Deux femmes expliquent leur démarche

Le baptême à l’âge adulte: espoir d’une vie nouvelle

Fanny Francioli étudie à l'Université Laval. Elle s'est récemment fait baptiser au sein de l'Église communautaire Mosaïque, à Québec.
Fanny Francioli étudie à l'Université Laval. Elle s'est récemment fait baptiser au sein de l'Église communautaire Mosaïque, à Québec.   (Présence/Véronique Demers)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2017-11-29 10:56 || Québec Québec

Six femmes de l’Église communautaire Mosaïque — une Église évangélique à Québec— se sont fait baptiser cet automne. Le baptême se fait à l’âge adulte, car on y prône la pleine conscience de ce choix et l’importance de démontrer publiquement sa foi.

L’église du quartier Saint-Sauveur était pleine; on pouvait ressentir l’excitation chez les amis et membres de la famille qui étaient venus assister à cet événement spécial, où les femmes, jeunes et moins jeunes, ont déclaré publiquement leur foi en Jésus. Nous avons rencontré deux nouvelles baptisées: Fanny Francioli et Christine Roussel.

Fanny Francioli, plus proche du divin

Fanny, 21 ans, est une Française originaire de la Haute-Savoie qui étudie en sciences et technologies des aliments à l’Université Laval. Elle a quitté sa terre natale à 17 ans, alors qu’elle avait besoin de changement. «Mon handicap [ndlr: paralysie faciale et paralysie du bras droit causées par une méningo-encéphalite à l’âge de 2 ans] me créait pas mal d’embûches en France. Tant qu’à avoir des défis, je préférais les choisir. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais, c’était l’inconnu. Mais en y repensant, je ne regrette rien», résume-t-elle.

«J’ai toujours eu un peu ‘la foi’, mais de loin. Quand je vivais en France, je n’étais pas vraiment en relation avec Dieu; j’allais seulement à la messe de Noël. J’ai eu aussi des cours de catéchisme, mais je trouvais que c’était du bourrage de crâne. C’était pour faire plaisir à ma mère! À cette époque, j’avais plus tendance à remettre en doute ce que j’entendais. Je n’aime pas quand on essaie de m’inculquer des idées. J’aime comprendre avant de suivre et de croire Dieu en pleine conscience.»

«J’aime comprendre avant de suivre et de croire Dieu en pleine conscience.»

«Je suis venue une fois à Mosaïque Université [ndlr: un des campus de l’Église communautaire Mosaïque), en novembre 2014. J’ai trouvé ça intéressant et concret!» Elle décrit son cheminement de foi comme un «tout» qui s’est construit au fil des lectures, discussions, enseignements et de louanges. «C'est tellement puissant et sincère», confie-t-elle, évoquant du même souffle son amour pour Jésus qu'elle admire pour son «non-jugement». «Il est présent à chaque instant et veut nous donner une vie abondante. C'est un modèle à suivre!»

Son désir de se faire baptiser a germé l’hiver dernier, alors qu’elle traversait une période difficile. «J’avais énormément de travail et je me sentais seule. Je ne savais pas non plus comment me rapprocher de Dieu. C’était tellement difficile que des fois, j’en pleurais. […] J’avais des amis non croyants et des amis croyants, et j’étais mal à l’aise avec ces derniers. C’est en me confiant à ma sœur que j’ai décidé de me faire baptiser!»

Sa sœur lui a suggéré de continuer d’aller à l’église et de se faire baptiser. «Je crois vraiment que Dieu l’a utilisée pour que je me fasse baptiser, en reconnaissance pour tout ce que Jésus a fait dans ma vie. Les membres de ma famille, tous non-croyants sauf ma mère, ont bien pris la nouvelle. Ma mère est même venue au Québec pour assister à mon baptême», souligne-t-elle.

Christine Roussel, à travers les épreuves

Mère monoparentale de deux enfants âgés de 7 et 13 ans, Christine Roussel a été élevée dans une famille chrétienne baptiste, où le baptême se déroule à l’âge adulte et non quelques mois après la naissance, comme chez les catholiques. Victime d’intimidation dans sa jeunesse, elle pensait entre autres régler la situation en faisant l’ensemble des sacrements catholiques – baptême, première communion et confirmation – à l’âge de 22 ans. «Mais c’était plus pour entrer dans le moule que pour me rapprocher de Dieu», précise la dame originaire de Métis-sur-mer, en Gaspésie.

«Je voulais être comme les autres filles du village, être acceptée. Malheureusement, ça n’a pas marché. […] Je me suis rebellée contre Dieu, de 14 ans à 38 ans. On peut dire que je suis entrée dans l’âge adulte de ma vie spirituelle cette année», dit d’entrée de jeu l’auxiliaire en santé à domicile de métier.

