Kairos

Les évêques catholiques du Canada quittent une importante coalition œcuménique

Le vice-président de la CECC, Mgr Lionel Gendron.
Le vice-président de la CECC, Mgr Lionel Gendron.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2016-10-12 20:29 || Canada Canada

Les évêques catholiques du Canada annoncent qu'ils quittent la plus importante coalition œcuménique nationale dédiée à la justice sociale.

«Après mûre réflexion et discernement, les évêques ont décidé, lors de leur Assemblée plénière de septembre, que la Conférence des évêques catholiques du Canada mettra fin à son adhésion à Kairos», a annoncé mercredi la conférence épiscopale dans un communiqué qui reste vague sur les raisons de sa décision.

Depuis 15 ans, Kairos offre aux différentes Églises chrétiennes du Canada de poser des gestes et de parler d'une seule voix dans des dossiers de justice sociale, de désarmement et de protection de l'environnement. Onze Églises et institutions en sont membres, dont l'Église anglicane du Canada, l'Église presbytérienne au Canada et l'Église Unie du Canada. Parmi les organismes qui en font partie, on note le Comité central mennonite et le Fonds du primat pour le secours et le développement mondial (lié à l'Église anglicane). Trois institutions catholiques en sont aussi membres: la Conférence religieuse canadienne, Développement et Paix et, jusqu'à vendredi dernier, la Conférence des évêques catholiques du Canada. La CECC est un des membres fondateurs de Kairos

Les évêques estiment «que la façon dont Kairos est structuré, tout en étant parfaitement légitime, ne favorise pas le genre d'engagement œcuménique dont ils ont besoin et nécessitent. C'est donc avec regret que la CECC a mis fin à sa participation à Kairos.»

On explique que «les dirigeants des Églises membres [de Kairos] et des organismes religieux ont été informés de cette décision dans une lettre envoyée vendredi dernier, le 7 octobre 2016», par le président de la CECC, Mgr Douglas Crosby.

«La CECC ne rendra pas publique» cette lettre, a toutefois déclaré à l'agence de presse Présence le porte-parole de la conférence épiscopale, René Laprise.

En 2016, la CECC a versé une somme de 57 500 $ pour le fonctionnement et les activités de Kairos. Le budget annuel de la coalition oecuménique est de plus de 2 millions de dollars. La contribution de la conférence épiscopale représente 2,6 % du budget de Kairos, confirme le président du conseil d'administration de la coalition, le révérend Desmond Jagger-Parsons. En 2015, la CECC avait versé 115 000 $. Malgré son départ, elle honorera tout de même sa part de 28 750 $ en 2017.

La décision de quitter Kairos a été prise lors de l'assemblée plénière de la CECC tenue à Cornwall du 26 au 30 septembre. Les discussions ont toutefois eu lieu en privé alors que les dirigeants d'autres Églises chrétiennes, toujours présents aux premières heures de la rencontre annuelle des évêques, avaient quitté la salle, tout comme les représentants des médias.

Les raisons du départ

La décision de la CECC de se retirer de Kairos ne devrait «pas être une surprise, ni pour Kairos, ni pour nos partenaires oecuméniques», dit Mgr Lionel Gendron, vice-président de la conférence épiscopale. Il explique que le débat sur la participation ou non de la CECC à Kairos n'est pas récent. «Cela fait cinq ans que je suis au Bureau de direction de la CÉCC et, année après année, cette discussion revient, pour différentes raisons.»

Ces raisons, elles sont «expliquées dans la lettre» qui a été remise vendredi à tous les membres de Kairos, dont les dirigeants des Églises anglicane, unie et presbytérienne du Canada et ceux d'institutions religieuses comme le Comité central mennonite. Cette lettre, qui n'a pas été rendue publique - «on laisse à nos partenaire le soin de vous la remettre», dit Mgr Gendron -, exprime les motifs qui motivent le départ de la conférence épiscopale d'un organisme qu'elle a contribué à fonder il y a 15 ans.

«La décision de se retirer n'a pas été prise de gaieté de coeur», mais le fonctionnement même de la coalition oecuménique suscitait «quelques irritants qui semblaient incompatibles avec ce que nous sommes». Le vice-président de la CECC mentionne par exemple que le logo de la CECC se trouvait constamment sur les lettres de Kairos, «comme si nous étions signataires de toutes les positions de l'organisme».

Mais le principal irritant est lié au mécanisme de prise des décisions au sein de la coalition.

