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DIocèses catholiques québécois

Intégrer ces prêtres venus d’ailleurs

Un prêtre étranger prend part à une célébration eucharistique au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap en août 2018.
Un prêtre étranger prend part à une célébration eucharistique au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap en août 2018.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2018-09-26 10:56 || Québec Québec

Ils viennent d’Afrique et d’Asie, et parfois d’Amérique latine ou d’Europe: depuis plusieurs années, de nombreux diocèses québécois font appel à des prêtres étrangers. L'arrivée de ces prêtres venus d’ailleurs comporte plusieurs défis, à commencer par celui de l’ajustement culturel. L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a profité de son assemblée plénière automnale qui se tenait au Cap-de-la-Madeleine la semaine dernière pour organiser une session de travail afin de réfléchir à leur intégration dans la vie de l’Église catholique québécoise.

Il y a quelques semaines, l’évêque de Gaspé, Gaétan Proulx, était au Bénin. Son diocèse compte présentement cinq prêtres originaires de ce pays d’Afrique.

«Nous sommes en déficit de prêtres. Nous avons voulu établir des liens importants avec quelques diocèses du Bénin, pour établir de bons rapports pour la mission ici», explique Mgr Proulx.

«On appelle ces prêtres fidei donum, c’est-à-dire ‘don de la foi’. Auparavant, les diocèses québécois offraient ces prêtres missionnaires. Maintenant, ça se fait dans le sens inverse», dit-il.

Le diocèse de Gaspé a beau compter une quarantaine de prêtres québécois, seuls quatre d’entre eux sont aujourd’hui en mesure d’occuper des mandats pastoraux. En plus des prêtres béninois s’ajoutent trois prêtres de Colombie et un du Nigéria. Autrement dit, la majorité des prêtres de Gaspé à qui l’on confie un mandat pastoral viennent désormais de l’étranger.

«Le défi, c’est l’accueil et l’inculturation», estime Mgr Proulx. Ce dernier leur donne d’abord une période d’adaptation: il mise sur un programme d’accompagnement et les accueille à l’évêché pendant quelques mois.

«Il faut qu’ils puissent réaliser ce qu’on vit au Québec. Ils viennent de diocèses où les églises sont remplies. Ici, il y a peu de monde. Ça les étonne, c’est un choc culturel», poursuit l’évêque de Gaspé.

Les contrats de présence sont d’une durée de trois ans et sont renouvelables.

Mgr Proulx se réjouit que des diocèses étrangers acceptent de «partager» ainsi leurs prêtres. Il se défend bien de contribuer à déployer des efforts pour s’accrocher à une réalité ecclésiale très centrée sur les clercs qui n’est plus viable au Québec:

«Nos prêtres n’ont pas moins de 5 communautés chacun. Ça demande nécessairement une participation des laïcs. On n’enlève pas la place aux laïcs. Mais il faut de temps en temps que les chrétiens puissent célébrer l’eucharistie, sinon, il n’y a plus d’Église!»

Tradition missionnaire

Un évêque africain, qui en était à sa première visite au Canada, a été invité à participer à la réflexion. Il s’agit de Mgr Aristide Gonsallo, évêque du diocèse de Porto Novo, au Bénin. Quatre de ses prêtres sont présentement dans le diocèse de Gaspé, et un cinquième se prépare à venir.

«J’ai trouvé une tradition missionnaire dans laquelle je me suis inscrit. Car l’Église est essentiellement missionnaire », explique-t-il.

Porto Novo a présentement des prêtres en France, en Italie, en Allemagne, en Autriche et en Martinique en plus du Canada. En tout, ils sont une cinquantaine à être ainsi en mission.

«L’idée n’est pas de venir en conquérant, mais d’apporter le témoignage de l’annonce de la Bonne Nouvelle, dit-il. Nous avons reçu, c’est à notre tour de donner à d’autres.»

Ses prêtres lui racontent prendre conscience des différences culturelles d’une société à l’autre. «Ils arrivent d’une culture hautement christianisée. Ils arrivent dans une culture où ils sont dans une terre de première évangélisation. Ce n’est pas évident au départ, ça peut être déstabilisant.»

Débarquer à Amos

L’abbé Crescent Mboninyibuka travaille dans le diocèse d’Amos depuis quatre ans. Ordonné en 2004, il est venu prêter main forte à une Église qui compte peu de vocations sacerdotales. Pour ce Burundais originaire du diocèse de Buriri, le premier choc fut d’abord… géographique.

«La géographie, la topographie. La végétation, la multitude de lacs… C’est très différent», admet celui qui n’avait jamais quitté le Burundi avant de se retrouver à Val-d’Or. Très rapidement, il a compris qu’il évoluait dans une culture nord-américaine bien différente de la sienne. «Je devais tout apprendre, sauf la langue!»

L’évêque d’Amos, Mgr Gilles Lemay, avait organisé un comité d’accueil lorsqu’il est arrivé d’Afrique en 2013. Une attention qui, combinée à l’accueil chaleureux reçu dans les diverses communautés chrétiennes où il est passé par la suite, reste un bon souvenir pour le prêtre.

Miser sur le relationnel

À Québec, l’abbé Séraphin Balla est d’abord venu pour compléter des études doctorales en anthropologie il y a six ans. Le prêtre de Yaoundé, au Cameroun, travaille à la paroisse Notre-Dame-de-Foy.

«Ce qui m’a frappé, c’est d’abord l’environnement, le climat. Ce n’est pas qu’une affaire de manteau plus chaud, c’est toute une culture!», dit-il. Il a été encadré par des religieuses et par d’autres prêtres. Il a aussi fallu s’adapter à une autre façon de parler, à une manière différente d’avoir des interactions sociales – notamment entre les hommes et les femmes – à une culture culinaire différente.

«J’ai été très bien accueilli. S’il y avait des malentendus, je les voyais comme des occasions de m’ajuster», confie-t-il. Il indique ne pas avoir été confronté à des propos ouvertement racistes, mais parfois à certains préjugés.

«L’intégration se fait au cas par cas. Mon expérience est très bonne, mais d’autres pourraient avoir des expériences plus difficiles. Il n’y a pas de mécanismes clairs d’accueil et d’intégration», observe-t-il. Il croit que l’Église gagnerait à se tourner vers des ressources extérieures pour combler ses propres manques à ce niveau.

Surtout, il croit que l’Église qui accueille doit privilégier le relationnel avant une approche légaliste axée sur la paperasse administrative. «Il faut créer des espaces de rencontre et de discussion. C’est là que les préjugés tombent.»

Une vingtaine de prêtres étrangers et de personnes responsables de leur accompagnement ont pris part à la discussion organisée par l’AECQ. À terme, le but serait d’arriver à s’inspirer des pratiques qui ont déjà fait leurs preuves afin de faciliter l’accueil des prêtres étrangers.

 

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