Visite épiscopale

Signes encourageants malgré la désolation à Gaza

Une rue de Gaza le 8 janvier 2016.
Une rue de Gaza le 8 janvier 2016.   (Courtoisie Marcin Mazur, Bishops' Conference of England and Wales)
2016-01-13 10:18 || Monde Monde

En visite dans la bande de Gaza, des évêques originaires de trois continents ont visité diverses infrastructures mises en place dans la région à l’initiative de l’Église, qu’il s’agisse de terrains de jeux ou encore de résidences temporaires. En dépit de la pauvreté et de la destruction qui continuent d’accabler cette région, les évêques ont salué la résilience des habitants et fait allusion à l’espoir qui se profile à l’horizon.

«Il y a certes encore beaucoup de souffrance, ici. Cela dit, plusieurs signes encourageants se profilent à l’horizon. Cette année, j’ai été impressionné par les signes d’espoir que l’on perçoit çà et là», affirme Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil. «On constate par exemple qu’il est possible de rebâtir [des infrastructures] en toute simplicité. L’an dernier, la situation m’a semblé être horrible; cette année, l’espoir est présent», dit-il.

Mgr Gendron est l’un des représentants d’une délégation ecclésiastique internationale dont les membres proviennent d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Afrique du Sud. Cette visite de la bande de Gaza a lieu en marge de la réunion annuelle de la Coordination des conférences épiscopales en solidarité avec la Terre sainte (9 au 14 janvier 2016). Cette réunion permet aux évêques d’aller à la rencontre de certaines communautés chrétiennes vulnérables de la Terre sainte.

La question du logement

La bande de Gaza se remet péniblement de la guerre israélo-palestinienne qui a ravagé la région en 2014. Des efforts de reconstruction sont cependant en cours. Les délégués épiscopaux ont rendu visite à quelques familles relogées dans des habitations temporaires en bois construites par l’agence d’aide internationale de l’Église catholique américaine (Catholic Relief Services).

«Ces maisons sont certes très différentes de celles que ces gens ont jadis habitées. Mais c’est un pas dans la bonne direction. Ces gens ont enfin un toit sur la tête et peuvent vivre comme de véritables êtres humains», ajoute Mgr Gendron. «En cette Année de la miséricorde, l’Église doit être miséricordieuse à l’égard de toutes les personnes qui souffrent.»

Des écoles catholiques appréciées

Mgr Gendron affirme avoir été impressionné par le travail colossal effectué par les institutions d’enseignement catholique de la bande de Gaza. Selon l’évêque de Saint-Jean-Longueuil, les écoles catholiques de la région accueillent près de 900 élèves. Seuls 83 d’entre eux sont chrétiens. En dépit des pressions exercées par le Hamas et par certains parents, ces écoles ont refusé de séparer les garçons des filles dans leurs salles de cours. Ces écoles sont et vont demeurer mixtes, note Mgr Gendron.

«En dépit de tout cela, les parents continuent d’envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques. Ils le font, car ils apprécient les valeurs éthiques et morales qui sont enseignées dans ces écoles», ajoute Mgr Stephen Brislin, l’archevêque du Cap, en Afrique du Sud.

Entre désarroi et espoir

L’archevêque sud-africain garde un souvenir impérissable de sa dernière visite dans la région. L’an dernier, dit-il, la bande de Gaza était dévastée. Près de 100 000 personnes n’avaient plus de maisons où loger. La population était «démoralisée». Selon lui, les choses commencent à changer: on observe une reprise économique et une relance de la construction domiciliaire.

«Le désarroi que j’ai observé l’an dernier commence à s’estomper», note Mgr Brislin. «En construisant des maisons, les gens se sentent valorisés et utiles. Cela dit, Gaza est une prison à ciel ouvert au sein de laquelle les gens se sentent séquestrés.»

L’archevêque du Cap affirme avoir été profondément ému par les témoignages des jeunes qu’il a rencontrés à Gaza. Ceux-ci, dit-il, ont de la difficulté à accéder à l’éducation supérieure. De plus, il n’y a presque pas de débouchés pour eux, ni même d’emplois rémunérateurs dans la région. Certains d’entre eux rêvent de refaire leur vie ailleurs. Or, il leur est impossible de quitter la bande de Gaza.

«C’est un immense gaspillage de talent, tout cela. Si on leur en donnait la chance, ces jeunes pourraient contribuer à l’essor de leur société», note Mgr Brislin. L’évêque sud-africain affirme que les Gazouis sont unis et solidaires les uns des autres, qu’ils soient musulmans ou chrétiens.

