Montréal

Une messe pour les chrétiens persécutés dans le monde

L'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, présidait une célébration pour les chrétiens persécutés, le 4 novembre 2016.
L'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, présidait une célébration pour les chrétiens persécutés, le 4 novembre 2016.   (Présence/Yves Casgrain)
Yves Casgrain | Journaliste
Journaliste
2016-11-10 14:28 || Québec Québec

Le 4 novembre, une messe pour les 200 millions de chrétiens persécutés dans le monde a été célébrée par Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. En collaboration avec la division canadienne de l’organisme international Aide à l’Église en détresse, la soirée a mis l’accent sur le pardon.

Les bancs de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde n’étaient pas bien garnis pour l’occasion. Cependant, les fidèles qui s’y trouvaient étaient recueillis, conscients des drames que vivent des chrétiens dans des contrées hostiles à la foi chrétienne.

C’est le cas notamment en Inde, où périodiquement des chrétiens sont victimes d’extrémistes hindous et musulmans. Dans un témoignage lu tout juste avant l’eucharistie, Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’organisme Aide à l’Église en détresse Canada, qui rentrait tout juste d’un séjour d’observation en Inde, a évoqué les difficultés qu’y rencontrent les chrétiens.

Mme Lalonde a rappelé la situation des chrétiens de l’État d’Odisha qui a été le théâtre, entre 2007 et 2008, d’une flambée de violence dirigée contre eux.

«Des extrémistes hindous ont alors envahi les rues de 400 villages pour s’attaquer aux chrétiens; 5 600 maisons ont été détruites, 300 églises saccagées ou brûlées. Le tout à fait 56 000 déplacés qui, pour beaucoup, se sont retrouvés dans des camps», a rappelé Mme Lalonde.

Aujourd’hui, les relations entre les chrétiens et les hindous sont moins tendues. Cependant, souligne-t-elle, les cicatrices demeurent bien visibles.

«J’ai visité des villages où les gens avaient pu rentrer chez eux, retrouver leur maison et reprendre le cours de leur vie.  J’en ai vu d’autres qui ne pouvaient toujours pas retourner dans leur village et récupérer leur maison et leurs terres.  Ils ont été déplacés dans d’autres villages créés pour eux. On leur a fourni un coin de terrain. Toutefois, à proximité, il n’y a aucune école, aucun dispensaire, aucun commerce et aucun lieu de rassemblement sinon l’église, si elle a pu être reconstruite.  Ils sont tous sans emploi et les hommes tentent de s’engager comme journalier à la ville.»   

Mme Lalonde souligne que les tensions sont encore présentes et qu’à tout moment les chrétiens peuvent être victimes de dénonciations. «La possibilité est grande qu’un voisin répande la rumeur qu’un chrétien a mangé du bœuf, de la vache sacrée, pour que tout recommence.» 

Malgré tout, les chrétiens demeurent sur place sans chercher à se venger. «J’ai demandé s’ils avaient toujours la foi après tant de souffrances. La réponse ne s’est pas fait attendre: oui, ils ont toujours la foi. Avaient-ils déjà douté de la présence de Dieu devant tant de violence? La réponse est venue encore plus vite: jamais! Ont-ils pardonné? Oui! Cependant, la méfiance s’est installée entre eux et leurs voisins.»

L'archevêque appelle à la solidarité

Dans son homélie, Mgr Christian Lépine a souligné «qu’en Occident, nous avons tendance à oublier les chrétiens persécutés. Je pense que nous pouvons prier pour nous-même afin que nous n’oubliions pas ces chrétiens persécutés.»

Il a également avoué être étonné par la force des chrétiens persécutés qu’il rencontre. «J’ai rencontré des chrétiens persécutés ou qui ont été persécutés. À chaque fois, j’avais devant moi des personnes qui étaient habitées par une paix. Nous comprenons que cette paix est la paix de Dieu. Elle ne vient pas de l’être humain. Ces personnes sont des témoignages vivants de la présence de Dieu à l’œuvre dans les cœurs», a estimé l’archevêque.

Mgr Lépine a souligné que devant la haine et la persécution certains ne bronchent pas.

«Notre pire ennemi est le fait que parfois nous sommes tellement subjugués par l’immensité de la réalité de cette souffrance que nous nous sentons impuissants et que nous ne réagissons pas. Nous devons nous demander quel est le petit pas que nous pouvons réaliser pour nous faire solidaires avec nos frères et sœurs persécutés. Nous pouvons prier, nous pouvons nous informer afin de ne pas oublier.»

À la fin de la célébration, dans une conversation impromptue, Mgr Christian Lépine a laissé entendre qu’il songeait à instituer une journée de commémoration et de prière pour les chrétiens persécutés qui pourrait être soulignée dans toutes les paroisses du diocèse de Montréal.

 

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