Mémoire de la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique

Archives religieuses, «grandes oubliées de la réflexion sur le patrimoine culturel québécois»

Les archives privées, et plus spécifiquement les archives religieuses, sont «les grandes oubliées de la réflexion sur le patrimoine culturel québécois», déplore la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique (SCHEC).
Les archives privées, et plus spécifiquement les archives religieuses, sont «les grandes oubliées de la réflexion sur le patrimoine culturel québécois», déplore la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique (SCHEC).   (Pixabay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2021-01-21 12:11 || Québec Québec

Les archives privées, et plus spécifiquement les archives religieuses, sont «les grandes oubliées de la réflexion sur le patrimoine culturel québécois», déplore la Société canadienne d’histoire de l’Église catholique (SCHEC).

Dans un mémoire remis à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à l’occasion de la consultation que mène cette institution sur la révision de la Loi sur les archives, la SCHEC estime qu'il y a une urgence d'agir puisque les ressources pour assurer la conservation et la diffusion des archives religieuses sont actuellement trop faibles, ce qui «met en péril l’intégrité et la pérennité des documents». Ces morceaux d'histoire sont conservés dans des «bâtiments parfois plus que centenaires» qui «ne répondent pas systématiquement aux normes de ventilation, de température et d’humidité» qu'observent aujourd'hui les centres d'archives reconnus et adéquatement financés.

«Depuis longtemps, on dit qu'il y a urgence», dit la présidente de la SCHEC Mélanie Lanouette. «En fait, dans certains cas, la situation est plus qu'urgente, elle est désespérée», lance-t-elle lors d'un entretien téléphonique.

Elle s'empresse de rappeler ce «cruel témoignage» que fut le licenciement, l'été dernier, de l’ensemble du personnel chargé de la conservation du patrimoine de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.

«Tout en mettant en danger l’une des plus remarquables collections patrimoniales témoignant de l’histoire de Montréal et du Québec, ce licenciement a interrompu de façon drastique un processus de collectionnement qui ancre ses racines dans la période coloniale, tout en nuisant au développement de la recherche scientifique au Québec», indique le mémoire de la société d'histoire qu'elle préside.

La «décision unilatérale des Sulpiciens» a aussi eu pour conséquence de priver les chercheurs et toute la société d’un accès à des collections que le gouvernement a pourtant financées durant plusieurs années par l’entremise, entre autres, du Programme d’agrément des services d’archives privées», révèle par ailleurs la SCHEC.

Mélanie Lanouette s'est réjouie de l'intervention de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, qui s’est engagée à protéger les biens des Sulpiciens. Mais, estime la SCHEC, «sa volonté d’agir "un cas à la fois" révèle un manque de vision globale quant au sort réservé aux archives émanant des congrégations religieuses et aux autres acteurs des différentes confessions religieuses au Québec».

Elle reconnaît aussi que des initiatives lancées au cours des dernières années «ont permis de conserver, mettre en valeur et rendre accessible» le patrimoine de certaines congrégations religieuses. Elle mentionne notamment le Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine à Sherbrooke et le Centre d’archives régionales du Séminaire de Nicolet qui protègent les fonds de paroisses, d'organismes et de congrégations religieuses. Des «partenariats inédits» ont aussi été établis par la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame-du-Saint-Rosaire et les Sœurs de la Charité de Québec. Dans ces cas, leurs fonds ont été versés respectivement à BAnQ Rimouski et au Musée de la civilisation. Les chercheurs et toute la société ont dorénavant accès à ces archives qui sont entreposées dans de bonnes conditions.

Ces «projets novateurs ne couvrent qu’une fraction du patrimoine archivistique québécois», indique toutefois l'auteure de Faire vivre ou faire connaître. Le défi de l’enseignement religieux en contexte de renouveau pédagogique, 1936-1946, un livre publié par les Presses de l'Université Laval.

«Ces solutions ponctuelles sont loin de régler ce qui nous semble être une problématique beaucoup plus large, à savoir la pérennité des archives privées à forte valeur de témoignage pour l’histoire du Québec», indique le mémoire de la SCHEC.

Urgente, désespérée, la situation est aussi complexe, dit Mme Lanouette, parce qu'on ne peut pas «approcher le patrimoine religieux avec une seule solution qui serait applicable à tous les cas de figure». Ce qui est bon pour une institution ou une congrégation religieuse ne sera pas nécessairement pertinent pour une autre.

«Ce qu'on dit dans notre mémoire, c'est qu'il nous faut, sérieusement et rapidement, une réflexion structurée» entre tous les acteurs qui s'intéressent aux archives religieuses. Les communautés, bien sûr, les chercheurs, les archivistes mais aussi l'État. «Il faut qu'autour de la table, BAnQ soit là», dit la présidente de la SCHEC, parce que BAnQ a le mandat de prendre en charge, non seulement les archives publiques, mais aussi «les archives privées qui ont une portée nationale, qui témoignent de l'histoire du Québec».

La SCHEC souhaite aussi que l'État québécois octroie «des moyens financiers conséquents» afin que des initiatives de regroupements locaux de services d’archives privées soient soutenus.

Enfin, «en cas de nécessité», il faudrait que «l’on facilite le transfert des archives des congrégations religieuses à l’État». Mais il est hors de question d'imposer une telle solution contre le gré d'une congrégation, précise la présidente. Après tout, ce sont des archives privées. «Mais s'il y a une volonté, s'il y a un ouverture, il faut faciliter une telle option», dit-elle. D'où l'importance, dit Mélanie Lanouette, de «s'asseoir ensemble et d'enrichir une vision».

«C'est ce qu'il manque actuellement.»

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