Une population séquestrée

Mgr William Nolan, l’évêque de Galloway, en Écosse, ne s’en cache pas: avant d’arriver ici, tout ce que Gaza évoquait chez lui, c’est le désarroi face à la désolation qui y prévaut. Les statistiques sont en effet accablantes: seulement 20% des infrastructures détruites lors de la guerre de 2014 ont été reconstruites, dit-il.

Mgr Nolan aimerait «qu’on ouvre les frontières de Gaza et que les Gazaouis puissent circuler librement de part et d’autre de la frontière. Il n’y a rien de bon, ni de sain dans le fait de séquestrer toute une population derrière une clôture [de barbelés]». Pour l’évêque écossais, cette situation «ne rend service à personne: ni aux Israéliens, ni aux Palestiniens».

Directeur de l’Office pour la justice internationale et la paix de la conférence épiscopale américaine, Stephen Colecchi en est à son sixième voyage dans la bande de Gaza. Il s’est donc maintes fois soumis au rigoureux processus de sécurité mis en place par les autorités israéliennes. Quiconque veut entrer à Gaza doit en effet déambuler dans ce no man’s land austère et aride qu’est la frontière israélo-palestinienne. Aux yeux de Stephen Colecchi, ce trajet nous fait prendre conscience de l’isolement complet dont est victime la bande de Gaza.

«On commence à rebâtir la région, mais c’est loin, très loin, d’être suffisant», dit-il. Chaque fois qu’il se rend dans ce territoire palestinien, Colecchi est béat d’admiration devant la résilience des Gazaouis.

«Comparativement à l’an dernier, on note une reprise de l’activité économique et de la reconstruction. Cela dit, la situation des gens ordinaires n’a pas changé d’un iota», note Colecchi. «Il y a certes des fruits et des légumes dans les étals des marchands. Les enfants jouent et s’amusent. Or, lorsque vous prenez le temps d’écouter les gens, vous notez à quel point ils sont découragés, à quel point ils se sentent pris au piège», dit-il.

Cet isolement et cette séquestration de Gaza entravent d’ailleurs le travail des agences d’aide internationale comme Catholic Relief Services (CRS). En juin dernier, note Colecchi, une pénurie de bois d’œuvre a forcé CRS à stopper la construction de résidences temporaires. Les évêques américains ont exercé des pressions sur l’ambassade d’Israël à Washington et sur le ministère des Affaires étrangères des États-Unis. En vain. Tant et si bien, déplore Colecchi, que les logements prévus ne pourront tous être livrés aux familles gazaouies.

Une Église vigoureuse

Quoique numériquement modeste, la communauté chrétienne de Gaza est bien active. Lors de leur séjour dans ce territoire palestinien, les délégués épiscopaux ont assisté à deux messes, en compagnie des membres d’une paroisse gazaouie. Les évêques se sont réjouis de voir des jeunes couples et des enfants en bas âge assister aux célébrations.

Un terrain de jeu a d’ailleurs été construit sur des terres appartenant à la paroisse. Aux yeux de Stephen Colecchi, c’est un signe très encourageant. «Cela nous dit quelque chose de la vitalité de cette communauté chrétienne. L’Église continue malgré tout d’investir temps et argent dans cette collectivité. Le pasteur et ses paroissiens étaient visiblement très fiers de ce nouveau terrain de jeu. Cela fait rejaillir un peu de lumière, de joie et d’espoir sur cette région passablement éprouvée», dit-il.

«Il s’agit d’une très petite communauté. Ils sont extrêmement reconnaissants qu’on ait pris le temps de leur rendre visite», dit-il. Ces chrétiens, ajoute-t-il, «sont une minorité et ils vivent au sein d’une communauté exsangue et exténuée. Leur foi leur donne la force de se mettre au service de leurs concitoyens», note Colecchi.

La Coordination des conférences épiscopales en solidarité avec la Terre sainte a été créée à la fin du 20e siècle à la demande du Saint-Siège afin que des évêques de partout sur Terre rendent visite et apportent leur soutien aux communautés chrétiennes d’Israël, de la Jordanie et des territoires palestiniens.

Au cours de ce voyage, les évêques — dont Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil — visiteront et célébreront la messe dans les villages chrétiens de Taybeh et de Beit Jalla, en Cisjordanie. Ils se rendront ensuite en Jordanie où ils rencontreront des réfugiés d’origine syrienne et irakienne.

Judith Sudilovsky, Catholic News Service
Trad. et adapt. Présence/Frédéric Barriault

 

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