Baptême des personnes transgenres ou transsexuelles

Transgenre et catéchumène?

L'Église accepte à certaines conditions de baptiser des personnes transgenres ou transsexuelles.
L'Église accepte à certaines conditions de baptiser des personnes transgenres ou transsexuelles.   (Pixabayeloneo)
Philippe Vaillancourt | Journaliste
Journaliste
2017-10-03 19:17 || Québec Québec

Si la possibilité de devenir parrain ou marraine d’un nouveau baptisé semble pour ainsi dire «impossible» pour une personne transgenre, qu’en est-il de son propre baptême ? À cet égard, il semble y avoir plus de flexibilité.

Imaginons le cas d’une personne qui entame une démarche de changement de genre au cours de l’adolescence. Chemin faisant, elle rencontre des catholiques qui l’épaulent et l’acceptent. Une fois la transition complétée, elle demande le baptême comme adulte. Peut-elle devenir catéchumène, c’est-à-dire un adulte qui demande à recevoir ce sacrement ?

«Toute personne non baptisée peut être baptisée. L’Église ne s’est pas prononcée plus loin que ça, à savoir si la personne est transgenre», précise Chantal Labrèche, professeure adjointe à la Faculté de droit canonique de l’Université Saint-Paul.

«Les critères sont peut-être moins rigoureux que pour être parrain ou marraine», renchérit l’abbé Francesco Giordano, vice-chancelier pour le diocèse de Montréal. La raison est simple: «On reconnait que le baptême est essentiel, fondamental, pour le salut de l’âme.»

Pour l’expert en droit canonique, il importe que la personne adulte qui fait cette demande soit pleinement consciente de ce que cela implique. C’est pourquoi le catéchuménat dure environ un an et permet aux personnes de bien comprendre les aspects essentiels de la foi.

«Si on accepte les croyances de l’Église, on peut les baptiser. S’il s’agit d’une personne transsexuelle [qui a eu une chirurgie de réassignation], on peut regarder comment on peut vivre avec ça. On ne peut pas défaire ou effacer sa vie antérieure. Mais s’il s’agit d’une personne qui prend un traitement hormonal, il pourrait être possible pour elle d’arrêter les traitements. On va l’encourager à assumer son identité sexuelle biologique», précise l’abbé Giordano, ajoutant du même souffle qu’il est difficile de répondre à cette question de façon générale.

À ses yeux, l’identité sexuelle est certes importante, mais l’identité catholique l’est aussi.

«Le sexe biologique est déterminant, on ne peut pas l’ignorer. Comment on peut intégrer ça avec une foi et une vie catholiques? On ne veut pas maintenir une illusion, faire semblant qu’on est une femme quand on est né homme. L’identité catholique est aussi quelque chose d’important. Si la personne ne peut pas ou n’est pas prête à assumer une identité catholique, on a le droit de refuser le baptême, car il s’agirait d’un contre-témoignage.»

Malgré tout, ce sacrement demeure bel et bien accessible pour les personnes transgenres et transsexuelles. «Ça n’empêche pas le baptême, car la baptême est tellement important dans la foi de l’Église.»

Le vice-chancelier du diocèse de Montréal le dit clairement: la porte est ouverte. «Grande ouverte», même. Il insiste cependant sur la nécessité pour l’Église qui accueille ces demandes de responsabiliser les gens et de leur dire à quoi «le Seigneur nous appelle».

«Dire la vérité, c’est une charité, c’est faire du bien aux autres. Évidemment, on est sensible, car la vérité peut être blessante, mais il y a une façon de le dire sans le nier», dit-il au sujet d’une personne qui a une identité sexuelle autre que son sexe biologique. Mais là encore, s’il voit un «effort manifeste, visible», pour vivre dans la foi catholique, le baptême demeure possible.

 

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