Experte lors du synode sur l'Amazonie

Les réactions de Josianne Gauthier à l'exhortation Querida Amazonia

La Montréalaise Josianne Gauthier a participé, à titre d'experte, au synode sur l'Amazonie
La Montréalaise Josianne Gauthier a participé, à titre d'experte, au synode sur l'Amazonie   (Courtoisie/Marta Isabel González/CIDSE)
François Gloutnay | Journaliste
Journaliste
2020-02-13 11:11 || Vatican Vatican

La Montréalaise Josianne Gauthier a participé, en octobre 2019, au Synode des évêques sur l'Amazonie.

Actuelle secrétaire générale de l'organisme CIDSE (Coopération internationale pour le développement et la solidarité), elle faisait partie du petit groupe d'experts internationaux qui ont été invités par le pape François à accompagner les évêques durant leurs délibérations.

Josianne Gauthier, qui habite à Bruxelles, en Belgique, s'est empressée de lire l'exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia dès sa parution.

Quelles sont vos premières impressions?

Le monde attendait beaucoup de cette exhortation. On était impatients de lire ce que le pape François allait proposer de nouveau parce que le document final du synode était déjà bien détaillé et contenait un grand nombre de recommandations.

Dès les premières lignes de l'exhortation, le pape François prévient qu'il ne va pas répéter tout ce que contient le document final. «Lisez-le», écrit le pape. À mon avis, cela veut dire que tout ce qui a été discuté, suggéré et recommandé lors du synode demeure valide. C'est de la matière, une feuille de route, de quoi travailler.

Dans Querida Amazonia, le pape nous entraîne plutôt dans une autre dimension, plus poétique, plus personnelle et plus spirituelle.

On peut y chercher des indications sur l'avenir de l'Église. De ce côté, le pape se fait plus discret. Il répète qu'il faut relire le document final du synode sur l'Amazonie.

L'exhortation ramène plutôt l'attention sur les peuples autochtones, sur leurs droits, sur les violences auxquelles ils font face. Le texte discute aussi de nos propres responsabilités devant cette situation.

Au-delà des questions internes à l'Église, le pape attire notre attention sur le sort de ces populations ainsi que sur celui de notre planète qui est aussi en danger.

Lors du synode, vous avez dit espérer que l'institution adopte «un langage plus ouvert, juste, serein et clair vis-à-vis des droits des femmes, de leur contribution et de leur rôle dans l’Église». L'exhortation a-t-elle répondu à cette attente?

Le pape François prend la peine de souligner, une nouvelle fois, que sans les femmes, l'Église s'écroulerait. Il redonne de la valeur au travail des femmes, il les reconnaît comme partie prenante de l'Église. C'est la même émotion ressentie durant le synode lorsque l'on a discuté d'une reconnaissance de la valeur des femmes, qui ont, depuis toujours, travaillé dans l'ombre. Dans son texte, le pape remercie les femmes.

Il reconnaît aussi que les femmes doivent participer à la prise de décisions à l'intérieur de leur communauté. Mais il ne parle pas de ministères particuliers. Par contre, il mentionne partout l'importance des laïcs. Et il pose des questions à l'Église toute entière. Au-delà du sacerdoce, peut-on s'entendre sur le fait que les laïcs sont appelés à de plus grands rôles dans l'Église? Qu'est-ce qui est réservé aux seuls prêtres? Et qu'est-ce qui pourrait être porté par les laïcs? Pour le pape François, l'Église, c'est beaucoup plus que les clercs.

C'est le même message qu'il avait lancé durant le synode. Cessez de vous attarder aux fonctions cléricales, avait-il dit. L'Église ne se résume pas à cela.

Je reçois cette exhortation comme une invitation à prendre toute la place qui me revient, parce que je suis reconnue comme une laïque.

Dans le document final du synode, on a mentionné la possibilité d'ordonner des hommes mariés. Cette recommandation n'est pas discutée dans Querida Amazonia. C'est un recul?

