Assemblée plénière de la USCCB

Crise des abus: Rome demande aux évêques américains de reporter leur vote

Suzanne Emerson tient une pancarte lors d’une manifestation organisée le 12 novembre 2018 par le Survivors Network of those Abused by Priests (SNAP) en marge de l’assemblée plénière des évêques américains à Baltimore.
Suzanne Emerson tient une pancarte lors d’une manifestation organisée le 12 novembre 2018 par le Survivors Network of those Abused by Priests (SNAP) en marge de l’assemblée plénière des évêques américains à Baltimore.   (CNS photo/Kevin J. Parks, Catholic Review)
2018-11-13 10:56 || Monde Monde

Ce qui ne fera pas l’objet d’un vote par les évêques américains lors de leur assemblée générale d’automne à Baltimore occultera probablement tout le reste de leurs échanges alors que débutait le 12 novembre trois jours de séances publiques.

À la demande du Vatican, le vote en vue de la création d'une nouvelle commission chargée de traiter les allégations d'inconduite sexuelle de la part d'évêques a été reporté. Il en est de même pour le vote d'un nouvel ensemble de normes de conduite épiscopale, bien que ces deux sujets restent à débattre.

Le cardinal Daniel DiNardo de Galveston-Houston, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), a déclaré que la demande émanait de la Congrégation pour les évêques du Vatican. Les raisons invoquées étaient la réunion prévue par le pape François en février avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour traiter des abus sexuels commis par des membres du clergé et pour s'assurer que les propositions examinées par les évêques étaient conformes au droit canonique.

Le cardinal Blase Cupich de Chicago a appelé à une assemblée spéciale en mars pour débattre et voter sur des mesures une fois que l’épiscopat aura été des résultats de la réunion de février à Rome.

«Il est clair que le Saint-Siège prend au sérieux la crise des abus dans l'Église», a déclaré le cardinal Cupich, ajoutant que la réunion de février sera un «tournant décisif» dans l'histoire de l'Église. «Nous devons savoir clairement où nous en sommes et dire à notre peuple où nous en sommes», a-t-il déclaré.

Dans son discours à la USCCB, le cardinal DiNardo a aussi souligné le caractère historique de la réunion.

«Que nous nous souvenions de nous en tant que gardiens des victimes de violence ou de l'agresseur sera déterminé par notre action commençant cette semaine et les mois à venir», a-t-il déclaré. «Approchons-nous du Christ aujourd'hui en lui sacrifiant nos propres ambitions et soumettons-nous sans tarder à ce qu'il nous demande, avec amour et avec justice.»

Il a également souligné sa propre faiblesse face aux victimes dans ses remarques, en déclarant: «Là où je n'ai pas été vigilant ou attentif à vos besoins, là où j'ai échoué, je suis profondément désolé.»

L'archevêque Christophe Pierre, nonce apostolique aux États-Unis – qui s'est entretenu en privé avec le pape François à peine deux jours avant son allocution du 12 novembre devant les évêques américains – a exhorté ces derniers à faire face au problème des abus sexuels commis par le clergé, à ne pas fuir les défis auxquels ils sont confrontés mais à y faire «face avec réalisme et courage».

«Il y a toujours beaucoup à faire, et nous, évêques, ne devons pas avoir peur de nous salir les mains en faisant ce travail», a-t-il déclaré, les exhortant à collaborer avec les laïcs.

Au début de la réunion, les évêques du Missouri ont rendu publique une lettre et une déclaration adressées au président du Comité pour les enfants et les jeunes de la USCCB. La lettre adressée à Mgr Timothy Doherty, président du comité et évêque de Lafayette, dans l’Indiana, était accompagnée d’un plan en dix points visant à remédier au scandale actuel.

Les évêques soutiennent certaines des actions proposées par le Comité administratif, mais espèrent que la USCCB s'attaquera à «l'abus de pouvoir qui est au centre du scandale des abus sexuels commis par notre Église».

Parmi les points de leur plan, les évêques du Missouri ont appelé à mettre les survivants d'abus au cœur de la réponse de l'Église à la crise, à renforcer la «Charte pour la protection des enfants et des jeunes» de 2002, à demander à chaque évêque d’appliquer la charte tout comme à chaque ordre religieux siégeant dans son diocèse et enfin, à mieux utiliser les charismes des laïcs.

La majeure partie de la première journée a été réservée à la prière et à la réflexion par les évêques dans une chapelle improvisée du Marriott Waterfront de Baltimore.

Pendant ce temps, les évêques ont entendu des orateurs, notamment deux survivants d'abus sexuels, Luis A. Torres Jr. et Teresa Pitt Green. Tout en restant actifs dans l’Église, ils ont tous deux parlé de la douleur émotionnelle avec laquelle ils ont vécu. Ils ont également déclaré que l'Église peut et doit faire mieux pour lutter contre les abus sexuels.

Les évêques ont également entendu deux femmes qui les ont exhortés à travailler ensemble et à avancer avec les laïcs pour surmonter la crise que traverse l’Église. L’ordre du jour des évêques comprenait un certain nombre de points autres que les protocoles relatifs aux abus sur lesquels ils vont maintenant retarder le vote.

Ces articles comprennent:

- L’examen d'une proposition de lettre pastorale sur le racisme, «L'appel durable à l'amour: une lettre pastorale contre le racisme». «Malgré les nombreuses avancées prometteuses réalisées dans notre pays, le vil cancer du racisme infecte toujours notre pays», dit le document.

«Les actes racistes sont des péchés car ils violent la justice. Ils révèlent un échec à reconnaître la dignité humaine des personnes offensées, à les reconnaître comme des voisins que le Christ nous appelle à aimer», y lit-on. «Chaque acte raciste – chaque commentaire, chaque blague, chaque regard désobligeant en réaction à la couleur de la peau, l'appartenance ethnique ou le lieu d'origine – est l'incapacité de reconnaître une autre personne comme un frère ou une sœur, créée à l'image de Dieu.»

- L'approbation de la cause de sœur Thea Bowman, descendante d'esclaves et seule membre afro-américaine des Sœurs franciscaines de l'adoration perpétuelle, qui a transcendé le racisme pour marquer durablement la vie catholique aux États-Unis au XXe siècle.

- L’approbation d’un budget pour 2019 qui affiche un léger excédent, mais beaucoup moins pour le poste du service aux migrants et réfugiés de la USCCB en raison de la réduction continue du nombre de réfugiés admis aux États-Unis par le gouvernement fédéral.

- L’audition des rapports des évêques présents au Synode des évêques d'octobre sur «Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel», et du V Encuentro de juillet pour les catholiques hispaniques aux États-Unis. On rappellera le 40e anniversaire de la déclaration pastorale de la USCCB sur les personnes handicapées et se présenté le rapport du Conseil consultatif national, un groupe essentiellement laïc qui publie des commentaires sur des enjeux d’actualité qui concernent les évêques.

À l’extérieur de l'hôtel, les manifestants se sont rassemblés en cette première journée de rencontre de la USCCB pour exiger un changement et demander aux évêques de prendre des mesures pour faire face à la crise croissante des abus sexuels.

Dennis Sadowski, Carol Zimmermann et Rhina Guidos à Baltimore et Mark Pattison à Washington ont collaboré pour ce reportage

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