Après des années de pressions

Les évêques canadiens présentent des excuses officielles aux Autochtones

Des chaussures, bottes et sandales déposées dans les marches de la basilique du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, en signe de solidarité avec les peuples autochtones après la découverte de sépultures d'enfants à proximité d'anciens pensionnats.
Des chaussures, bottes et sandales déposées dans les marches de la basilique du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, en signe de solidarité avec les peuples autochtones après la découverte de sépultures d'enfants à proximité d'anciens pensionnats.   (Présence/Philippe Vaillancourt)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2021-09-24 16:10 || Canada Canada

C’était donc possible.

Après des années de pressions et de tergiversations, les évêques catholiques du Canada ont publié le 24 septembre leurs excuses les plus franches à ce jour sur la question des abus que des Autochtones ont subi aux mains de catholiques au fil du temps.

« Nous reconnaissons les graves abus qui ont été commis par certains membres de notre communauté catholique : physiques, psychologiques, émotionnels, spirituels, culturels et sexuels », dit la déclaration rendue publique vendredi après-midi.

« Nous reconnaissons également avec tristesse le traumatisme historique et continu, de même que l’héritage de souffrances et de défis qui perdure encore aujourd’hui pour les peuples autochtones », poursuit-on.

« Avec les entités catholiques qui étaient directement impliquées dans le fonctionnement des pensionnats et qui ont déjà présenté leurs propres excuses avec sincérité, nous, les évêques catholiques du Canada, nous exprimons notre profond remords et nous présentons des excuses sans équivoque », déclare-t-on.

Le nom de la Conférence des évêques catholiques du Canada n’est jamais mentionné explicitement dans cette déclaration. Le logo habituel de la conférence épiscopale a également été remplacé par une version alternative jamais vue auparavant.

Fonds et archives

Se disant « engagés dans le processus de guérison et de réconciliation », les évêques canadiens promettent de recueillir des fonds « dans chaque région du pays pour soutenir les initiatives discernées localement avec les partenaires autochtones ».

En mai 2006, les avocats des anciens élèves des pensionnats, les représentants d'Églises et d'institutions religieuses, l'Assemblée des Premières Nations et le gouvernement du Canada ont approuvé la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens. Considérée comme le plus important règlement d'un recours collectif dans l'histoire du Canada, cette convention a accordé notamment des dédommagements à tous les anciens élèves admissibles et a étudié les réclamations liées à des sévices physiques graves ou à des sévices sexuels subis dans ces pensionnats. C'est cette convention qui a mis sur pied la Commission de vérité et réconciliation (CVR) afin de faciliter la réconciliation entre les anciens élèves des pensionnats, leurs familles, leurs communautés et tous les Canadiens.

Une cinquantaine de congrégations religieuses et de diocèses catholiques canadiens se sont engagés à verser des dédommagements de  29 M $ en vertu de cette entente. Ces groupes ont aussi convenu de lancer une campagne de financement afin de recueillir, auprès de tous les catholiques du Canada, une somme de 25 M $. Cette campagne nationale a été un échec, ne récoltant que 3,7 M $. L’Église l’a abandonnée, avec la bénédiction des autorités judiciaires.

Dans leurs déclaration d'aujourd'hui, les évêques souhaitent que les peuples autochtones « cheminent » avec l’épiscopat et les catholiques vers une plus grande réconciliation. Une démarche qui passera également par l’éducation des catholiques, dont les membres du clergé et les laïcs, avancent-ils encore.

Sur la question des archives, qui a acquis une importance accrue après la découverte des derniers mois de sépultures autochtones non-identifiées à proximité d’anciens pensionnats indiens, les évêques affirment s’engager à « poursuivre le travail visant à fournir les documents ou les archives qui aideront à commémorer les personnes qui sont enterrées dans des sépultures anonymes ».

Visite du pape ? À voir

Les évêques ne se défilent pas devant les appels répétés à inviter le pape François à venir présenter des excuses aux peuples autochtones lors d’un voyage au Canada. C’est un secret de polichinelle au sein du catholicisme canadien que la question d’une éventuelle visite du pape est loin de faire l’unanimité entre les évêques, en partie en raison des énormes coûts d'une telle visite.

« Nous nous engageons à travailler avec le Saint-Siège et nos partenaires autochtones sur la possibilité d’une visite pastorale du pape au Canada dans le cadre de ce cheminement de guérison », affirme aujourd’hui l’épiscopat canadien.

La déclaration souligne qu’une délégation composée de représentants des Premières Nations, des Inuits et des Métis doit se rendre au Vatican en décembre pour y rencontrer le pape François.

« Le pape François recevra et écoutera les participants et participantes autochtones, afin de discerner comment il peut appuyer notre désir commun de renouveler les relations et de marcher ensemble sur le chemin de l’espérance dans les années à venir », écrit-on.

Pendant des années, la Conférence des évêques catholiques du Canada a refusé de présenter de telles excuses, faisant valoir notamment qu’elle n’avait pas l’autorité de le faire au nom de « l’Église catholique canadienne ». Elle avait pris l’habitude de rappeler les diverses excuses officielles faites au fil des ans par des communautés religieuses et des évêques locaux. La pression n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années, alors que les autres grandes Églises chrétiennes du Canada impliquées dans le scandale des pensionnats autochtones ont systématiquement présenté des excuses. La pression a encore augmenté d’un cran au printemps, alors que les découvertes de sépultures non-identifiées à proximité d’anciens pensionnats gérés par des communautés catholiques ont provoqué une onde de choc à travers le pays, y compris un courant d’indignation chez plusieurs catholiques.

Avec la collaboration de François Gloutnay

 

 

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