Il est vrai que cette proposition du synode n'est pas répétée ou n'est pas reprise dans l'exhortation apostolique. Mais de nouveau, voici comment j'interprète les premières phrases du texte du pape: «Allez lire toutes les bonnes recommandations du synode. Il n'y a rien dans ce qui a été dit que je renie.»

Le pape demande aux évêques d'Amazonie de trouver les solutions qui conviennent à la situation de l'Église de cette région. Par ailleurs, ce n'est pas qu'en ordonnant des hommes mariés qu'on va résoudre la question du manque de prêtres. L'Église a besoin d'une stratégie à plusieurs volets. Je ne vois rien dans cette exhortation qui renie les recommandations lues dans le document du synode. Un silence, oui, mais pas un reniement.

La discussion portait sur une région du monde, l'Amazonie, alors que l'exhortation s'adresse, elle, à toute la planète. Le pape ne veut pas imposer au monde entier des solutions qui ont été réfléchies et débattues dans un contexte régional. À chaque région de réfléchir à ses propres solutions.

Lors du synode, à Rome, vous avez rencontré les membres de plusieurs groupes et associations d'Amazonie et d'Amérique latine qui mettaient beaucoup d'espoir dans cette rencontre. Comment ont-ils réagi au texte du pape François?

La réaction est mitigée. Certains espéraient un document plus fort. Mais tous reconnaissent la beauté du texte, sa force poétique.

C'est un document très accessible, qui peut être étudié en paroisse et qui n'est pas hautement technique. On y trouve des images très puissantes sur la culture autochtone, sur la violence du système économique, sur notre propre rôle des colonisateurs.

Querida Amazonia offre un appui aux peuples d'Amérique latine. L'exhortation leur dit que l'Église est de leur côté.

***

 

 

du même auteur

Le culte de l'Église des Nations Unies pour Christ-Jésus, située rue Briand, dans le Sud-Ouest de Montréal, a été arrêté par les policiers le dimanche 29 novembre.
2020-12-02 09:28 || Québec Québec

Des policiers interrompent un service religieux de 13 personnes

L’avocat Alain Arsenault, qui défend plusieurs victimes de prêtres et de religieux, n’hésite pas à dire combien il est impressionné par l’ampleur et le contenu du rapport que la juge à la retraite Pepita G. Capriolo a rédigé à la demande de l'archevêque de Montréal sur les nombreuses défaillances de
2020-12-01 11:55 || Québec Québec

«On vient d'établir la nouvelle norme», dit l'avocat Alain Arsenault

Incapable de résoudre les problèmes de son diocèse et de relever les défis qui s'y sont présentés depuis son arrivée il y a deux ans, Mgr Robert Bourgon, l'évêque de Hearst-Moosonee, a offert au pape François de démissionner de son poste.
2020-11-30 15:36 || Canada Canada

Démission de l'évêque de Hearst-Moosonee

articles récents

Le culte de l'Église des Nations Unies pour Christ-Jésus, située rue Briand, dans le Sud-Ouest de Montréal, a été arrêté par les policiers le dimanche 29 novembre.
2020-12-02 09:28 || Québec Québec

Des policiers interrompent un service religieux de 13 personnes

Incapable de résoudre les problèmes de son diocèse et de relever les défis qui s'y sont présentés depuis son arrivée il y a deux ans, Mgr Robert Bourgon, l'évêque de Hearst-Moosonee, a offert au pape François de démissionner de son poste.
2020-11-30 15:36 || Canada Canada

Démission de l'évêque de Hearst-Moosonee

Le chancelier de l'archidiocèse de Montréal, Mgr François Sarrazin, dont le nom est mentionné plusieurs fois dans le rapport Capriolo, a remis sa démission le 19 novembre 2020 pour des raisons de santé.
2020-11-30 11:32 || Québec Québec

Figure-clé du rapport Capriolo, le chancelier démissionne pour «des raisons de santé»