Réformes, miséricorde, écologie

Que retenir de l'année 2015 du pape François?

Le pape François lors de l'audience générale du 30 décembre 2015.
Le pape François lors de l'audience générale du 30 décembre 2015.   (CNS photo/Max Rossi, Reuters)
2016-01-02 12:03 || Monde Monde

Que ce soit au Vatican ou dans l’un des cinq continents visités au cours de l’année 2015, le pape François a poursuivi sa lancée, incarnant en paroles et en actes un nouveau style d’évangélisation empreint de simplicité et d’écoute, et centré sur la miséricorde.

Le 8 décembre, Francois célébrait le 1000e jour de son pontificat. Ce jour-là, il a ouvert de manière solennelle la Porte sainte de la Basilique Saint-Pierre, inaugurant ainsi le Jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Au cours de cette Année sainte, les catholiques seront appelés à «découvrir la profondeur de la miséricorde du Père qui nous accueille tous et va à la rencontre de chacun personnellement».

La miséricorde

François a décidé de placer son pontificat sous la signe de la tendresse et de la miséricorde, n’hésitant pas à prendre des risques calculés pour faire la promotion de ce message. C’est dans cette optique qu’il a décidé de donner le coup d’envoi du Jubilé de la miséricorde non pas dans le confort du Vatican mais plutôt en plein cœur de l’Afrique subsaharienne. C’est en effet à Bangui, la capitale de la République centrafricaine, un pays gangrené par une décennie de guerre civile, que François a ouvert la toute première Porte sainte (29 novembre) — et ce, une dizaine de jours avant l’inauguration officielle du Jubilé, le 8 décembre. Dans l’avion le conduisant en Afrique, le pape aurait dit au pilote que si des enjeux de sécurité devaient l’empêcher d’atterrir à Bangui, il était prêt à «sauter en parachute» pour s’y rendre.

En 2015, trois enjeux ont été au cœur des préoccupations du pape Francois et d’un grand nombre de leaders catholiques : la miséricorde, l’environnement mais aussi la famille.

En abordant ces questions, le pape s’est refusé d’adopter une posture purement théorique. Il a voulu plonger dans les réalités concrètes du monde, au risque de s’embourber dans une myriade des débats parfois interminables. En bon jésuite, il n’a pas eu peur de se frotter à des questions casuistiques comme celles-ci: dans quelles situations la justice et la vérité empêchent-elles de pardonner et de faire preuve de miséricorde? Jusqu’où l’Église doit-elle aller pour reconnaître et accueillir les familles n’incarnant pas dans sa plénitude les positions magistérielles catholiques? Les changements climatiques sont-ils un fait scientifique avéré? Sont-ils aussi inquiétants que ce qu’en disent les experts?

Le débat et le dialogue

Francois a maintes fois répété qu’il n’était pas opposé aux discussions franches et aux débats musclés, y voyant des indices d’une Église vigoureuse et en santé. Ce qui ne l’empêchait pas de jouer, çà et là, le rôle du préfet de discipline, lorsqu’il jugeait que certaines paroles dépassaient les bornes de l’acceptable. Lors du Synode sur la famille, en octobre dernier, il a mis en garde les évêques et cardinaux contre «l’herméneutique de la conspiration», c’est-à-dire cette attitude consistant à se réfugier derrière la doctrine de l’Église pour «lancer des pierres» à autrui.

Le pape et le synode ont maintes fois rappelé l’idéal familial voulu par Dieu, c’est-à-dire l’union d’un homme et d’une femme, unis pour la vie et souhaitant avoir des enfants. À l’issue du Synode sur la famille, le pape s’est bien gardé de «diaboliser» qui que ce soit, ni d’aller jusqu’à dire que tous les modèles familiaux sont également valables. Là comme ailleurs, François a cependant réitéré sa confiance pleine et entière envers «la bonté et la miséricorde de Dieu qui surpasse nos calculs humains et qui ne désire rien d’autre que ‘tous les hommes soient sauvés’».

Globetrotter malgré lui

Le pape Francois, qui vient tout juste de célébrer son 79e anniversaire, affirmait au début de son pontificat qu’il n’était pas un globetrotter et qu’il n’aimait pas particulièrement voyager. Plutôt casanier, il passe toutes ses vacances estivales entre les murs du Vatican, contrairement à ses prédécesseurs qui aimaient bien se refaire une santé dans la verte campagne de Castel Gandolfo.

En 2015, il a plutôt ajouté 80 000 kilomètres au compteur des avions du Vatican, visitant coup sur coup le Sri Lanka et les Philippines (en janvier), puis la Bosnie-Herzégovine (en juin), l’Équateur, la Bolivie et le Paraguay (en juillet), Cuba et les États-Unis (en septembre) et le Kenya, l’Ouganda et la République centrafricaine (en novembre).

Dans chacun de ses voyages, François s’assurait de visiter des prisons, des hôpitaux, des soupes populaires et toutes sortes d’autres institutions incarnant la charité et la miséricorde chrétiennes. Il a aussi pris la parole dans les hauts lieux du pouvoir politique, des Nations Unies à la Maison-Blanche, en passant par le Congrès. Il fut d’ailleurs le tout premier pape de l’histoire à s’adresser à la fois aux membres du Sénat et aux membres de la Chambre des représentants des États-Unis.

