-09-22 16:24 || Monde Monde

Au moment même où bien des Cubains se réjouissent d’une probable reprise des relations diplomatiques et commerciales entre leur pays et les États-Unis, le pape François a annoncé au peuple cubain que l’amour et le service d’autrui — et non pas les idéologies — sont la véritable clé du bonheur.

« Nous ne sommes pas au service des idées mais plutôt au service des gens » a proclamé le pape devant les centaines de milliers de Cubains qui se sont massés sur la Place de la Révolution à La Havane, le 20 septembre dernier.

Pendant des décennies, cette place publique fut le théâtre de rassemblements communistes organisés par le gouvernement cubain — place qui était ornée d’immenses images d’Ernesto « Che » Guevara, un révolutionnaire marxiste argentin des années 1950. L’image du Che occupait toujours l’avant-scène lors de la messe célébrée par le pape à cet endroit. Or, la Place de la Révolution était également ornée d’une bannière présentant le pape Francois comme le « missionnaire de la miséricorde » mais aussi d’une immense image montrant un Christ miséricordieux.

Après plusieurs décennies de communisme, les églises cubaines sont désertées : très peu des Cubains assistent assidument à la messe. Un rapport préparé par le Vatican révèle que seulement 60% des Cubains sont des catholiques dûment baptisés. Le pape espère toutefois contribuer à la « renaissance » de l’Église catholique cubaine. Aussi a-t-il fait un petit accroc à la tradition consistant à ne remettre les hosties consacrées qu’aux prêtres et servants de messe. Lors de la messe qu’il présidait sur la Place de la Révolution, Francois a personnellement remis l’Eucharistie à cinq jeunes communiants cubains.

Dans son homélie, le pape François a abondamment insisté sur un aspect de l’enseignement de Jésus — aspect qu’il a lui-même tâché de mettre en pratique. D’abord, repérer la moindre parcelle de bonté se trouvant chez les personnes que l’on rencontre. Ensuite, aider ou inciter ces personnes à prendre appui sur la meilleure part d’eux-mêmes afin que leur conduite soit à l’avenant.

Prenant appui sur la lecture de l’Épitre de ce dimanche, l’homélie de François a pris la forme d’une réflexion sur un passage de l’Évangile de saint Marc dans lequel les disciples tentent de savoir lequel d’entre eux est le plus important. Jésus les interrompt alors et leur demande quel est l’enjeu de leur discussion.

« Nous sombrons nous aussi dans ce genre de dispute où nous tentons de savoir lequel d’entre nous a le plus d’importance », ajoute le pape. « Lors de réunions familiales, j’ai maintes fois vu des adultes demander à des enfants : ‘‘Qui aimes-tu le plus : ta maman ou ton papa?’’. C’est comme si on leur demandait de déterminer qui est le plus important à leurs yeux ».

Dans la vie des individus comme dans celle des nations, ajoute Francois, on se pose fréquemment cette question. La réponse que nous donnons à cette question — qu’est-ce qui est le plus important — peut devenir un tournant historique car cela conditionne les décisions qui seront prises et les gestes qui seront accomplis par ceux-ci. « L’histoire de l’humanité a été en bonne partie conditionnée par la réponse qui fut donnée à cette question », ajoute le pape.

« Jésus ne se dérobait pas face aux questions qui lui étaient adressées par autrui; il n’était pas rebuté par notre humanité, ni par les choses que nous pourchassons sans relâche », affirma le pape à la foule, qui s’était massée Place de la Révolution avant l’aube. « Il connaît les méandres de l’âme humaine et, comme tout bon enseignant, Il est toujours là pour nous soutenir et nous encourager ».

Jésus prend « notre quête spirituelle et nos aspirations et leur donne un nouvel horizon », tout en nous mettant constamment au défi, ajoute-t-il. Jésus prend les « bonnes réponses », les met à l’écart et les remplace par celles qui font de l’amour l’étalon et la mesure de toute chose.

L’amour, ajoute le pape, est vécu comme un engagement perpétuel et concret en faveur du bien-être d’autrui, particulièrement des personnes les plus vulnérables. Il est totalement étranger à la notion de « supériorité » : celle qui nous fait convoiter les emplois prestigieux ou mieux rémunérés. Il est également étranger à l’idée voulant que « mon peuple » ou « notre peuple » soit le seul qui doive être soutenu et entouré de soins. Pareille attitude nous amène invariablement à juger, condamner et exclure plusieurs personnes, ravalées au rang d’étrangers.

« Être chrétien veut dire faire la promotion de la dignité de nos frères et sœurs humains. C’est un idéal auquel il faut se cramponner de toutes nos forces et pour lequel il faut être prêt à se battre. », ajoute François.

Le pape a affirmé être parfaitement conscient des souffrances endurées par l’Église et le peuple cubains. Or, en dépit de ces épreuves, ajoute-t-il, les Cubains savent encore célébrer, rendre grâce à Dieu et se mettre au service de leurs semblables. La grandeur d’un peuple, ajoute Francois, se mesure à sa capacité à venir en aide aux personnes les plus vulnérables.

Le cardinal Jaime Ortega Alamino, archevêque de La Havane, s’est adressé au pape à la fin de la messe « au nom du peuple cubain — les catholiques et les non-catholiques, de même que les incroyants. Merci d’être venu visiter Cuba, notre pays bien aimé; merci de faire en sorte que votre pontificat sème dans nos consciences des questions légitimes et essentielles; merci de secouer nos consciences endormies et qui s’étaient habituées à la médiocrité ».

L’archevêque de La Havane a aussi remercié le pape avec insistance « pour le rôle qu’il a joué dans la relance des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis ».

Or, aux yeux de l’archevêque de La Havane, le développement de relations normales, amicales et cordiales ne devrait pas se cantonner aux hautes sphères de la politique : ce genre de relations doit aussi se développer au sein de la société et de la diaspora cubaines.

« Le renouveau pacifique et véritable de la société cubaine ne sera possible, ajoute le cardinal, que si les Cubains s’accueillent les uns les autres dans un esprit d’amour et de pardon mutuels. »

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adapt. Présence - information religieuse

 

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