Voyage du pape les 28 et 29 avril

Les messages de François en Égypte, selon un expert du dialogue islamo-chrétien

Le jésuite égyptien Samir Khalil Samir, photographié à Montréal, le dimanche 23 avril 2017.
Le jésuite égyptien Samir Khalil Samir, photographié à Montréal, le dimanche 23 avril 2017.   (Présence/François Gloutnay)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2017-04-25 16:56 || Monde Monde

Le jésuite égyptien Samir Khalil Samir estime que le voyage du pape dans son pays, les 28 et 29 avril, sera risqué mais fort important pour les relations entre chrétiens et musulmans.

Professeur à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, au Liban, ainsi qu’à l'Institut pontifical oriental de Rome, le père Samir, 79 ans, a accepté de commenter les attentats à la bombe commis contre deux églises coptes le dimanche 9 avril, trois semaines avant le voyage papal.

«Tout cela est programmé par le mouvement fondamentaliste islamique», répond le spécialiste du dialogue islamo-chrétien qui était de passage à Montréal ces derniers jours.

Il désigne «le wahhabisme, l'idéologie dominante qui se répand dans une dizaine de pays musulmans grâce au financement de l'Arabie saoudite et du Qatar». Il déplore l’intervention de ces deux pays auprès des politiciens «afin d'imposer cette vision de l'islam radical».

Dans cette idéologie, «tout chrétien et tout juif sont considérés comme des gens qu'on peut tolérer à condition qu'ils soient soumis et qu'ils paient un impôt en tant que non musulmans», déplore le père jésuite.

«Mais attaquer une église durant la prière, c'est trop facile», soupire-t-il. «Ce qu'il y a de plus honteux, c'est qu'on attaque des gens sans défense et qu'on le fait au moment même où ils se soumettent à Dieu et qu'ils redisent, dans leurs prières, leur idéal de fraternité.»

Le but des attaques perpétrées le dimanche des Rameaux était-il de lancer un avertissement au pape François, lui qui planifie un voyage en Égypte depuis plusieurs mois? «Je ne le crois pas», soutient le jésuite. On voulait certainement faire un geste d’éclat, sachant que davantage de chrétiens participent aux célébrations pascales. «Plus on fera de victimes, plus on aura vaincu», suppose-t-il.

Au lendemain des attentats, les autorités vaticanes ont toutefois affirmé que le pape maintenait son voyage en Égypte. «Je trouve que c'est très positif de sa part», dit-il même s'il reconnaît que ce sera un voyage risqué. «La décision du pape est un acte de confiance envers le président [Abdel Fattah] al-Sissi qui saura le protéger.»

Un voyage, trois messages

L'expert voit, dans ce voyage papal de deux jours, trois grands messages.

Pour les chrétiens, «ce sera l’occasion d’affirmer que nous sommes frères de tout le monde, que tout être humain est notre frère, fut-il un ennemi acharné. Que les musulmans sont nos frères.»

Il voit aussi ce séjour en Égypte comme un «soutien à l’Église copte». Il souligne combien le pape Tawadros II, le patriarche des coptes orthodoxes, est «un homme très ouvert, un homme de dialogue». En lui rendant visite, le pape «veut renforcer les liens œcuméniques entre catholiques et orthodoxes».

Enfin, il espère que la rencontre avec le recteur de l'université al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, «ne restera pas au niveau des intentions et des paroles aimables», que ce ne soit pas qu’un exercice de diplomatie.

«Ce que demandent la majorité des musulmans eux-mêmes, c’est qu’al-Azhar, avec son autorité, puisse dire clairement que l’islam ne peut pas admettre la violence pour quelque motif que ce soit», dit-il.

«Pas même pour défendre l’honneur de Dieu, car Dieu n’a pas besoin de nous, de notre violence en tout cas, pour le défendre», dit le père Samir Khalil Samir.

 

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