En visite à Notre-Dame-du-Cap

Entrevue avec le cardinal Chibly Langlois

Le cardinal Chibly Langlois en février 2014.
Le cardinal Chibly Langlois en février 2014.   (CNS Photo/Paul Haring)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2015-08-15 09:23 || Monde Monde

Le 15 août, le cardinal haïtien Chibly Langlois présidait une messe en créole devant une foule record de 3300 personnes au sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap. L’évêque des Cayes – le tout premier cardinal haïtien – a fait courir la diaspora de l’est des États-Unis et du Canada, venue voir et écouter l’homme qui incarne à leurs yeux l’Église de demain en Haïti.

Présence l’a rencontré.

À l'âge de 55 ans, en janvier 2014, vous avez été nommé cardinal par le pape François. Le tout premier cardinal d'Haïti aurait-il un message à transmettre à la communauté haïtienne qui vit au Canada, et tout particulièrement au Québec ?
Je suis au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap pour célébrer une messe qui réunit des Haïtiens du Canada et aussi des États-Unis. C’est une véritable communauté de foi. On rencontre Dieu dans cette manifestation qu’on appelle ici le Festival de l’Assomption. C’est pour moi l’occasion de rencontrer les gens, de me faire connaître auprès de personnes qui ne m’ont jamais rencontré.

C’est aussi l’occasion d’exprimer notre communion d’Églises. Entre Haïti et le Canada, des liens très forts, très étroits, existent.

On pense à tous ces missionnaires qui ont œuvré – et œuvrent encore – en Haïti. On pense aussi à tous ces Haïtiens présents au Canada qui participent à la vie de l'Église d'ici. Qu'attendez-vous de l'Église canadienne ?
C’est vrai que nous avons reçu pas mal de missionnaires venant du Canada. Beaucoup d’Haïtiens sont maintenant ici pour rendre la réciprocité et pour exprimer la communion qui existe entre les différentes Églises. L’Église doit se faire accueillante envers ces gens qui viennent pour partager leur richesse et pour partager ce qu’ils ont reçu eux-mêmes de ces missionnaires qui ont œuvré en Haïti.

On souhaite que l’on accueille ce que l’on a comme expérience de foi en Haïti. Pour que cette expérience contribue à faire grandir la foi au Canada. Je constate qu’il y a une baisse considérable du nombre de chrétiens au Canada. Je souhaite que les missionnaires, que les gens qui viennent d’Haïti puissent contribuer à relancer la vie de l’Église, à la dynamiser. Ce sera une façon d’exprimer cette communion entre les Églises d’Haïti et du Canada.

Depuis le tremblement de terre de 2010, bien des observateurs estiment que les pays du Nord, dont le Canada, ne sont pas si généreux avec Haïti, qu'ils se désengagent. À votre avis, le Canada devrait-il faire davantage ?
Devant ce que nous vivons, nous comptons sur l'aide de pays amis pour nous en sortir. Tous ces pays, dont le Canada, doivent se mettre ensemble pour nous accompagner dans nos difficultés. Le Canada, on doit le remercier pour son aide à plusieurs niveaux. Mais nous aimerions que l'on intensifie davantage l'aide offerte à Haïti afin d’aider la majorité pauvre à sortir de sa situation.

Le 31 juillet, la Conférence épiscopale d'Haïti, un organisme que vous présidez, a publié une lettre pastorale sur le processus électoral qui se déroule actuellement dans votre pays. Les évêques insistent sur la nécessité d'aller voter et sur le choix de représentants qui ne servent pas leurs intérêts personnels. Est-ce le cas des dirigeants d'Haïti ?
Nous avons certainement connu ces pratiques dans le pays. Beaucoup de nos dirigeants s'intéressent beaucoup plus à leurs intérêts qu’au bien du peuple.

Le sens du bien commun, c'est une valeur à développer dans notre pays.

C’est pourquoi nous insistons tant : les candidats, parmi lesquels on doit choisir, doivent s'intéresser au bien commun.

Depuis longtemps, Haïti connaît des situations difficiles. C'est parce que nos dirigeants n'ont pas su orienter la population à travailler pour le bien commun. Voyez même la réaction de certains Haïtiens qui expriment leur mécontentement en détruisant des bâtiments publics, des bâtiments qui sont au service du peuple. Pourquoi le fait-on ? Ce sens du bien commun n'est pas assez développé dans notre pays. C'est là tout le problème.

Le premier tour des élections législatives a eu lieu le dimanche 9 août dans un climat tendu. On parle de violences et même de faible participation. Le contraire de ce que la lettre pastorale demandait. Quel bilan faites-vous de cette première journée électorale ?
Avec autant de candidatures et compte tenu que les habitudes électorales ne sont pas bien enracinées dans le peuple, on s'attendait à ce qui est arrivé. Mais, en dépit des violences, des irrégularités, de certaines fraudes, les élections ont bien eu lieu. C'est maintenant la tâche du Conseil électoral provisoire d'évaluer la portée de cet exercice et de faire en sorte que cette élection serve le pays tout entier. Il ne faut pas aller dans le sens des gens qui demandent de ne pas accepter les résultats de l’élection. On ne peut pas avoir l'idéal. Ce que l'on a, il faut maintenant s'en servir pour avancer.

On a fait état, plus tôt cette année, d’actes de violence contre des religieux en Haïti. Est-ce toujours une préoccupation ?
Ce l’est toujours. On cherche davantage à comprendre pourquoi de tels gestes ont été posés. On veut donner un accompagnement pour que cela ne se reproduise plus.

Ces violences apparaissent lors de situations difficiles.  Depuis le tremblement de terre, il faut voir tout l’accompagnement que donnent les religieux et les religieuses à la population d’Haïti, la disponibilité des communautés à vouloir servir la population dans les milieux les plus isolés. Les religieux ne devraient pas subir ce genre d’attaque car ils sont au service de la population.

Au niveau pastoral, nous devons faire en sorte que les gens sentent la proximité de ces religieux, sentent que cette présence confirme l’amour et la miséricorde de Dieu envers tous ces gens.

Mgr Yves-Marie Péan, évêque des Gonaïves, participera au prochain synode sur la famille. L'an dernier, c'est vous qui étiez là. Les familles attendent beaucoup de ce synode. Qu’est-ce que l'épiscopat dira au nom des familles haïtiennes ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup d’intérêt pour ce synode. Nous connaissons chez nous des difficultés au niveau des familles. Nous constatons une baisse des mariages religieux, nous avons des familles disloquées, divorcées. Il faut réfléchir à ces réalités afin de faire comprendre que c’est important de construire la famille sur des bases naturelles, c’est ce qui permet de continuer la création. Il faut ouvrir les yeux sur la durabilité de l’amour qui existe entre l’homme et la femme. Il faut essayer de contrecarrer les messages que véhicule une certaine réalité familiale qui ne correspond pas du tout à ce que naturellement nous avons reçu de Dieu. Nous devons orienter les gens vers un mariage basé sur l’amour qui vient de Dieu, basé également sur la loi naturelle.

 

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