Montréal et Québec

Saison estivale incertaine pour les cathédrales anglicanes

Le clocher de la cathédrale anglicane Holy Trinity, à Québec. Contraintes de garder leurs portes fermées, les cathédrales anglicanes de Montréal et de Québec se demandent à quoi ressemblera leur été.
Le clocher de la cathédrale anglicane Holy Trinity, à Québec. Contraintes de garder leurs portes fermées, les cathédrales anglicanes de Montréal et de Québec se demandent à quoi ressemblera leur été.   (Archives Présence/P. Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2020-06-01 15:23 || Québec Québec

En temps normal, leur saison touristique est lancée depuis quelques semaines. Contraintes de garder leurs portes fermées, les cathédrales anglicanes de Montréal et de Québec – les édifices anglicans les plus visités au Québec chaque été – se demandent à quoi ressemblera leur été.

«On est dans l’inconnu», convient Tommy Byrne, gestionnaire du site historique national de la cathédrale Holy Trinity, à Québec.

La saison s’annonçait pourtant emballante: il y avait plusieurs années qu’il n’avait pas reçu autant de curriculum vitae aussi intéressants. Mais pour finaliser l’embauche, il doit savoir quand les églises pourront ouvrir.

«Si on ne peut pas ouvrir, on ne peut pas payer des employés à ne rien faire. C’est difficile de recruter et de former en ce moment. Ça pend un mois pour qu’un employé complète sa formation: la saison commence au début de mai, et on estime qu’ils sont rendus très bons à la Saint-Jean-Baptiste», précise M. Byrne.

Les visites se font généralement à 90 % en anglais à la cathédrale anglicane de Québec. Les croisiéristes forment la principale clientèle avide de découvrir le lieu.

Mais le gestionnaire croit que les restrictions sur les déplacements pourraient faire en sorte que davantage de Québécois montrent de l’intérêt pour Holy Trinity. Ce serait l’occasion de bousculer quelques idées reçues sur l’anglicanisme.

De manière générale, la clientèle estivale est plus familiale, tandis que l’automne amène une clientèle de retraités européens et américains.

«La saison touristique finit vers la mi-octobre avec les bateaux de croisière. Les gros bateaux sont à Québec en septembre et en octobre. Beaucoup d’Américains nous visitent: ils arrivent déjà intéressés par le lieu, sans a priori. C’est une manne pour nous», confie M. Byrne.

Cela dit, pour Holy Trinity, c’est surtout l’impossibilité de louer la cathédrale ou, sur le même site, le Carter Hall et la chapelle de Tous les Saints, adjacente à la maison de l’évêque, qui a un impact sur les finances. Les locations sont généralement à caractère culturel: concerts publics ou privés et troupes de danse.

«Les locations, c’est 70 % de nos revenus, précise-t-il. Nous n’avons donc aucun revenu depuis la mi-mars.»

Tommy Byrne profite de cette période pour envisager des projets à long terme dont il préfère taire la teneur pour l’instant. Mais il n’exclut pas des annonces intéressantes à venir d’ici la fin de l’année.

«Drôle de saison» à Montréal

Dans la métropole, le recteur de la cathédrale et doyen de Montréal, Bertrand Olivier, anticipe une «drôle de saison».

«On attend moins de touristes étrangers à Montréal cette année. A priori, ce sera un tourisme plus local. Nous en profitons pour améliorer notre infrastructure», dit-il.

La cathédrale Christ Church compte installer un système de climatisation afin d’inciter les futurs visiteurs à s’attarder plus longuement en ses murs. Il s’agit de profiter de cette fermeture forcée pour «améliorer notre offre», explique le père Olivier.

Christ Church n’a pas eu de guides au cours des dernières années et le tourisme ne compte que pour 5 % de ses revenus, selon le doyen. «On n’a pas encore été très pointus sur notre stratégie touristique. On a un programme de concerts gratuits qui apportaient des contributions.»

En revanche, il estime que l’Église anglicane de Montréal doit trouver des manières de diversifier l’usage d’un bâtiment comme la cathédrale.

«On travaille beaucoup avec des bénévoles. Les communautés paroissiales peuvent parfois partager l’espace avec des gens qui sont moins religieux. On doit pouvoir les utiliser de manière plus diversifiée, tout en disant notre histoire et en encourageant les gens à considérer la foi chrétienne», fait-il valoir.

Célébrations comodales

Une communauté d’environ 500 personnes gravite autour de la cathédrale Christ Church, dont 200 participent régulièrement aux célébrations dominicales. Avec le confinement, une très grande partie de cette communauté a pu se retrouver au cours de visioconférences régulières.

À bien des égards, explique Bertrand Olivier, cela a permis à plusieurs personnes de se rencontrer et de tisser des liens encore plus étroits que s’ils allaient simplement à la cathédrale.

«On a continué à maintenir une communauté active, à bâtir la communauté. Et là on se demande comment retrouver l’eucharistie sans perdre ce qu’on a bâti!», confie-t-il au sujet de l’éventuelle réouverture de la cathédrale.

Tout en tenant compte des personnes dont la santé est fragile et qui ne voudront pas nécessairement se rendre dans un tel lieu public de sitôt, il envisage de mettre en place des célébrations comodales.

Le terme, utilisé plus fréquemment dans les milieux académiques, renvoie à la combinaison de deux «modes» de présence: en personne et à distance, via Internet, mais chacun avec la possibilité de participer à la célébration.

«La célébration se tiendra par exemple à la cathédrale, mais elle pourra inclure une personne qui fait une lecture, une prière un ou chant depuis son salon», illustre le recteur.

«Sur [l’outil de visioconférence] Zoom, on voit les noms. Les gens disent se sentir plus proches. Le social est déjà ancré dans la culture anglicane, avec les cafés après les célébrations. En ligne, nous créons des sous-salles adjacentes où les gens se retrouvent avec des fidèles inconnus mais où ils font vite connaissance. Et les gens ont été encouragés à continuer à donner à leur église.»

Pour la communauté, il ne s’agit donc pas tant de retrouver la cathédrale comme avant que de maintenir la qualité des relations développées sur Internet au cours des derniers mois.

Les cathédrales anglicanes de Québec et de Montréal sont toujours en attente du feu vert du gouvernement du Québec pour rouvrir leurs portes aux fidèles et aux touristes.

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