Enquête sur les partenaires de l'ONG

Au tour des Jésuites du Canada d'interpeller Développement et Paix

Le père hondurien, Ismaël Moreno, mieux connu sous le nom de Padre Melo, et ses oeuvres jésuites ont été visés par l'enquête de Développement et Paix et de la conférence épiscopale canadienne.
Le père hondurien, Ismaël Moreno, mieux connu sous le nom de Padre Melo, et ses oeuvres jésuites ont été visés par l'enquête de Développement et Paix et de la conférence épiscopale canadienne.   (CNS photo/David Agren)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2021-03-22 19:29 || Canada Canada

Les Jésuites du Canada ont appris avec une «profonde tristesse» qu'une quarantaine de partenaires de Développement et Paix «ne recevraient plus de financement» de la part de cet organisme de coopération internationale fondé par les évêques canadiens en 1967.

C'est un communiqué de presse, publié conjointement le 25 février par Développement et Paix et par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), qui leur a révélé les résultats de l'enquête qui a été menée sur 63 partenaires de l'organisme soupçonnés, par des évêques canadiens, de ne pas respecter «l'enseignement social et moral de l'Église».

«Nous regrettons que le processus pour arriver à cette décision n’ait pas été marqué par la transparence et la collaboration que l’Église sait être des vertus essentielles pour témoigner de la Bonne Nouvelle et devenir une Église synodale», indique le père Erik Oland, le supérieur provincial des Jésuites du Canada.

Le jésuite déplore aussi que cette enquête, qui a duré près de trois ans, ait «porté atteinte à la réputation de certaines personnes et organisations, dont plusieurs sont soutenues par leur Église locale, qui risquent souvent leur vie pour défendre les personnes pauvres et marginalisées». Il croit que la décision de couper le financement de ces groupes pourrait «avoir des conséquences importantes et à long terme pour les organisations partenaires du Sud, menaçant leur existence même».

Si c'était le cas, «cela représenterait une perte profonde pour le témoignage prophétique de l’Église», écrit le père Oland.

Développement et Paix a refusé, jusqu'à maintenant, de rendre public le rapport final de cette enquête. Présence a pu consulter les deux documents cotés E-1 et E-1a que les membres du conseil national de l'organisme ont approuvé à leur rencontre de novembre 2020. On y constate notamment que la question de l’avortement et de la santé sexuelle des femmes, ainsi que la peur du scandale, sont les principales raisons qui ont poussé Développement et Paix à se délester de plusieurs de ses partenaires internationaux, certains financés depuis plus de trente ans.

Ces partenaires, toujours selon le père Oland, auraient plutôt mérité d'être «considérés avec gratitude pour leur engagement manifeste et constant envers la richesse fondamentale des enseignements sociaux de l’Église».

La déclaration rendue publique le 22 mars 2021 déplore le secret qui a entouré cette enquête. «S’ils avaient été consultés, les laïcs et les religieux du Canada, dont beaucoup ont travaillé dans le Sud et connaissent personnellement nombre de ces organisations et leurs contextes, auraient pu fournir des informations plus précises sur les partenaires examinés.»

Les œuvres jésuites du Honduras

En mars 2019, le supérieur provincial des jésuites canadiens s'était dit déçu d'apprendre qu'un rapport rédigé par des employés de la CECC avait critiqué un organisme du Honduras dirigé par un membre de cette congrégation religieuse. La conférence épiscopale reprochait à ce partenaire «d'être davantage un mouvement social progressiste qu'un organisme religieux» qui n'hésite pas à publier des opinions opposées à l'enseignement catholique. «Nous avons entièrement confiance en nos œuvres», avait alors réagi le père Oland.

Cinq mois plus tard, Erik Oland a décidé de prendre de nouveau la défense de ce même confrère du Honduras, le père Ismaël Moreno, mieux connu sous le nom de Padre Melo, qui venait toute juste de recevoir une lettre d'un évêque canadien et de la présidente de Développement et Paix. Cette lettre, acheminée par le personnel de la conférence épiscopale canadienne, lui demandait de clarifier rapidement ses opinions sur la question de l'avortement. Les signataires de la lettre s'inquiétaient par ailleurs qu'une collaboratrice, qualifiée de «lesbienne autoproclamée et de féministe pro-avortement», rédige des textes dans le site Web des organismes que ce père jésuite dirige.

Ce jésuite est «profondément ancré dans les valeurs évangéliques et motivé par sa foi chrétienne», avait rétorqué le père Oland dès qu'il a appris la teneur de la lettre que ce défenseur des droits humains avait reçue. «Son travail est reconnu internationalement par l'Église et par des organisations civiles.»

Dans sa récente déclaration, le supérieur des jésuites canadiens n'indique pas s'il a été officiellement informé de la décision prise par Développement et Paix, en novembre 2020, concernant le financement des projets qu'anime son confrère du Honduras.

Les membres du conseil national de l'organisme ne peuvent non plus répondre avec certitude au père Oland car ils ont entériné les recommandations d'appui ou de cessation de financement sans connaître les noms des partenaires qui ont fait l'objet de cette enquête lancée à l'automne 2017. Ils pourraient néanmoins confirmer au supérieur provincial qu'un partenaire identifié par le numéro 49, établi du Honduras et «dirigé par un prêtre jésuite», a pris «l’engagement de réviser sa politique éditoriale concernant des auteurs invités» et qu'il a «enlevé de son site Web [des] articles douteux». Il n'y a donc plus «d’objection à la poursuite du partenariat», recommande-t-on dans le document E-1 consulté par Présence.

Développement et Paix a indiqué que ses dirigeants bénévoles se réuniront le mardi 23 mars 2021, afin de répondre aux «multiples lettres» reçues depuis la publication du communiqué conjoint annonçant les conclusions du rapport final sur ses partenaires. Le 19 mars, la Conférence religieuse canadienne a sommé Développement et Paix «de corroborer ou d’infirmer les informations divulguées» récemment par des médias dans cette affaire.

Invitée à commenter la déclaration des jésuites canadiens, la CECC n'avait toujours pas réagi au moment de publier.

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