Conférence du nonce apostolique à l'Université Laval

Pour une diplomatie du «dialogue» et de la «miséricorde»

Le nonce apostolique au Canada, Mgr Luigi Bonazzi, et l'ancienne ambassadrice du Canada près le Saint-Siège, Anne Leahy, étaient invités à l'Université Laval le 14 novembre 2017.
Le nonce apostolique au Canada, Mgr Luigi Bonazzi, et l'ancienne ambassadrice du Canada près le Saint-Siège, Anne Leahy, étaient invités à l'Université Laval le 14 novembre 2017.   (Présence/Véronique Demers)
Véronique Demers | Journaliste
Journaliste
2017-11-15 13:22 || Canada Canada

«Le diplomate d’aujourd’hui est appelé à être un artisan de la paix, dans un dialogue sincère. La sincérité est indissociable de la diplomatie», a déclaré Mgr Luigi Bonazzi le 14 novembre à l’Université Laval lors d’une conférence intitulée La diplomatie vaticane: le jeu d’un petit État dans le monde des grands.

Mgr Bonazzi et Anne Leahy, ambassadrice du Canada près du Saint-Siège de 2008 à 2012, ont été invités par les Hautes études internationales, en collaboration avec la Faculté de théologie et de sciences religieuses. Une première qui entraînera dans son sillage d’autres rencontres de la sorte.

Le nonce apostolique au Canada a souligné que les conflits d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec le «choc des civilisations» et le nouvel ordre mondial, mais sont liés au maintien du pouvoir par la force.

«La paix et la sécurité entre les nations sont primordiales. Mais la diplomatie est beaucoup plus large que cela», a renchéri Anne Leahy, professeure en sciences religieuses à l’Université McGill. «Elle englobe les droits des migrants et d’autres enjeux sociaux. Le pape François voit d’un mauvais œil les prises de position politiques de groupes religieux catholiques et évangéliques; il y a une résurgence de la droite qui instrumentalise l’Église catholique.»

Une diplomatie sur fond de tensions

Nommé en poste au Canada en décembre 2013, Mgr Bonazzi a occupé plusieurs postes auparavant, dont ceux de nonce à Cuba et au Venezuela.

Le représentant du pape François a reçu récemment le témoignage de son homologue au Venezuela. «Celui-ci m’a partagé, selon une enquête qu’il a réalisée, que le problème le plus criant n’est pas le manque de nourriture, de médicaments ou autre, mais un fort sentiment d’abandon», a-t-il dit. Le Saint-Siège tente ainsi de déployer toutes ses ressources humaines pour apporter réconfort et consolation dans les pays où il entretient des relations diplomatiques, en plus de jouer, lorsque nécessaire, un rôle de médiation, assure-t-il.

Les représentants de la conférence épiscopale congolaise ont accepté de jouer un rôle de médiation en République démocratique du Congo (RDC). Le nonce Bonazzi a reconnu toutefois que les médiateurs en question ne sont pas arrivés à des résultats concluants. «On ne pouvait continuer le dialogue dans ces conditions. Il y a eu un retrait, mais pas un abandon. Les élections auront lieu en décembre 2018», a-t-il résumé. Le nonce en RDC, Mgr Luis Mariano Montemayor, a effectivement rappelé en septembre que les élections sont la condition sine qua non à la venue du pape.

Rappelons que le mandat du président congolais, Joseph Kabila, est expiré depuis le 19 décembre 2016. Depuis ce temps, les élections sont retardées et l’opposition l’accuse d’en être le principal responsable. Ce report augmente la tension et la colère dans le pays, alors que les violences des groupes armés se poursuivent au Kasaï et dans le Kivu.

«C’est assez compliqué, admet Mme Leahy. On est conscients du danger. Aussi, le pape François a institué récemment une Journée de prière pour le Congo; ça permet d’exposer [la situation] un peu partout dans le monde.»

Pas de visite prévue en Saskatchewan

Questionné par Présence quant à une éventuelle visite du pape en Saskatchewan auprès des évêques et des peuples des Premières Nations, Mgr Bonazzi a répondu laconiquement que le Saint-Siège «est en attente du moment propice». 

«On a accueilli les invitations du premier ministre [Justin Trudeau] et des ministres provinciaux avec estime et considération. À la fin du mois, le Saint-Père sera au Myanmar et au Bangladesh, où il n’y a pas de prospérité. Il a le désir de réparer les blessures du passé, d’apporter la guérison et de répondre aux besoins des jeunes et moins jeunes», a-t-il poursuivi, sans préciser davantage. 

Désarmement nucléaire

Outre les visites et les interventions de médiation, Mgr Bonazzi a mentionné que les bonnes relations internationales ne peuvent être dominées par la force militaire. «Aucune nation ne mérite ça. Le pape François aime pratiquer une diplomatie désarmée; [la communication non-violente] vient désactiver la violence armée.»

Une Convention a été approuvée en juillet dernier, à l’ONU, pour interdire la production d’armes nucléaires. «Cette convention a été signée par 122 pays. Les armes ne sont pas le chemin à emprunter pour résoudre un conflit. Le pape François veut rappeler que la guerre mène à la mort et à la destruction. Il incite les nations riches à s’unir aux nations faibles et à investir dans la santé et l’éducation au lieu de l’industrie des armements», a-t-il ajouté.

Dialogue pacifique

D’une manière plus générale, le nonce apostolique au Canada a rappelé que la diplomatie pontificale est au service de l’humanité pour former une famille unie. «L’Église n’existe pas pour se promouvoir elle-même, mais pour collaborer avec les croyants et réaliser l’aspiration de son fondateur: Jésus. Il faut placer l’homme sous les lunettes de la miséricorde, qui est une confiance inébranlable en l’autre. On doit toujours le considérer comme un allié et jamais comme un adversaire.»

À la base de la miséricorde, il y a la culture du dialogue. Et ce dialogue accompagne le processus de paix. Il requiert une disponibilité, parfois un sacrifice pour que ça se produise. Mgr Bonazzi a cité la rencontre du pape François avec le patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou, le 12 février 2016, à la Havane (Cuba), ce qui a entraîné des avancées importantes dans le dialogue catholique-orthodoxe.

 

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