Entrevue avec Serge Langlois

Le nouveau DG de Développement et Paix voit grand

Serge Langlois.
Serge Langlois.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-02-22 11:08 || Canada Canada

Fin janvier, Serge Langlois, 64 ans, est devenu le huitième directeur général de Développement et Paix. En poste depuis le 1er février, il entame ses nouvelles fonctions alors que l’organisme de solidarité internationale souligne son 50e anniversaire.

«Un 50e anniversaire, c'est une bonne occasion pour faire un bilan, regarder ce qui a été fait afin d’envisager l’avenir, les prochains cinquante ans», dit le nouveau directeur général. «Cinquante ans, pour certains, c'est une maturité qui est lourde à porter. Mais pour d'autres, c’est toujours une jeunesse qui, forte de ses acquis et de ses expériences, veut regarder le futur.»

Il cite le chansonnier Jean-Pierre Ferland et reconnaît volontiers que «le monde est en chamaille». «Bien sûr qu’il l’est, on le voit bien», lance-t-il.

Alors qu’il débute son travail à la tête d’un organisme qui multiplie ses interventions dans des pays en guerre ou auprès de populations qui subissent de graves injustices, cette vision d’un monde en conflit ne le décourage pas.

«On a de grands défis à relever, notamment au niveau de la justice sociale. Mais Développement et Paix doit aller plus loin, selon moi. L'égalité entre les hommes et les femmes est loin d'être atteinte», avance-t-il lors d’une entrevue menée dans les bureaux du siège social de l’organisme, boulevard René-Lévesque à Montréal.

Un organisme méconnu

Serge Langlois s’est aussi fixé un objectif personnel. Il regrette que Développement et Paix ne soit pas davantage connu du grand public. «On a un joyau au Canada, c'est Développement et Paix. Mais il est méconnu. Il mérite sa place au soleil. Plus Développement et Paix sera connu, plus les gens voudront soutenir ce que l'on fait.»

Le nouveau directeur général connaît depuis longtemps l’organisme qu’il dirige dorénavant. C’est que les bureaux montréalais de Développement et Paix étaient logés rue Sherbrooke Est durant plusieurs années. C’est là aussi qu’était le siège social de Diabète Québec, l’organisme qu’a géré Serge Langlois durant dix ans. Il connaît donc quelque peu les réalisations de l’organisme de solidarité internationale.

«J'ai pu constater, notamment en Haïti lors du tremblement de terre de 2010, combien l'organisme pouvait aller plus loin dans l’aide d’urgence qu’il apportait. Il s’assurait de soutenir des projets de développement et de solidarité sociale», se rappelle M. Langlois.

«Ça nous prend un instrument comme Développement et Paix. C'est un levier extraordinaire pour rejoindre les bonnes personnes, là où elles sont, et être certain que l’aide sera offerte de la bonne façon», ajoute-t-il.

Expérience d’Église

Les grandes lignes du curriculum vitae du nouveau directeur général ont été déposées dans le site Web de l’organisme. Il ne s’offusque pas lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’a pas indiqué quelque expérience que ce soit dans le monde ecclésial, une condition pourtant inscrite dans toutes les offres d’emploi que diffuse l’organisme.

«J’ai des valeurs personnelles et je partage les grandes valeurs de l'Église, comme la charité», dit-il avant de lancer que cela «devrait être une valeur fondamentale de tout être humain».

«Il est vrai que lorsqu’on examine mes expériences professionnelles, on constate que je n'ai pas été présent dans ce milieu-là», reconnaît-il.

«Par contre, tout le travail que j’ai réalisé ces vingt dernières années, c'est précisément pour défendre les droits de femmes et d'hommes qui vivent avec des problèmes de santé», dit l’ex-patron de Diabète Québec et l’actuel vice-président de la Fédération internationale du diabète «Ces problèmes de santé sont souvent liés à des problèmes de pertes d'emploi, à des difficultés sociales, à des situations de pauvreté, tant au niveau national qu'international.»

Financement

Le 31 mars 2017 sera une date importante pour Développement et Paix. C’est ce jour-là que se termine l’entente de financement négociée cinq ans plus tôt entre l’organisme et le gouvernement canadien. Cette entente qui ne sera plus renouvelée, avaient averti en 2012 les fonctionnaires du ministère des Affaires extérieures qui géraient les budgets de la défunte Agence canadienne de développement international, l’ACDI.

«À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire», lance Serge Langlois que l’on a informé de cette problématique au moment de son embauche. «Cela ne fait que rendre le défi encore plus excitant. Il va falloir retourner, cogner à la porte et expliquer nos besoins.»

Il faudra rappeler aux fonctionnaires que Développement et Paix est «une organisation de premier ordre, qui est prête à mener des projets de développement pour le Canada», estime-t-il. «Ce n'est pas parce que le gouvernement abandonne une forme de soutien qu'il n'y a pas d'autre manière de faire. L'important, c'est qu'on puisse continuer de travailler avec le gouvernement. À nous d'être imaginatifs», dit-il.

Membership

Une autre particularité de Développement et Paix réjouit Serge Langlois. Alors que la plupart des organismes de coopération internationale n’ont plus de membership, Développement et Paix peut compter sur un réseau de membres partout au Canada.

«Moi, j'y crois aux membres. Ce sont nos porte-parole, ce sont eux qui véhiculent le message», dit-il.

Il n’est pas convaincu que, dans le monde de la coopération internationale, l’abandon du membership soit la meilleure stratégie. «Ce n'est pas une valeur désuète, au contraire. C’est sûr que c'est lourd à porter, qu’il faut nourrir ce terreau pour qu'il soit fertile», admet-il. Mais «à Développement et Paix, c’est une véritable armée de bénévoles qui se retrouvent sur le terrain». Leur travail est essentiel pour que Développement et Paix soit davantage connu du public, répète le nouveau directeur général de Développement et Paix.

Ses projets pour les prochains mois? Le nouveau directeur général, engagé pour un mandat de cinq ans, veut découvrir toutes les facettes de ce mouvement lié à l’Église catholique. «J’ai l’intention d’aller visiter nos membres. Je leur répète depuis que je suis en poste: "Invitez-moi et j'y serai"».

«Ce n'est pas tombé dans l'oreille de sourds parce que mon agenda se remplit rapidement», glisse-t-il en jetant un regard à son bureau de travail.

«Il me faudra faire de petits sacrifices et accepter de ne plus avoir beaucoup de week-ends libres», reconnaît Serge Langlois. «Mais c’est ce qu’il faut pour bien comprendre Développement et Paix et mieux faire connaître ses réalisations.»

 

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