COVID-19

Lieux de culte: une médecin catholique donne raison au gouvernement

Les autorités publiques québécoises ont entièrement raison de limiter le nombre de personnes à l’intérieur des lieux de culte, affirme la Dre Valérie Julie Brousseau.
Les autorités publiques québécoises ont entièrement raison de limiter le nombre de personnes à l’intérieur des lieux de culte, affirme la Dre Valérie Julie Brousseau.   (Pixabay)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-09-24 17:48 || Québec Québec

Les autorités publiques québécoises ont entièrement raison de limiter le nombre de personnes à l’intérieur des lieux de culte, affirme la médecin catholique qui a remué ciel et terre pour venir en aide aux communautés religieuses de la province lors de la première vague de la COVID au printemps.

Docteure Valérie Julie Brousseau, oto-rhino-laryngologiste et laïque consacrée, juge qu’il est erroné d’assimiler un lieu de culte à une salle de spectacle. Alors que le premier est limité à 50 personnes – 25 pour les zones d’alerte orange – le second continue de pouvoir accueillir jusqu’à 250 personnes. Cette disparité a été dénoncée par les leaders religieux de la province, dont les évêques catholiques, depuis l’annonce de ces nouvelles restrictions dimanche soir.

«Ce n’est pas la même population», rappelle-t-elle.

Par-delà la taille des lieux, il faut tenir compte des risques pour le type de démographie qu’on y retrouve. Alors que les cinémas, théâtres et salles de spectacle accueillent essentiellement des gens âgés de 20 à 60 ans, les lieux de culte, églises catholiques en tête, reçoivent énormément de personnes de 70 ans et plus. Non seulement leur santé est-elle plus à risque en cas d’infection au virus SRAS-COV2, mais ils ont aussi tendance à vivre dans des résidences où ils côtoient d’autres personnes âgées et à risque. Selon elle, il faut tenir compte de cette particularité démographique pour jauger les risques.

«Moi-même je me restreins d’aller aux célébrations: ma peur est de donner [le coronavirus], pas de l’attraper. Quand je mets le pied dans une église, je ne vois que des gens vulnérables», observe-t-elle.

Elle balaie par ailleurs du revers de la main l’argument des leaders religieux selon lequel il n’y aurait eu aucune éclosion dans les lieux de culte. Lorsque plusieurs communautés religieuses ont été touchées par la COVID-19 au printemps, elle était aux premières lignes pour observer le phénomène, tandis qu’elle agissait comme conseillère auprès d’elles pour éviter le pire. C’est d’ailleurs la Dre Brousseau qui a préparé le guide sanitaire qui a été distribué aux communautés religieuses à travers le pays.

«Il y a eu des éclosions liées aux lieux de culte que sont les chapelles de communautés religieuses. Alors ne venez pas dire qu’il n’y en a pas eu», lance-t-elle.

Pas une question de mépris

La spécialiste ne croit pas non plus qu’il faille voir dans les limites de fréquentation instituées par le gouvernement un geste de mépris envers les religions.

Le 23 septembre, la Table interreligieuse, qui regroupe des leaders chrétiens, musulmans et juifs afin de parler d’une seule voix auprès des autorités publiques dans le contexte de la pandémie, a fait connaître son mécontentement devant des règles «disproportionnées» qui, selon elle, «portent atteinte à la liberté de culte». C’était la première fois de la crise que les leaders religieux manifestaient aussi clairement leur impression que le gouvernement s’en prend à leur liberté.

Or l’argument n’émeut pas la Dre Brousseau.

«Je n’y vois pas du tout un mépris», dit-elle, affirmant que la santé publique montre plutôt qu’elle sait qui assiste aux messes et quel est leur profil démographique. «Elle reconnait le risque présent», note-t-elle.

Protéger la vie

Elle croit même que les leaders religieux, à commencer par les évêques catholiques, devraient reconnaître les efforts de bonne foi du gouvernement dans ce dossier.

«Nous sommes encore capables d’avoir accès à ces lieux. Je m’en réjouis. Et ici, le gouvernement protège la vie. J’aimerais entendre des leaders religieux dire qu’ils apprécient cela», affirme-t-elle.

Depuis l’annonce de dimanche, les doléances des leaders religieux ont surtout été exprimées du côté des catholiques, qui jouissent d’un poids démographique plus important. Par ailleurs, tant des représentants juifs que les musulmans ont laissé entendre qu’ils voulaient éviter des postures qui donneraient lieu à de disgracieux déferlements de haine à leur endroit. Ce sont donc essentiellement des catholiques, clercs et laïcs, qui ont multiplié les déclarations et les lettres ouvertes.

La Dre Brousseau interpelle donc directement ses coreligionnaires, soutenant que l’Église a une responsabilité vis-à-vis de ses membres et que les limites de personnes imposées ne portent pas atteinte à sa foi.

«Sauver mes frères et sœurs, c’est la raison même de ma foi! Quand on parle d’atteinte à l’expression religieuse, on s’égare. C’est bien parce que nous avons la foi que nous avons une responsabilité plus grande!», fait-elle valoir.

Ces derniers mois, elle a vu beaucoup de vies être brisées par la COVID-19, qu’il s’agisse de mortalité ou de séquelles permanentes. «J’ai encore le cœur brisé par toutes ces religieuses décédées. Ne serait-ce que pour leur mémoire, je ne suis pas prête à me taire», dit-elle d’une voix ferme. «L’Église, c’est les gens. Ce sont des questions importantes: il faut que nous entrions dans cette démarche de protection de la vie. Ce qu’on clame haut et fort dans tant d’autres domaines – dont l’avortement et la fin de vie – s’applique aussi ici.»

Prudence et humilité

Elle n’hésiterait aucunement à faire fermer des lieux de culte si une région passe au niveau d’alerte rouge. «On ferme bien des écoles! Si une situation similaire survient dans une paroisse, une église, la santé publique devrait la fermer.»

La docteure invite les leaders religieux à continuer de chercher à établir les meilleures relations possibles avec le gouvernement afin de bien s’expliquer mutuellement. C’est d’ailleurs son principal reproche aux autorités de la santé publique : les mesures visant les lieux de culte auraient mérité de meilleures explications et contextualisations, croit-elle.

«Chez les leaders religieux, on veut être indépendant, faire ce qu’on veut, on n’aime pas être restreints. C’est le temps d’être humble, demander de l’aide et se faire accompagner», exhorte-t-elle.

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