Sommet sur la protection des mineurs

Abus sexuels: un cardinal propose un système pour punir les évêques fautifs

Le cardinal de Chicago, Blase J. Cupich de Chicago, et le cardinal Ruben Salazar Gomez , de Bogota, en Colombie, au deuxième jour du sommet sur les abus sexuels qui se tient au Vatican, le 22 février 2019.
Le cardinal de Chicago, Blase J. Cupich de Chicago, et le cardinal Ruben Salazar Gomez , de Bogota, en Colombie, au deuxième jour du sommet sur les abus sexuels qui se tient au Vatican, le 22 février 2019.   (CNS photo/Vatican Media)
2019-02-22 17:35 || Vatican Vatican

L'Église catholique a besoin de «nouvelles structures juridiques de responsabilité» pour les évêques accusés d'abus sexuels ou de négligence dans le traitement des accusations d'abus, a déclaré le cardinal Blase J. Cupich, de Chicago, au sommet sur la protection des mineurs.

S'adressant au pape François et à quelque 190 présidents de conférences épiscopales, dirigeants d'Églises catholiques orientales, supérieurs religieux et responsables de la curie romaine, le cardinal Cupich a fourni des détails sur ce que certains ont décrit comme un «modèle métropolitain» de responsabilité. Il a insisté sur le fait que le modèle impliquerait des laïcs.

Les territoires ecclésiaux sont regroupés en provinces avec un archidiocèse, qui est le siège métropolitain, et des diocèses voisins. Canoniquement, l’archevêque ou le cardinal dirigeant le siège métropolitain n’a que très peu de responsabilités. Cela changerait, selon la proposition du cardinal Cupich.

Le système prévoirait également un remplaçant – peut-être le métropolitain voisin ou l’évêque diocésain ayant le plus d’ancienneté – dans les cas où l'accusé serait l'archevêque métropolitain.

La proposition faite par le cardinal Cupich au sommet du Vatican sur la protection des enfants et le scandale des abus religieux est semblable à celle qu’il avait faite en novembre devant la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB).

Le cardinal a également inclus des éléments de propositions sur lesquels les évêques américains avaient prévu de voter en novembre, mais le Vatican leur avait demandé d’attendre après le sommet du Vatican de février. Les éléments communs comprenaient la création d’un numéro ou d’un site Web sans frais pour dénoncer les évêques et la création d’un fonds pour financer les enquêtes des évêques accusés d’abus ou de négligence.

Légères modifications

Le prélat de Chicago a déclaré aux journalistes que sa présentation présentait deux différences principales par rapport à ce que les évêques américains avaient initialement proposé: utiliser les métropolitains confère au processus un caractère régional particulièrement important pour assurer le suivi avec la victime; et la proposition des évêques américains était volontaire, alors que la sienne serait obligatoire.

Répondant à des questions sur le fait de faire confiance aux évêques pour enquêter sur les évêques frères, le cardinal Cupich a déclaré que c'était une autre raison pour laquelle il avait insisté pour que des laïcs soient impliqués dans la réception et l’analyse d'allégations; c'est essentiel pour la transparence du système.

La présentation du cardinal Cupich au sommet a mis l'accent sur le renforcement de la responsabilité, mais de manière «synodale» en incluant les laïcs «dans un discernement et une réforme qui pénètrent dans toute l'Église» et en formulant des lois et des procédures qui découlent de la réalité de l'Église en tant qu'institution spirituelle.

«Nous devons agir pour mettre en place des lois et des structures solides en ce qui concerne la responsabilité des évêques, précisément pour donner une nouvelle âme à la réalité institutionnelle de la discipline de l'Église en matière d'abus sexuel», a déclaré le cardinal au sommet.

L’ombre de McCarrick

Le cardinal Cupich a souligné que la nécessité de mettre en place un système dans lequel les évêques, aidés par des experts laïcs, tenant les autres évêques pour responsables, peut être considérée à la lumière des événements des derniers mois, évoquant vraisemblablement le rapport du grand jury de Pennsylvanie sur les abus et le cas de l'ancien cardinal Theodore E. McCarrick, accusé en 2018 d’avoir abusé sexuellement d'un mineur, renvoyé de l'état clérical en février après avoir été reconnu coupable.

«L'année écoulée nous a appris que les échecs systématiques en matière de responsabilisation des membres du clergé sont dus en grande partie à des failles dans la manière dont nous interagissons et communiquons au Collège des évêques en union avec le successeur de Pierre», a dit le cardinal Cupich.

Rencontres avec des victimes

Avant le début du sommet, il était demandé à chaque participant de rencontrer au moins une victime d'abus. La réunion comprenait aussi des témoignages de victimes. Les principaux orateurs et les victimes réunis à l'extérieur de la réunion ont tous insisté sur le fait qu'écouter les victimes était la première étape.

L'écoute n'est pas une courtoisie et ne doit pas inclure de condition imposée aux victimes, a déclaré le cardinal. «Notre écoute doit être disposée à accepter le défi, la confrontation et même la condamnation des échecs passés et présents de l'Église pour assurer la sécurité du plus précieux troupeau du Seigneur.»

Le cardinal Cupich a suggéré à chaque conférence épiscopale «d'établir des normes pour la conduite des enquêtes sur les évêques», ce qui, a-t-il déclaré, «devrait impliquer et consulter des experts non spécialistes».

Les fidèles catholiques devraient savoir comment signaler les allégations d'abus ou de négligence d'un évêque, a-t-il déclaré, et cela devrait impliquer «des mécanismes de signalement indépendants» sous la forme d'une ligne téléphonique et/ou d'un service de portail Web permettant de recevoir et de transmettre les allégations au nonce apostolique et à un panel d'experts laïcs, selon le système.

Le modèle du cardinal Cupich reflète à bien des égards la procédure utilisée pour enquêter sur une allégation dirigée contre un prêtre. Il demanderait à un archevêque métropolitain et à un comité de révision laïc, ou au moins à des experts laïcs, de procéder à un premier examen des allégations. Si l'allégation semblait crédible, le métropolite demanderait au Vatican l'autorisation d'ouvrir une enquête approfondie; l'approbation du Vatican est nécessaire car, conformément à la loi de l'Église, seul le pape peut enquêter sur un évêque.

Les résultats de l'enquête complète seraient transmis au Vatican, qui déterminera si un procès est justifié et comment il devrait être mené.

Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte, qui traite les cas d'abus en tant que secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a déclaré aux journalistes que le pape a une juridiction spéciale qui doit être respectée.

Par ailleurs, a-t-il déclaré, «c'est dans le contexte de la communion que nous devons vivre avec la responsabilité», ce qui signifie que les autres évêques et laïcs doivent toujours être impliqués.

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