«Habituellement, dans les dialogues oecuméniques, on observe une formule de consensus», dit Mgr Gendron, rappelant qu'au Conseil canadien des Église, un organisme oecuménique dont est membre la CECC, les décisions sont prises au terme d'un processus de consultation de chacune des Églises.

«Avant d'avoir une position, avant de s'entendre sur une lettre commune, on prend le temps d'en discuter. Dans le milieu oecuménique, cela devrait toujours être comme cela», ajoute-t-il. Mais chez Kairos, on «fait davantage de l'advocacy, on travaille pour des causes. Et quand tu défends une cause, il faut agit rapidement». Le problème, dit Mgr Gendron, «c'est que nos structures, elles, demandent du temps».

Des réactions

Les réactions n'ont pas tardé lorsque la nouvelle du retrait des évêques catholiques de la coalition œcuménique a été connue publiquement.

«Nous avons une longue histoire de collaboration avec la CECC. On accepte cette décision, mais avec regret», dit le révérend Desmond Jagger-Parsons, président du conseil d'administration de Kairos. «Notre relation change, mais notre amitié demeure», ajoute-t-il tout en soulignant que «les catholiques canadiens seront encore très présents au sein de Kairos, grâce à Développement et Paix et aux 70 congrégations religieuses qui sont regroupées par la Conférence religieuse canadienne».

Le révérend Jagger-Parsons, délégué au sein du conseil d'administration de Kairos par l'Église Unie du Canada, sait que les évêques canadiens questionnent les méthodes de décision de la coalition. Il rappelle que Kairos est né du regroupement de plusieurs groupes oecuméniques liés à diverses questions comme le désarmement, le sort des réfugiés, la justice économique, la situation des femmes, le développement international et les relations avec les peuples autochtones.

«Je peux comprendre que la CECC soit plus confortable avec les processus du Conseil canadien des Églises. Mais nous ne sommes pas d'abord un lieu où l'on entreprend un dialogue oecuménique. Notre travail est bien différent», rappelle-t-il.

Erik Mathiesen, directeur financier de l'Église Unie du Canada, dit aussi accepter «avec regret» cette décision.

«Il faut saluer la longue histoire de collaboration entre la CECC et les coalitions œcuméniques ainsi que, depuis 2001, avec Kairos.» Mais pas question toutefois pour son Église, la plus importante Église protestante du Canada, de quitter les rangs de la coalition. «L'Église Unie du Canada demeure entièrement engagée auprès de Kairos», a-t-il déclaré à l'agence de presse Présence.

La Conférence religieuse canadienne qui regroupe les supérieurs des congrégations religieuses masculines et féminines du Canada, s'est aussi exprimée sur la décision des évêques. L’organisme est «représenté, au conseil d’administration de Kairos par deux membres, deux congrégations», explique Jean-Michel Bigou, coordonnateur aux communications. «La CRC est actuellement en train de consulter ses membres sur sa participation à Kairos», ajoute-t-il. La CRC - tout comme la CECC - est un membre fondateur de Kairos.

De son côté, Développement et Paix a préféré ne pas réagir à la décision des évêques. «Nous n'avons pas de commentaires sur la décision de la CECC», a déclaré Ryan Worms, directeur adjoint au Service des programmes au Canada de l'organisme de coopération internationale fondé par les évêques catholiques en 1967. La décision épiscopale n'affectera toutefois pas la participation de son organisme aux activités et prises de position de la coalition œcuménique, assure son porte-parole. «Développement et Paix est et reste membre de Kairos.»

La CECC est aussi membre du Conseil canadien des Églises, une des plus importantes organisations œcuméniques au monde. Vingt-cinq Églises et confessions en font partie - dont la CECC.

«Le CCÉ ne peut pas commenter les relations entre un de ses membres et une autre organisation œcuménique», explique Jesse Hair, responsable des communications. «La CECC a été et est toujours voix vitale parmi les confessions sœurs du Conseil canadien des Églises», explique-t-il, ajoutant que «Kairos a été et est toujours l'expression vitale de l'engagement des Églises qui en sont membres envers la justice et l'équité».

La réaction la plus cinglante est toutefois venue d'un ancien dirigeant de Kairos. «La décision de la CECC de quitter KAIROS est une manifestation du manque de grâce œcuménique chez le leadership ecclésial d’aujourd’hui», a déclaré Joe Gunn, le tout premier vice-président de la coalition œcuménique. En 2001, lors de la fondation de cette coalition œcuménique, il travaillait auprès de la CECC. Aujourd'hui directeur général du réseau Citizens for Public Justice, Joe Gunn a été, durant onze années et jusqu’en 2005, directeur du Bureau des affaires sociales de la CECC.

 

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