Entrevue avec Mgr Lionel Gendron

Abus sexuels: le président de la CECC a appris à voir les victimes autrement

Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Lionel Gendron, a pris part au Sommet sur la protection des mineurs au Vatican du 21 au 24 février 2019.
Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Lionel Gendron, a pris part au Sommet sur la protection des mineurs au Vatican du 21 au 24 février 2019.   (Archives Présence/François Gloutnay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-03-01 11:32 || Canada Canada

De retour de Rome, où il a participé au Sommet sur la protection des mineurs organisé par le Vatican, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) dit porter aujourd’hui un autre regard sur les victimes. Il reconnait du même souffle qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour régler la crise qui secoue l’Église.

Depuis quelques temps, Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil, a eu l’occasion de rencontrer plusieurs victimes. Lors du sommet auquel il participait du 21 au 24 février, il a pu entendre des histoires d’abus survenus aux quatre coins du monde.

«Je pense que l’ensemble des évêques ont pris conscience que tout abus, particulièrement les abus sexuels, détruisent», observe-t-il.

«Intérieurement, ce que j’ai entendu ces dernières semaines me rejoint plus profondément qu’avant. Il ne faut pas penser à l’abuseur. Il faut être à l’écoute complètement de la personne victime. Avant, j’avais toujours cet abuseur en tête. Mais dans les témoignages entendus récemment, l’abuseur n’était pas là du tout», explique-t-il.

Prise de conscience planétaire

Mgr Gendron dit que le sommet a été l’occasion pour les présidents des conférences épiscopales du monde entier de reconnaître qu’il y a une crise et qu’elle n’épargne personne. Dans son groupe francophone, il a observé une «prise de conscience» chez des évêques d’Afrique et d’Orient, qui ne se sentaient pas tellement concernés par la crise des abus, y voyant plutôt un problème occidental.

«Vers la fin du sommet, un évêque d’Extrême-Orient que je connais m’a dit: ‘Lionel, qu’est-ce que je peux faire?’ Je lui ai remis les documents des évêques du Canada, et nous lui avons proposé de puiser dans les ressources développées au Canada.»

C’est que plusieurs conférences épiscopales dans le monde n’ont pas encore développé d’outils ou de protocoles précis en matière de prévention d’abus sexuels.

«Le pape voulait réagir et montrer l’urgence. Que les présidents [des conférences épiscopales] retournent et mettent le sujet à l’ordre du jour de la conférence, que ce soit discuté et qu’on se mette en action partout», croit Mgr Gendron.

Conférence épiscopale, véritable solution?

Le hic, c’est que les conférences épiscopales n’ont qu’un pouvoir très limité. Ce sont plutôt les évêques qui, dans leur diocèse, ont réellement le pouvoir. La conférence épiscopale ne peut rien leur imposer. À cet égard, le pape s’attaque-t-il au problème sous le mauvais angle?

Le président de la CECC convient qu’il est vrai que le pouvoir de la conférence demeure très limité, et que le défi est bien de «rejoindre chacun des évêques».

«Lorsque nous avons lancé notre nouveau document sur la protection des mineurs l’automne dernier, les évêques canadiens ont unanimement pris la décision de faire un lancement dans chaque diocèse. En effet, l’évêque fait comme il l’entend: la conférence épiscopale ne peut forcer personne», dit Mgr Gendron.

«La plupart des victimes rencontrées m’ont dit: ‘Monseigneur, c’est bien avoir un protocole, des mesures de prévention. Mais ce que nous attendons aussi de l’Église, c’est que l’Église nous accueille, soit une famille pour nous. Qu’elle nous écoute, qu’elle nous croit, et que l’Église nous reçoive dans la communauté’», confie Mgr Gendron pour qui, par-delà les protocoles, il ne faut jamais perdre de vue «cet aspect très humain et très évangélique».

L'évêque de Saint-Jean-Longueuil confirme cependant que l’implantation du nouveau document contenant les normes de prévention mises à jour de la conférence épiscopale canadienne n’est pas encore faite partout au Canada. Un comité permanent mis en place à la CECC a justement comme mandat «de faire un suivi et de s’assurer qu’il est implanté». Il précise toutefois que cet effort passera d’abord par les quatre assemblées régionales de l’épiscopat canadien (Québec, Ontario, Atlantique, Ouest).

«Nous au Québec, on est encore un peu en discussion, mais disons que ça devrait se faire», dit-il au sujet de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. Celle-ci se rencontrera d’ailleurs dans quelques jours pour son assemblée générale du printemps.

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