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Développement et Paix: la CRC se dit préoccupée par la lenteur de l'enquête

Le capucin Louis Cinq-Mars, président de la Conférence religieuse canadienne.
Le capucin Louis Cinq-Mars, président de la Conférence religieuse canadienne.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2019-10-08 15:55 || Canada Canada

Brisant le silence observé tant par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) que par Développement et Paix, la Conférence religieuse canadienne (CRC) se dit préoccupée par la lenteur et la complexité de l'enquête menée depuis deux ans par la CECC sur les partenaires de l'organisme de solidarité internationale.

Dès avril 2018, il y a maintenant 18 mois, des évêques ont reproché publiquement à des organismes d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, des partenaires financés annuellement par Développement et Paix avec les sommes obtenues lors de la campagne Carême de partage, de ne pas se conformer aux enseignements sociaux et moraux de l'Église catholique.

Dans une lettre remise récemment à tous les responsables des instituts et des congrégations du Canada, le capucin Louis Cinq-Mars, le président de la CRC, rend compte des démarches menées auprès des évêques dans ce dossier.

Il indique d'abord que «les circonstances entourant l’analyse des partenaires de Développement et Paix demeurent une source d’inquiétude pour les supérieures et supérieurs des communautés religieuses du Canada».

Des communautés canadiennes «comptent de leurs membres dans les pays affectés par cette situation», reconnaît aussi Louis Cinq-Mars dans sa lettre datée du 19 septembre 2019. «Plusieurs ont tenu à exprimer directement à Développement et Paix leur appui et à dénoncer l’insécurité que vivent les organismes partenaires de Développement et Paix.»

Le 20 juin 2019, les dirigeants de la CRC et de la CECC ont discuté ensemble de ce dossier. «Au cours de cette rencontre, nous avons exprimé notre respect pour le travail de Développement et Paix, notre préoccupation face à la lenteur et à la complexité du processus d’examen ainsi que notre souhait que l’autonomie de Développement et Paix soit maintenue. Pour leur part, les membres de l'Exécutif de la CECC nous ont exprimé leurs propres préoccupations et nous ont fourni des explications quant aux objectifs de l'examen organisationnel», écrit le président de la CRC.

«Au-delà des considérations idéologiques qui semblent avoir créé cette situation, le conseil d'administration de la CRC est d'abord préoccupé par la réalité de nos frères et sœurs souffrants qui nécessitent cette aide internationale ainsi que des nombreux collaborateurs qui se dévouent afin que leur dignité humaine soit respectée», ajoute-t-il, faisant référence au moratoire imposé sur le financement de 52 des 183 partenaires de Développement et Paix tant que l'enquête ne sera pas terminée.

Quelques-uns des partenaires visés par cette enquête sont dirigés par des religieux et des religieuses du Sud ou encore sont appuyés par les évêques des diocèses où ils œuvrent. La CRC déplore que leurs avis ne soient pas écoutés. «Nous croyons que les situations concrètes et leurs contextes, la qualité des relations avec les partenaires ainsi que l’avis des évêques et supérieurs majeurs locaux doivent être considérés lorsque des inquiétudes apparaissent», indique Louis Cinq-Mars.

À la fin de sa lettre aux communautés religieuses du Canada, le frère Cinq-Mars indique que «la CRC se réjouit que le processus d'examen organisationnel soit bientôt complété, que des solutions possibles soient identifiées et que la CECC et Développement et Paix réitèrent leur collaboration commune.»

Appuis de plusieurs congrégations religieuses

C'est en novembre 2018, que Serge Langlois, le directeur général de Développement et Paix, avait révélé que «des représentants de la Conférence des évêques catholiques du Canada [avaient] identifié 52  partenaires, qui, selon des données obtenues en ligne, posaient certaines questions concernant leur respect des enseignements de l’Église».

Parmi ces 52 partenaires, il y avait la Fundación ERIC et Radio Progreso, deux œuvres du Honduras, dirigées par le jésuite Ismaël Moreno, mieux connu sous le nom de Padre Melo.

«Nos activités auprès des plus démunis créent constamment des controverses», avait alors reconnu le père Erik Oland, le provincial des jésuites du Canada. «Elles confrontent les sociétés. Le Padre Melo et ses œuvres au Honduras confrontent la politique même du pays.»

Mais cela lui apparaissant une bien faible raison pour cesser abruptement de financer ces deux groupes. «Tous les jésuites du monde entier, et en particulier les confrères d'Amérique centrale et les provinciaux d'Amérique latine, appuient nos œuvres. Bien sûr que nous avons entièrement confiance en nos œuvres», avait déclaré le provincial jésuite.

En janvier 2019, les dirigeants d'une vingtaine de congrégations religieuses, principalement du Canada anglais, ont déploré que des groupes habituellement appuyés par Développement et Paix étaient toujours privés de financement. Ce sont «les plus pauvres parmi les pauvres» qui sont pénalisés, ont estimé les supérieurs de ces communautés.

En mai 2019, lors de l'assemblée annuelle des membres de Développement et Paix du Québec et du Nouveau-Brunswick, deux religieuses ont pris la parole.

Suzanne Loiselle, membre de la congrégation des Auxiliatrices et ex-directrice générale de l'Entraide missionnaire, a déploré «le climat d’opacité» qui entoure l'enquête sur Développement et Paix, «l'absence de dialogue avec les partenaires, notamment des groupes de femmes, et l'ingérence de certains évêques dans les processus décisionnels». Elle a aussi reproché à ces évêques de «s’alimenter à des sources de désinformation de droite et même d’extrême droite».

La théologienne Yvonne Bergeron, membre de la Congrégation de Notre-Dame, est aussi intervenue lors de cette Assemblée régionale Québec-Nouveau-Brunswick. Cette religieuse, qui a déjà été membre du Conseil national de Développement et Paix, a rappelé que cela fait partie de la mission même de l'organisme d'appuyer des groupes aux périphéries, une expression chère au pape François.

Selon elle, Développement et Paix ne devrait pas hésiter à financer ces groupes ainsi que les personnes qu'ils regroupent et à «les rejoindre dans leurs ambiguïtés et leurs souffrances, dans les conditions de vie souvent scandaleuses qui leur sont imposées quotidiennement, dans leurs limites et leurs grandeurs, leurs échecs et leurs victoires, leurs rêves et leurs espoirs».

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