«Quand t’es à l’école à vocation catholique et que t’es la seule à ne pas suivre les cours de catéchèse et que les jeunes posent des questions, ça t’exclut. Et quand ta mère t’interdit d’aller à des petites soirées discos et tout, bien tu te sens carrément mise de côté. Ma famille était complètement à part. Bref, ça fait un bagage que tu traînes avec les années.»

Dans sa jeunesse, Christine a connu des périodes intenses de consommation d’alcool, de drogues. «Mes relations intimes s’enchaînaient aussi à un rythme incroyable. Mais en fin de compte, je ressentais un mal-être profond. Il y a cinq ans, j’ai vécu une dépression majeure. J’ai pensé plusieurs fois au suicide. Je ne voulais plus errer dans la noirceur. Je cherchais Dieu. Je priais; c’est tout ce que j’arrivais à faire.»

Elle affirme que pendant longtemps, elle ne faisait pas confiance à Dieu. «Quand j’ai recommencé mes études en santé, j’ai rencontré un homme dynamique et passionné qui m’a amené à voir Dieu d’une manière différente. On a décidé de se fiancer. Malgré tout ce qui s’est passé ensuite, je crois que c’est une rencontre divine, car il m’a ramené vers le chemin de la foi.»

En février 2017, on lui a diagnostiqué un cancer. Ce qui a eu une influence sur la vie de foi. «L’annonce de ce cancer du sein agressif a généré un stress intense. Au même moment, mon fiancé m’a quittée. Je me suis sentie complètement abandonnée. J’étais épuisée, seule avec mes enfants, devant un gouffre financier. Malgré tout, j’ai décidé de remettre ma vie et celle de ma famille entre les mains de Dieu. J’ai la foi qu’il va m’aider. Il donne tellement de preuves!»

«C’est comme si j’avais submergé dans le bassin d’eau mes blessures, mes problèmes psychologiques»

Christine a en effet reçu un soutien inespéré et inattendu de ses professeurs, d’infirmières et même d’une collègue de travail avec qui elle ne s’entendait pas. «Une ‘petite voix intérieure’ lui aurait demandé de m’aider. Non seulement on est devenues amies, mais c’est elle qui m’a aidée le plus! Même si les risques de récidive de cancer sont élevés, je ne veux pas me laisser abattre. Je n’ai jamais été aussi positive.»

Mais elle ne voyait pas la nécessité d’un baptême pour autant. «Je ne voyais pas l’utilité du baptême, jusqu’à ce que j’aille à un camp chrétien familial, où j’ai eu des bonnes discussions sur le sujet. Le baptême a permis de renforcer ma foi. Ça demande une humilité incroyable de parler devant un public de ses luttes, ses faiblesses, mais aussi de la grâce de Dieu. C’est comme si j’avais submergé dans le bassin d’eau mes blessures, mes problèmes psychologiques.»

Pour Christine, le baptême est un geste significatif pour montrer qu’on quitte notre ancienne vie pour renaître dans une nouvelle vie avec le Christ. «On a été lavés de nos péchés; on renaît de nos cendres grâce à Dieu. C’est comme repartir le compteur de ma vie à zéro, comme si tout le poids que je traînais depuis des années venait de s’enlever de moi. Je ressens une légèreté incroyable.»

La mère monoparentale affirme avoir une foi complète en Dieu. «Si je n’ai pas la foi, je vais mourir. J’ai le goût de vivre pour ma fille, mais aussi pour mon petit garçon qui m’adore, qui a besoin de moi.»

 

du même auteur

L'actrice Daisy Ridley dans une scène du nouvel opus de Star Wars qui prend l'affiche ces jours-ci.
2017-12-14 15:12 || Québec Québec

Ceux qui croient en Star Wars

Alain Bouchard, de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval, se penche sur les religions hyperréelles, c'est-à-dire issues d'œuvres de fiction.
2017-12-13 14:13 || Québec Québec

Religions hyperréelles: quand la fiction donne sens à la réalité

En quelques mois, le Québécois Samuel Plante est devenu un incontournable du Web chrétien francophone.
2017-12-08 11:10 || Québec Québec

Sam’Parle, le youtubeur qui parle de Jésus à la sauce québécoise

articles récents

L'évêque de Bathurst, Mgr Daniel Jodoin, photographié en 2015.
2017-12-14 13:13 || Québec Québec

«On doit être aux côtés des gens qui souffrent», dit l'évêque de Bathurst

Un prêtre examine une église détruite par Daech près de Mossoul, en Irak, en 2016.
2017-12-11 20:44 || Monde Monde

Persécutions contre les chrétiens: de mal en pis, selon un nouveau rapport

Mgr Michel Aupetit était évêque de Nanterre depuis 2014.
2017-12-08 17:32 || Monde Monde

Un nouvel archevêque pour Paris