Ordination épiscopale

Martin Laliberté, nouvel évêque «en mission» à Québec

  • Martin Laliberté (gauche) agira comme évêque auxiliaire auprès du cardinal Gérald Lacroix (droite), archevêque de Québec.
  • Plusieurs membres de la famille de Martin Laliberté, dont ses parents, étaient assis derrière lui au début de la célébration.
  • L'une des étapes de l'ordination épiscopale, alors que l'Évangéliaire est tenu au-dessus de la tête de Martin Laliberté.
  • D'un ton enjoué, Martin Laliberté a procédé à quelques remerciements à la fin de la célébration.
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2019-12-29 22:45 || Québec Québec

«Vous allez peut-être me trouver un peu trop proche», a badiné Martin Laliberté à l'attention de sa famille dans une allocution prononcée à la fin de son ordination épiscopale. Celui dont le ministère pastoral avait jusqu’ici été marqué par ses engagements missionnaires a été ordonné en tant qu’évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Québec le dimanche 29 décembre 2019 à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.

La cathédrale était presque pleine à l’occasion de cette célébration qui a duré plus de 2 h 30 et qui a été teintée par la fête liturgique de la Sainte Famille, qui était soulignée le même jour. Le chœur et plusieurs des premiers bancs de la nef étaient occupés par quelque 35 évêques, une centaine de prêtres et une cinquantaine de diacres.

Mgr Laliberté a remercié sa famille, mais aussi la Société des Missions-Étrangères, dont il était le supérieur au moment de sa nomination il y a quelques semaines, et les nombreuses et diverses communautés côtoyées au fil des décennies.

Il a déclenché l’hilarité générale lorsqu’il s’est repris après avoir dit qu’il faut «tout un village pour faire un enfant». «Le faire… non. Mais l’élever», a-t-il corrigé, avant de rire de bon cœur, ajoutant du même souffle qu’il n’est peut-être pas biologiste mais qu’il en sait «un peu». Reflet de son aisance à s’exprimer en public, il a poursuivi comme si de rien n’était, se permettant même des salutations en portugais à des amis du Brésil, où il a été missionnaire.

«J’ai grandi dans une famille unie, croyante et engagée», a enchaîné Mgr Laliberté. Regardant ses parents, il a convenu que «ça n’a pas toujours été facile pour vous de vivre l’éloignement». «Peut-être que maintenant vous allez me trouver un peu trop proche.»

«Quand je suis né, vous m’avez confié au Seigneur. Voyez ce que ça a donné», a-t-il lancé, tout sourire.

Mgr Laliberté a souligné que ce jour même marquait le 40e anniversaire de décès de sa grand-mère. Mais que c’est également un 29 juin qu’il est devenu diacre, un 29 octobre qu’il est devenu prêtre, puis un 29 décembre qu’il devenait évêque.

«Alors n’ayez pas peur de me demander n’importe quoi un 29: je dis oui!»

Il a terminé en demandant aux gens de prier pour lui dans cette «nouvelle mission».

Plus tôt dans la célébration, le cardinal Gérald Lacroix avait comparé l’accueil «du Christ dans sa vie» à la situation des migrants. Sans minimiser leurs épreuves, il a indiqué que leurs démarches «nous forcent nous-mêmes à migrer vers de nouvelles valeurs».

«Revêtir le Christ, c’est quitter notre vieil homme pour devenir des êtres de lumière, le sel de la terre», a-t-il déclaré. «Nous n’avons pas à nous défiler du monde, mais bien à participer à sa transformation selon le plan d’amour que Dieu a prévu pour le sauver. Accueillir le Christ signifie donc de migrer, de se mettre en route vers les quatre coins du monde pour annoncer la Bonne Nouvelle qui donne vie.»

S’adressant plus particulièrement à son nouvel évêque auxiliaire, il a présenté le diocèse de Québec comme un «nouveau chantier de mission» pour Martin Laliberté.

«Ce n’est pas une terre lointaine, mais les gens qui l’habitent ont faim et soif d’une Bonne Nouvelle qui donne sens à leur vie. Comme une terre en jachère, leur cœur a besoin d’être réensemencé et cultivé pour que le Royaume de Dieu y donne son fruit», a imagé le cardinal.

«Martin, a-t-il poursuivi, tu nous aideras certainement à relever ce défi que nous lance l’esprit de Jésus sans jamais nous laisser tomber. Notre Église a besoin de migrer hors de ses certitudes absolues et de ses zones de confort et suivre l’Esprit de Dieu là où il nous conduit. Comme toute migration, le trajet n’est jamais reposant. Mais lorsque brille à l’horizon une terre nouvelle, où règnent l’amour, la justice et la paix, cela vaut bien le voyage.»

Plusieurs proches de Mgr Laliberté ont participé activement à la célébration. Son frère Daniel, qui est professeur de théologie au Luxembourg, proclamait la première lecture. Des neveux et une nièce apportaient l’anneau, la mitre et la crosse. D'autres encore ont pris part au psaume ou à la procession des offrandes.

Le cardinal Lacroix, qui agissait comme consécrateur, assisté des deux co-consécrateurs qu’étaient René Guay, évêque de Chicoutimi, et Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, a versé une généreuse quantité d’huile sur la tête de Martin Laliberté, comme il a pris l’habitude de le faire. Après la remise des insignes épiscopaux, les deux hommes se sont fait une chaleureuse accolade sous les applaudissements de l’assemblée.

Le cardinal Lacroix n’a pas caché sa satisfaction de voir le pape lui donner un nouvel évêque auxiliaire. Cette nomination ne pouvait mieux tomber, puisque l’archevêque de Québec s’apprête à se retirer temporairement de la vie publique, alors qu’il doit subir une chirurgie bariatrique en janvier.

Après le chant de sortie, En ce pays, de Robert Lebel, la famille Laliberté est longuement restée à l’avant de la nef pour saluer les fidèles, dont plusieurs lusophones qui n'avaient soudainement plus besoin d'être au Brésil pour serrer la pince du missionnaire.

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