Que ce soit sous les pluies torrentielles de l’Asie du Sud-Est, aux Philippines, ou dans les chaleurs torrides des Antilles, à Cuba, François n’a pas manqué de rappeler aux dirigeants de la planète d’être d’abord et avant tout à l’écoute des besoins du peuple et de défendre les droits des gens ordinaires. Il a aussi exhorté les catholiques à être attentifs à la détresse d’autrui et à faire preuve de compassion et d’amour à l’égard des pauvres et des exclus.

Laudato si’ et l’écologie intégrale

Le document-phare de l’année 2015 est son encyclique Laudato si’. Publiée en juin et attendue de longue date, cette toute première encyclique de François a débordé du cadre uniquement ecclésial.

Le point de départ de cette encyclique est certes de reconnaître l’urgence d’agir en matière de lutte à la pollution (de l’eau, de l’air, des sols) et de lutte aux changements climatiques. Fidèle à la doctrine sociale de l’Église, Laudato si’ adopte une perspective plus large et fait la promotion d’une écologie intégrale dans laquelle les êtres humains — et particulièrement les pauvres — occupent une place de choix. Tous, dit-il, doivent se soucier du bien-être de la nature, tous doivent faire preuve de révérence à l’égard de la création divine. Quiconque manque de respect à l’égard de la création manque aussi de respect à l’égard de Dieu, créateur de toutes choses ici-bas.

«La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir», affirme le pape dans Laudato si’.

Que ce soit devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, dans les bureaux de l’ONU, à Nairobi, ou sur diverses tribunes du Vatican, le pape a exhorté les leaders mondiaux appelés à participer à la Conférence de Paris sur les changements climatiques à se soucier d’abord et avant tout des besoins de la Terre et de ses habitants— particulièrement ceux des pauvres. Il les a aussi exhortés à penser à l’avenir de la planète et à celui des générations futures appelées à l’habiter. Ces besoins-là, dit-il, doivent avoir préséance sur les calculs politiques et les espoirs de gains financiers. À ses yeux, «nous sommes devant une alternative que nous ne pouvons [plus] ignorer: améliorer ou détruire l’environnement».

Réforme de la Curie et synodalité

Le pape s’est aussi attardé aux enjeux purement ecclésiastiques. Là-dessus, Francois s’est toujours fait le promoteur d’une Église humble, souple et à l’écoute des fidèles, d’une Église qui se soucie avant tout de l’annonce de l’Évangile— et beaucoup moins de la consolidation de ses propres structures. De concert avec les cardinaux, François a poursuivi la réforme des structures de la Curie romaine. Fidèle à son appel en faveur d’une Église plus humble, il a aussi revu la manière dont le Vatican dépense et administre les budgets qui lui sont dévolus, et ce, dans un souci de transparence et d’imputabilité.

Ce processus de réforme s’est cependant buté sur un obstacle de taille: le scandale des Vatileaks. Au cours de l’année 2015, divers documents financiers et confidentiels du Vatican ont en effet été «coulés» aux médias. Les autorités judiciaires vaticanes ont alors procédé à l’arrestation et à l’interrogation de cinq personnes, dont les deux journalistes italiens ayant publié des livres sur les finances du Vatican, à partir des informations contenues dans ces documents.

Aux yeux du pape, la miséricorde est la pièce-maîtresse du message de l’Église. Or, pour François, la synodalité — «l’Église qui marche ensemble» — doit être le pilier de sa régie interne. Depuis son élection au pontificat, Jorge Mario Bergoglio a placé la synodalité et la collégialité au cœur de sa démarche. Evangelii Gaudium, sa toute première exhortation apostolique, avait d’ailleurs donné le ton, en affirmant son désir de voir l’Église «progresser [vers] une 'décentralisation' salutaire» et cesser «d’attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions qui concernent l’Église et le monde». Lors des célébrations du 50e anniversaire du Concile Vatican II et du Synode des évêques, François a maintes fois réitéré ce message.

«Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire», disait le pape lors du Synode sur la famille, le 17 octobre. À ses yeux, «[u]ne Église synodale est une Église de l’écoute, avec la conscience qu’écouter 'est plus qu’entendre'. C’est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre».

Dans une Église synodale, ajoute-t-il, le leadership ecclésial n’a rien à voir avec la soif du pouvoir mais tout à voir avec le désir de servir. «Ne l’oublions jamais! Pour les disciples de Jésus, hier, aujourd’hui et toujours, la seule autorité est l’autorité du service, l’unique pouvoir est le pouvoir de la croix», disait-il à l’issue du Synode sur la famille.

Or, la croix, disait-il au moment de l’ouverture du Jubilé de la miséricorde, est le signe le plus visible de l’amour, du pardon et de la miséricorde divines.

Cindy Wooden, Catholic News Service
Trad. et adapt. Présence/Frédéric Barriault

 

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